VIDEO. « Ready Cash », l’étalon que les juments s’arrachent

Grand Prix d'Amerique Après s’être imposé sur les hippodromes, le trotteur français est depuis devenu un crack de la reproduction

Mireille Fournaise

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«Ready Cash» dans le box chauffé.
«Ready Cash» dans le box chauffé. — Marie de Fournas / 20 Minutes
  • « Ready Cash » a remporté le Grand Prix d’Amérique en 2011 et 2012 et le Grand Prix de France en 2011 et 2013.
  • Retraité des courses depuis 2014, l’étalon s’est reconverti en reproducteur à succès.
  • Ses 625 descendants directs ont rapporté 43,9 millions d’euros de gains.

Au haras de Bouttemont, au cœur du Calvados, le petit groupe de journalistes attend avec impatience dans le froid devant l’écurie. « Attention, écartez-vous », lance Thierry Berthaud, l’étalonnier, en ouvrant la grille. Les frénétiques cliquetis d’appareils photo et les hennissements graves de la bête agitée fendent le silence religieux. Dans le milieu du trot, Ready Cash est une star. Né en 2005, il a remporté douze courses de groupe 1, le plus haut niveau de compétition hippique, dont deux doublés notables : le Grand Prix d’Amérique en 2011 et 2012 et le Grand Prix de France en 2011 et 2013. « Je lui dois tout, c’est lui qui m’a remis à flot », lance son propriétaire et premier entraîneur Philippe Allaire qui quelque temps avant de débourrer (dresser) Ready Cash et de découvrir son potentiel, avait perdu tous ses clients.

Malgré sa fin de carrière en 2014, le coursier hors pair n’avait pas fini de changer la vie de Philippe Allaire. Ce mâle « dominant », « bouillant » et « pas rigolo » comme il le décrit, s’est révélé être un très bon reproducteur. « La carrière de course c’est bien, mais en tant qu'étalon, le cheval redémarre à zéro. Nos grands champions du Prix d’Amérique ont été des piètres étalons. » Une case rapidement écartée d’un coup de sabot par le champion qui comptait fin 2018, 729 poulains et pouliches enregistrés en France. « Il a un taux de réussite de saillie de 90 %, c’est exceptionnel, indique Frédéric Sauque, courtier en cheval. C’est de la folie, car les premiers fils de Ready Cash commencent à produire. Si ça continue on aura un problème pour croiser les chevaux. »

729 descendants directs et 43,9 millions d’euros de gains

On ne juge pas un étalon qu’à son nombre d’enfants, mais à leurs résultats. Là encore, Ready Cash ne déçoit pas. Douze de ses progénitures ont déjà gagné au niveau Groupe 1 et le montant des gains remportés par ses 625 descendants directs ayant à ce jour couru en France, dépasse les 43,9 millions d’euros. Ces performances le hissent au rang de meilleur étalon du monde avec l’américain Muscle Hill, même si pour Frédéric Sauque « Ready Cash est [en toute objectivité] bien plus complet ».

Du coup, côté prétendantes, ça se bouscule aux portillons, malgré un prix élevé de la saillie, que les Allaire refusent de dévoiler. « Il y a une liste d’attente pour Ready Cash. C’est Gitte, la femme de Philippe qui gère. En ce moment ça sonne tous les jours », assure Frédéric Sauque. Le nombre de saillies de l’étalon autorisées chaque année est limité à 100 pour des juments françaises et une soixantaine pour les étrangères. Alors pour avoir le privilège d’être honorée par monsieur Cash, il faut répondre à quelques critères. « Le choix se fait en fonction de la qualité de la jument, mais également si le propriétaire de la jument est un habitué ou bon payeur », précise le courtier.

Une fois sélectionnées, les juments défilent au haras durant la période de monte qui se déroule du 15 février au 15 juillet. N’allez pas imaginer une rencontre romantique suivie d’une nuit torride. Les dames arrivent à une heure précise et ne voient pas leur amant. « Il n’est jamais monté sur une jument. Il monte un mannequin. Comme une poupée gonflable », lance Philippe Allaire, amusé. Le cheval est prélevé quatre fois par semaine et les juments sont inséminées dans la journée.

L'étalonnier Thierry Berthaud et «Ready Cash».
L'étalonnier Thierry Berthaud et «Ready Cash». - Marie de Fournas / 20 Minutes

Malgré ce pucelage dont il risque de ne jamais se défaire, Ready Cash mène une retraite dorée. « C’est un cheval choyé. Là il va partir pour un mois faire une thalasso et de la balnéothérapie », indique Philippe Allaire qui l’appelle désormais « le vieux ». Et un papy de 14 ans ça a ses petites habitudes. « Quand c’est l’heure, c’est l’heure, lance Thierry Berthaud qui passe près de 300 jours par an avec lui. Chaque matin je l’emmène au paddock se dégourdir pendant une heure, où il a toujours les mêmes voisins, sinon ça ne va pas. » Avec l’âge, un peu de sagesse aussi. « On commence à s’apprécier un peu, parce qu’avant il ne pouvait pas trop me voir », souffle Philippe Allaire. Toujours un peu mordeur, le crack se laisse amadouer avec des carottes. « Il en est fou, au point de pleurer pour en avoir. » Derrière la machine Ready Cash, un petit père carotte ?