Il est 18h ce soir-là lorsque j’arrive à l’hippodrome de Vincennes pour interviewer "Gabi", étoile montante du monde des courses de trot attelé. Tandis que j’attends devant le grand portail de l’entrée des propriétaires, quelques parieurs sont déjà sur place (alors que les courses ne débutent qu’à 20h). L’un d’entre eux me demande: «Vous avez un tuyau?». Les portes s’ouvrent, j’en profite pour esquiver la question et partir à la recherche du jeune prodige.

«On est fait l’un pour l’autre»

Gabriele Gelormini, 26 ans, vient m’accueillir entre deux échauffements. «Les drivers arrivent une heure avant les courses pour s’entrainer avec les montures avec lesquelles ils prendront le départ», me prévient-il. Aussitôt dit, il disparaît pendant une vingtaine de minutes. J’en profite pour faire un tour d’écurie et observer les trotteurs, au repos dans leurs boxs avant le coup d’envoi. Le "cheval de tête" de Gabi, celui qu’il devrait "piloter" au Grand Prix d’Amérique (GPA), c’est Amiral Sacha: «Un étalon fin, rapide avec un mental de gagnant. On s’entend très bien, on a gagné de grandes courses ensemble et je pense qu’on est faits l’un pour l’autre», raconte, sourire aux lèvres, le jeune italien qui connait l’animal depuis qu’il est poulain.DSC_0016 web ok C’est entre deux échauffements, dans les vestiaires des jockeys, que Gabriele me raconte son parcours: «J’ai commencé à courir en Italie avant de venir en France il y a 12 ans. J’ai déménagé dans ce pays car c’est ici qu’il y a le plus de courses, le plus de chevaux et donc le plus d’argent.» Gabriele "drive" depuis l’âge de 14 ans. Comme beaucoup de drivers, ses parents étaient dans le milieu. «Il n’y a pas d’écoles spécialisées en Italie comme il peut y en avoir en France, du coup j’ai été formé par les plus grands: Jean-Michel Bazire et Bruno Marie qui m’ont tout appris, avec mon père évidement.»

Trop grand pour être jockey

Gabi et Amiral Sacha lors du Prix des Ducs en mai 2017

Gabi et Amiral Sacha lors du Prix des Ducs en mai 2017

Gabriele Gelormini est un peu un "outsider" dans le milieu puisqu’il officie en tant que freelance: «Je travaille pour plusieurs écuries. On est peu dans ce cas», explique-t-il. A 26 ans, il court entre 1500 et 2000 courses par an et obtient de bons résultats. En effet, le driver a déjà gagné 107 courses, a notamment terminé deuxième au GPA 2015 et remporté le Prix des Ducs de Normandie en mai dernier. Pour lui, sa carrière ne fait que commencer: «J’espère continuer dans cette lancée et gagner de belles courses pour être associé à de supers trotteurs.» A court terme, il prépare le Grand Prix d’Amérique, les championnats du monde de trot attelé, auquel il a déjà participé trois fois: «J’aime courir cette course. C’est valorisant.» Alors qu’il enfile sa casaque rayée jaune et noire, il m’explique que faire du trot lui a toujours paru comme une évidence, de par son héritage familial, mais aussi «parce que trop grand et trop lourd pour être jockey. Il faut commencer tout jeune et ça ne s’apprend pas à 26 ans». S’il drive beaucoup de chevaux de propriétaires, Gabriele possède deux bêtes, mais qu’il ne voit que lors des courses. «Le reste du temps elles sont en pension chez des entraîneurs».

Gabriele Gelormini à Vincennes le 31 octobre.

Gabriele Gelormini à Vincennes le 31 octobre

En effet, les drivers ne côtoient leurs coéquipiers à quatre pattes qu’au moment des courses où lors des entraînements. Ils passent leur temps sur les routes et dans les hippodromes. Gabriele prend son parti: «On n’a pas vraiment de vie de famille, c’est un métier difficile où il y a beaucoup de tensions mais c’est mon travail et je l’aime.» Professionnel depuis quatre ans, Gabi, comme tous les drivers de trot attelé, est payé 60€ par course et gagne 5% du prix s’il est classé parmi les sept premiers. Ce soir-là, il finira 8ème avec Dynamite du Saptel, une pouliche de 4 ans

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier course et hippisme

>>> 20 Minutes fait le pari de suivre Gabriele Gelormini jusqu’au Grand Prix d’Amérique. Nous le retrouverons d’ici quelques semaines pour faire le point sur sa qualification.

Cet hiver, Gabriele court les "4 B" (les épreuves préparatrices au GPA) à Vincennes. Il s'est d'ailleurs qualifié (depuis le 10 décembre) pour le championnat du monde de trot attelé en arrivant en troisième position au Prix du Bourbonnais, juste derrière le crack Bold Eagle. Le jeune driver vient aussi de dépasser les 100 victoires. Un palmarès qu'il relaie sur les réseaux sociaux.