Si les personnes handicapées (PH) sont habituées à s’adapter à leur environnement, l’inverse n’est pas toujours facile. C’est pourquoi les initiatives, promues par des experts et des associations, se multiplient afin de changer le regard de l’entreprise sur le handicap. «Il y a beaucoup de politiques qui vont dans ce sens, mais ça manque de lien», décrit Stéphane Rivière, président de Talentéo, un réseau de mise en relation de PH et d’employeurs. Pour pallier ce manque, l’entreprise organise depuis trois ans Sport 2 Job, un événement sportif: «C’est un challenge inter-entreprises. On compose des équipes dans lesquelles on intègre des sportifs d’EA et d’ESAT [des boîtes employant une large proportion de PH]. Le but est d’indifférencier handicapés et non-handicapés et d’attirer des collaborateurs qui ne viendraient pas en temps normal.» Avec pour objectif affiché de «sensibiliser de manière ludique», indique le dirigeant de Talentéo, qui indique que 40 candidats ont trouvé un emploi grâce à ces rencontres.

Cependant, si aujourd’hui la sensibilisation autour du handicap est bien avancée, il subsiste certaines problématiques plus difficiles à aborder, tempère Stéphane Rivière. «Les handicaps invisibles comme le diabète, le cancer ou la sclérose en plaque, c’est encore un peu tabou. Dans la tête des gens, le handicap, c’est être en fauteuil roulant, alors que cela ne concerne que 3% des personnes handicapées.»

Certains handicaps encore mal connus

«Selon l'Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des handicapés, (l'Agefiph), 80% des handicaps ne nécessitent pas d’aménagement de poste», confirme Lionel Larrieu, directeur handicap et diversité au sein du cabinet JLO Emploi. Pour lui aussi, le handicap invisible reste l’un des derniers défis de la sensibilisation: «Il y a encore des handicaps mal connus, comme les handicaps psychiques, confirme-t-il. Très souvent, ils font peur au management, car on ne sait pas comment se positionner…» Il faut alors faire preuve de pédagogie, selon le professionnel: «Expliquer les bons comportements, les bonnes pratiques, ne pas rentrer dans la pathologie… Le salarié n’est pas médecin, on lui demande juste de se comporter comme avec tout un chacun.»

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Lionel Larrieu insiste également sur l’importance d’intégrer la PH au processus: «On a peur de l’inconnu, de ce qu’on ne voit pas. Un manager peut mal interpréter un comportement lié à un trouble. D’où l’importance pour la personne de communiquer autour de son handicap. Mais je n’ai pas une mauvaise vision de la situation du handicap en entreprise, conclut Lionel Larrieu, optimiste. Depuis 2006, le taux d’emploi moyen des personnes handicapées progresse, l’image du handicap s’améliore.» Le handicap invisible est donc l’une des dernières barrières dans une situation en globale amélioration.