La France de plus en plus adepte des show TED

Romain Gouloumès

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Créé en 2009, TEDxParis est la première conférence TEDx européenne
Créé en 2009, TEDxParis est la première conférence TEDx européenne — (CC) TEDx PARIS / https://www.flickr.com/photos/tedxparis/sets/72157639543060326

TENDANCE – Format court, ton incisif et ADN viral. Venues des Etats-Unis, les conférences TEDx connaissent un succès grandissant en France.

Ses vidéos totalisent 25 millions de vues. Tout ça sans chanter ni danser. Non pas qu’il en ait besoin, Hans Rosling est un statisticien suédois de renom et très certainement le meilleur speaker des TED conférences. Caractérisé par un format court d’une dizaine de minutes, et un ton ludique, de l’ordre du témoignage ou de l’anecdote personnelle, ce type d’intervention agite la toile et, depuis quelques années, l’Hexagone. Suivant l’exemple de Bill Clinton ou d’Hans Rosling, plusieurs centaines de personnalités françaises, de Sophia Aram à l’écrivain Pierre Rabhi, se sont déjà pliées à l’exercice.

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Largement exportée aujourd’hui, la conférence américaine réunit chaque année depuis 1984 des esprits, plus ou moins célèbres, venus partager leur vision du monde. Avec une particularité, relève Didier Chambaretaud, conférencier et membre de l’organisation TEDx, «la brièveté des sujets et le fait qu’ils soient fortement préparés».

Raconter une histoire pour captiver

Tout le concept TED (Technology, entertainment and design) repose sur son format. Pas question de délayer ou de lire ses fiches devant l’assistance. L’intervention, le «talk» en jargon TED, ne doit jamais dépasser 18 minutes. «C’est tout le contraire d’un colloque. On vise le maximum d’impact, et à véhiculer de l’émotion. Il ne s’agit pas d’être une source d’information mais d’inspiration. Pour cela, la méthode choisie est souvent de raconter une histoire.»

C’est ce qu’a fait à deux reprises Bastien Rabastens en 2014. A 25 ans, il est le cofondateur de Jimini’s et l’expert français de l’alimentation entomophagique. Autrement dit, la consommation d’insectes. Mais l’on ne s’improvise pas speaker. Avant de monter sur scène, deux jours de préparation ont été nécessaires. «Le public ne peut pas le deviner mais chaque mot est pesé. Il y a un énorme travail de vulgarisation. C’est comme une compétition sportive, la préparation en amont est conséquente puis, le moment venu, on profite.» Malgré leur viralité, les quelques minutes de discours n’ont pas fait décoller ses ventes de criquets cuisinés. Sur le plan médiatique, en revanche, «devenir speaker est un bon biais pour affirmer son statut d’expert sur un sujet» reconnaît l’intéressé.

Un développement accéléré

Décliné à l’international en franchise, sous le nom de TEDx, le nombre de conférences organisées en France dépasse désormais la centaine, quand elles n’étaient qu'une poignée en 2010. A l’initiative, des écoles de commerce, des grandes entreprises. «Principalement des gens qui ont pied dans le business parce qu’il faut pouvoir s’entourer de sponsors», note Didier Chambaretaud.

Bien que l’événement soit à but non lucratif (c’est l’une des conditions TEDx) et les speakers non rémunérés, il a un coût certain. «En plus des frais de salle, il faut au minimum deux prises de vue. Cela demande du monde et un important travail de montage.» Là encore, un impératif TEDx. En fonction de l’ampleur de l’événement, précise le conférencier, le budget peut aller de quelques milliers à une centaine de milliers d’euros. Un show à l’américaine, ça se paye.