Des photos épurées, emplies de douceur et surprenantes aussi parfois… Valerio Vincenzo réalise des compositions à son image. Le 22 mars prochain, le photographe sera à l’école de commerce et de marketing Istec pour parler de son projet «Borderline», à l’occasion du TEDx annuel, dont «20 Minutes» est partenaire. Un voyage photographique étendu sur dix ans, à travers toute l’Union européenne pour saisir des instants de vie à ses frontières. «L’idée c’est de montrer cette chose extraordinaire qu’est l’ouverture des frontières entre les pays membres. Un des plus bel acquis de la construction européenne, après avoir surmonté les violences du passé», résume le photographe.

Une histoire forte pour cet Italien débarqué en France en janvier 1995, alors que l'accord Schengen n’était pas encore entré en vigueur. «Obtenir un permis de séjour à l’époque n’a pas du tout été simple. J’ai dû revenir de nombreuse fois signer des papiers. Un de mes amis à même été rejeté par l’administration», se souvient Valerio Vincenzo, qui a été particulièrement choqué par la situation. Un souvenir gravé en lui et qui a participé à l’élaboration de ce projet.

Inspiration Cartier-Bresson

Pourtant, au départ, rien ne prédestinait vraiment Valerio Vincenzo à se lancer dans ce périple européen. «J’ai découvert ma passion pour la photo assez tardivement à 26 ans et j’ai travaillé jusqu’à mes 30 ans comme consultant en stratégie d’entreprises. C’était passionnant, mais intense, et après avoir vu plusieurs collègues partir en burn-out, j’ai tout lâché pour faire de la photo avec le Leica que mes amis m’avaient acheté!»

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Quatre ans plus tard, en 2007, naissait le projet «Borderline». A cette époque, Valerio Vincenzo décide d’aller voir de ses propres yeux le poste de douane de la route de Bailleul dans les Flandres françaises, immortalisé par Cartier-Bresson en 1969. A son arrivée, le lieu est à l’abandon. «Je me suis dit: “c’est une signe, il faut que je fasse quelque chose”.» Armé de son argentique et de pellicules à douze prises, Valerio parcourt d’abord les frontières françaises avant de se rendre compte qu’il peut aller bien plus loin, tant géographiquement que dans son message.

«Quand on prend une frontière en photo on parle aussi de l’histoire des deux pays qui la bordent. J’ai eu envie de connecter les histoires des pays de l’Union européenne entre elles à travers mes photos. On n’a pas vraiment de représentation commune de l’Europe. On l’illustre toujours avec un drapeau ou le Parlement à Bruxelles.»

Argentique ou rien

Après 22.000 km de frontières et une trentaine de pays parcourus, toujours accompagné de son argentique et de ses pellicules à douze prises, Valerio Vincenzo en a, des histoires à raconter! «Il y a toujours des anecdotes. Au lac de Constance par exemple, on ne sait pas trop où est la frontière. L’Autriche considère qu’elle est sur la côte, la Suisse affirme qu’elle se trouve au milieu du lac et l’Allemagne n’a pas d’avis sur la question!» Aucune de ces limites ne se ressemble. «Celle entre l’Espagne et le Portugal est l’une des plus anciennes. Elle n’a pas bougé depuis le XIIIe siècle, tandis que celle créée plus récemment entre l’Allemagne et la Pologne a une toute autre symbolique.»

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Une pause à vélo en bord de route, un troupeau de chevaux, un pique-nique ou simplement la nature: tous les clichés dégagent cette même sérénité, ainsi qu’une certaine part de mystique. «Il y a une sorte d’énergie assez irrationnelle et fascinante sur la ligne d’une frontière. Parfois, en un pas, on passe d’un pays à un autre, avec une loi, une langue, ou encore une histoire différente.» A chaque fois, le photographe tente de surprendre le spectateur par rapport à ce qu’il peut s’imaginer lorsque qu’il pense à une frontière. Le tout en conservant une part de mystère «pour laisser place aussi à l’imagination».

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Valerio Vincenzo voit «Borderline» comme un documentaire. Une vision positive de l’ouverture des frontières qu’il voudrait laisser aux générations futures, mais aussi quelque chose d’intemporel. D’ailleurs, son projet revient sur le devant de l’actualité à travers la situation des migrants, la montée de l’extrême droite ou encore la fermeture des frontières. Le clap de fin de «Borderline» n’a pas encore raisonné, puisque Valerio explore actuellement les frontières des Balkans.