Comment Charlène Callico s'est fait une place sur la piste

PORTRAIT Charlène Callico fait partie de la nouvelle génération du trot français. Cette driveuse et jockey de 26 ans, qui a découvert le hippisme sur le tard, n’en finit pas de se faire sa place...

Virginie Tauzin

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Charlène Callico court principalement en galop mais fait également des courses de trot.
Charlène Callico court principalement en galop mais fait également des courses de trot. — Montage / © JLL-LeTROT et Zoran Kolundzija

Elle éclate de rire quand on lui demande si elle se prépare pour le Grand Prix d’Amérique, qui se tiendra en janvier prochain. «Ce sont les plus grands du monde, les cracks!» Ah, alors plus tard ? Après tout, Charlène Callico a 26 ans et dans le trot, il n’y a pas d’âge limite. «Non je ne pense pas, poursuit-elle, modeste. Mais c’est vrai que mon objectif est de gagner le plus de courses possible.»

Des courses, la jeune femme en a déjà couru près de 500 et remporté 17, tant comme jockey (le cheval est monté) que comme driveuse (le cheval est attelé). A l’instar de beaucoup de ses confrères, Charlène a commencé tôt. Mais ce qui la rend singulière est ailleurs: dans le petit monde fermé des courses hippiques, personne ne l’attendait : «Je ne suis pas fille d’entraîneur ou de propriétaire de chevaux alors j’ai du me battre pour me faire ma place. D’ailleurs je me bats toujours.»


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Une vocation découverte sur le tard

Peu avant ses 14 ans, elle prend tout le monde de court en annonçant qu’elle veut devenir jockey. Une passion qui ne vient tout de même pas de nulle part: au fil des années, Charlène a pris goût à l’ambiance des hippodromes, où son père l’emmenait, les week-ends. La famille vit alors à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. «On a appelé l’école de courses hippiques de Graignes, dans la Manche, et on a pris rendez-vous, raconte-t-elle. Mais je ne savais rien faire, même pas mettre une selle!» Charlène est alors prise sous réserve. «Mais vu que j’étais motivée, ils m’ont gardée. On était très peu à ne rien connaître. J’ai redoublé d’efforts pour rattraper le retard.»

La future jockey y effectue ses études, jusqu’au bac professionnel, et découvre la rudesse de cet univers très masculin de surcroît : «Il y a eu des moments où j’en ai été dégoûtée, surtout lors des stages. Certains entraîneurs ne prennent pas les jeunes au sérieux, ou les exploitent. Et je n’ai pas un papa entraîneur pour m‘aider à m’intégrer.» Luc Legros, son partenaire d’entraînement, lui-même issu d’une famille d’entraîneurs et driver, confirme: «Si tu ne connais pas les bonnes personnes, c’est plus difficile de faire les bons choix de carrière. Charlène a su s’orienter dans ce milieu à force de caractère. Les qualités de la jeune femme qui lui viennent à l’esprit:
«Courageuse et bosseuse.»

Seule dans un monde de réseau et d'hommes?

Charlène s’accroche et montre les dents: «Il faut parfois remettre certaines personnes à leur place.» Depuis la fin de ses études, elle change plusieurs fois d’employeur, jusqu’à être engagée, en juin dernier, par Bruno Marie, «réputé pour être le meilleur formateur», affirme-t-elle. Dans l’Eure, elle monte ses chevaux et ceux d’autres entraîneurs, qui font appel à elle. Luc Legros est l’un de ceux-là : «Elle monte mes chevaux pour les courses, je lui fais entièrement confiance. Elle a tout pour en gagner beaucoup plus.» Dans ce but, la jeune femme de 1,63m et 52 kilos, travaille tous les jours, sans relâche: «Le milieu est très concurrentiel. Si tu n’es pas là pour monter les chevaux, d’autres sont appelés pour le faire à ta place.»

Justement, une récente luxation de l’épaule la contraint actuellement au repos... Même si la blessure est dure à accepter, Charlène ne s’alarme pas : «Les entraîneurs me rappelleront plus tard. Moi, je fais ce que j’ai à faire, je trace ma route. Je sais que quand je suis dans un hippodrome, je suis à l’aise, je n’ai besoin de personne.» Cette détermination, qui lui a permis d’engranger les victoires, a aussi rendu son papa «très fier» d’elle. Et qui sait si elle ne la mènera pas au Grand Prix d’Amérique?

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