Ne vous avisez pas de lui mentir, ça ne prendra pas. Eric Goulard, auteur de plusieurs ouvrages, dont «Comment détecter les mensonges», «Ne vous trompez plus sur leurs intentions» ou «Libérez le rebelle qui est en vous», est un spécialiste de la communication non-verbale.

Alors qu’il participera jeudi 22 mars au cycle de conférences TEDx organisé par l’Istec, une école supérieure de commerce et de marketing, en partenariat avec «20 Minutes», nous lui avons demandé de quoi il s’agissait précisément.

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Auprès de quel public dispensez-vous des formations pour savoir décrypter la communication non-verbale?

Principalement des recruteurs, des DRH, des managers, des commerciaux. Tout ceux dont une grande partie du métier repose sur l’interaction avec les autres. Car si vous savez deviner les intentions de l’autre grâce à son comportement, vous saurez mieux négocier la situation. C’est valable pour un recruteur qui reçoit un candidat, pour un manageur qui peut identifier un burn-out, ou pour un commercial qui a rendez-vous avec un fournisseur.

Et quelle est la base?

Savoir distinguer les décalages entre d’un côté, ce que dit la personne, et de l’autre, ce que son comportement, ses réflexes, indiquent sur ce qu’elle ne veut pas dire. Lorsque votre fournisseur vous répond «oh oui, pas de problème» à une question, mais que vous décelez dans son langage corporel un inconfort, vous savez qu’il faut creuser un peu.

Et que répondez-vous à ceux qui n’y croient pas et vous remettent en cause?

Je respecte tout à fait qu’on ne soit pas d’accord. Mais je les renvoie vers des dizaines d’études scientifiques sur la communication non-verbale, qui inclut des notions de psychologie, d’anthropologie, de neurologie et de sociologie. J’ai une énorme bibliographie sur mon site. Derrière ce que je fais, il y a cette validation scientifique, avec notamment des travaux des psychologues Daniel Goleman et Paul Ekman, des sommités. Sinon, je ne le ferais pas.

Votre travail englobe également les micro-expressions du visage. De quoi s’agit-il?

Comme celui de tous les mammifères, notre cerveau dispose d’un système de défense rudimentaire mais très puissant, le système limbique, qui gère les sept émotions primaires universelles: la joie, la tristesse, la peur, le dégoût, la surprise, le mépris et la colère. Les liens sont très étroits entre ces émotions et les signaux qu’envoie le cerveau vers une quarantaine de muscles faciaux. On peut apprendre à les détecter.

Laquelle de ces émotions nous trahit le plus souvent?

Le mépris. Il correspond aux situations dans lesquelles on se dit: «je n’ai pas envie d’être là». Comme en entreprise, qui est très souvent une situation subie plutôt que choisie. On ne choisit pas ses collègues, ses supérieurs, ses fournisseurs, etc…  Mais on a une obligation de montrer que tout va bien. Elle se traduit souvent par un demi-sourire, qui ne prend que la moitié du visage.

Peut-on aussi apprendre à maîtriser sa propre communication non-verbale?

Bien entendu. On commence en se posant la question: «Quels sont les signaux de mon stress?». L’enjeu sera ensuite d’apprendre à ne pas montrer ces signaux. C’est un exercice qu’apprennent tous les politiciens. Si vous regardez Emmanuel Macron ou Barack Obama, ce sont des spécialistes.

Et comment s’y prennent-ils?

Ils s’entraînent, ils pratiquent. Tout simplement. C’est comme faire du vélo. D’abord, vous apprenez. Puis ça devient facile. Vous pouvez alors aller sur des chemins de terre, faire des roues arrière… Vous devenez un expert, vous maîtrisez, et vous n’êtes plus pris au dépourvu. Les comportements humains, c’est la même chose. Les politiques apprennent à éviter tout comportement qui traduirait leur stress.

Et sans être un homme politique, si l’on fait la même chose, on ne risque pas de tomber dans l’excès de contrôle?

Il faut casser ce mythe. En formation, j’ai des gens qui me disent: «J’ai peur de ne plus être naturel». Je pense qu’il faut savoir se mettre des limites. Et ne pas chercher à tout analyser.

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