La comptabilité, les sciences de gestion… des jobs de bureau un peu plan-plan? Si le stéréotype a la dent dure, c’est parce que l’on ne connaît pas Yoann Bazin. A 35 ans, armé de trois masters dans diverses disciplines et d’un doctorat en sciences de gestion, cet enseignant-chercheur ne conçoit pas sa spécialité ailleurs que sur le terrain.

L’un de ses derniers faits d’armes en date: suivre un entrainement musclé en Norvège pour un projet de recherche. Il y a appris comment administrer un camp dans une situation d’urgence, comment accueillir et organiser des réfugiés, tout en se protégeant de tirs de balles. C’est d’ailleurs pour parler de cette expérience qu’il prendra le micro lors du TEDxIstec, dont «20 Minutes» est partenaire, et qui se tiendra jeudi 22 mars.

Un mélange de genres

«Où se cacher derrière une voiture si on vous tire dessus, comment circuler sur un terrain miné…» Quand Yoann Bazin égrène la liste de ce qu’il a appris, on se demande s’il est un chercheur comme un autre. Son projet de recherche actuel porte sur la gestion de camps de réfugiés, «comment on encadre une situation d’urgence.» Comme il aime «travailler en immersion, passer du temps avec les gens», il a suivi cette fameuse formation.

«Toute une partie du programme portait sur les procédures d’enregistrement des réfugiés, la manière de limiter les violences basées sur le genre et le sexe, les normes d’hygiène et de sécurité…» Et puis, il y avait aussi des simulations de kidnapping. «On a eu une cagoule sur la tête, on nous a poussés. Les tirs de balles à blanc à côté de vous sont très violents. A tout moment la personne qui considère qu’elle touche à sa limite est retirée de la simulation. Quand en plus une cagoule empêche de respirer, il est facile d’atteindre un point de non retour.»

Pour la science

Si Yoann Bazin fait tout cela, s’il passe son nouvel an dans «un aéroport à Dubaï entre deux avions» et le début d’année «dans un camp de Rohingyas au sud du Bangladesh», c’est pour la science. «J’ai commencé ce projet il y a deux ans. J’ai déjà passé beaucoup de temps sur le terrain et à lire ce qui a été écrit. J’aimerais suivre une nouvelle formation donnée par une autre ONG au Liban, plus intense.» Sans pouvoir pour l’instant dresser des conclusions formelles de ses recherches, Yoann Bazin a déjà une «première intuition».

>>> Assister au TEDxIstec jeudi 22 mars à Paris

Dans ces camps, «on transmet un état d’esprit plus qu’un contenu académique. On normalise des situations complètement étranges. Ce n’est pas un boulot tranquille, les pays où il y a des réfugiés sont souvent en guerre ou en grande instabilité politique. Il va falloir savoir comment détecter si quelqu’un a une blessure artérielle.»

Le reste de ses conclusions attendront cet été, quand il aura assez de matière pour écrire. Ce n’est pas la première fois que Yoann Bazin travaille dans ces conditions. «Pour ma thèse, j’ai passé neuf mois en blouse blanche dans un hôpital psychiatrique. Ensuite, j’ai suivi pendant deux ans les techniciens qui construisent les décors de la fashion week.» Pour la suite, le chercheur a déjà en tête de «passer du temps dans la rue, le métro, les squats, les foyers, pour voir comment les SDF s’organisent».

Son expérience dans les camps évoquerait presque un côté Indiana Jones. Modeste, il en rigole. «C’est moins hollywoodien, les étudiants s’en foutent.» En plus de quoi, «je commence à être fatigué», confie-t-il. «Je traiterai peut-être un sujet plus facile d’accès». Pourquoi pas «la consommation de coke par les traders dans la finance»? A bas les stéréotypes, les sciences de gestion ne se résume pas qu’à des colonnes de chiffres. Parfois, on traite aussi des lignes de coke.

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