REPORTAGE - La société Atlermassages emploie des praticiens mal-voyants pour intervenir dans les entreprises soucieuses du bien-être de leurs employés.

Dans le couloir de cette grande entreprise à Paris, Corinne et Haïcha discutent en attendant leur tour. «Avec toute cette pression et ce stress que l’on accumule, ils devraient nous proposer plus souvent un massage à la mi-journée!», lance Corinne, impatiente. Des collègues passent et regrettent en les voyant de ne pas s’être inscrit.

La porte s’ouvre. Smael, un praticien de la société Altermassage, laisse sortir trois personnes et accueillent les suivantes: trois sièges et trois praticiens sont en place.

Travailler sur des corps qu’ils ne voient pas

Smael, Pierre-Louis et Céline ont été formés au Centre de formation et de rééducation professionnelle (CFRP), qui permet aux malvoyants de devenir praticiens bien-être. Durant vingt minutes, avec une musique de détente en léger fond sonore, les masseurs travaillent ces corps qu’ils ne voient pas.

Smael explique: «La frontière entre non-voyant et malvoyant est très mince. Dès l’instant où l’on ne peut pas lire un papier et se débrouiller tout seul, les contraintes sont les mêmes. Reconstituer votre visage avec le petit angle de vue qu’il me reste me demanderait trop d’efforts.»

Ils pratiquent le massage amma, qui vise à amoindrir le stress. Et cela semble avoir fonctionné avec Haïcha, qui n’a même pas fait attention au brouhaha de quelques minutes dans le couloir: «J’ai fait totalement le vide. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais cela fait longtemps que je n’ai pas été aussi détendue.» Corinne aussi, qui a eu un peu peur de certains mouvements pendant la séance, admet que «l’effet est surprenant. A la pause déjeuner, c’est l’idéal».

Quand Marion Nibourel a eu l’idée de créer Altermassage à la suite d’une discussion, elle connaissait parfaitement son sujet. «J’avais eu l’occasion de tester à peu près tous les types de massages du marché et je savais exactement ce qu’ils pouvaient apporter.»

40 entreprises clientes

Aujourd’hui, deux ans après le début de l’aventure, Altermassage ne compte pas moins de 40 entreprises dans sa base de clients et ne compte pas cesser de s’agrandir. «Les non-voyants développent spontanément le sens du toucher et cela se ressent dans leur approche», assure la créatrice d’Altermassage.

Elle insiste: «Les entreprises doivent comprendre que ce genre de prestations, menées ponctuellement, améliore l’esprit des salariés et donc leur productivité au quotidien.»

Nicolas Richoffer

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