Les trotteurs repassent au pas avec le handicap

Réformés Les trotteurs, entraînés pour courir, peuvent parfois s'avérer de bons compagnons dans d'autres secteurs d'activités...

Louise Gully

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Un trotteur réformé, ici lors des journées portes ouvertes de l'association Les Crins de Liberté.
Un trotteur réformé, ici lors des journées portes ouvertes de l'association Les Crins de Liberté. — Les Crins de Liberté

Article mis à jour le 19 décembre 2018

On a l’habitude de les voir lancés à pleine vitesse sur les terrains des hippodromes, projetant du mâchefer sur leur driver. Mais voilà, en France, la carrière des trotteurs s’arrête à 10 ans tandis que d’autres, n’ayant pas obtenu les résultats escomptés, raccrochent leur fer dès leurs 3 ans. Certains d’entre eux sont alors récupérés par des associations pour les réformer (leur apprendre d’autres exercices), les revendre et parfois leur apprendre à travailler avec des personnes en situation de handicap, en remplaçant l’endurance par la patience…

Un cheval polyvalent et proche de l’homme

Un trotteur réformé en randonnée. Crédit: Les Crins de la liberté.
Un trotteur réformé en randonnée. Crédit: Les Crins de la liberté.

Toute sa jeunesse le trotteur a appris à foncer, mais «a également été manipulé depuis qu’il est poulain. A partir de 18 mois, il reçoit des soins et apprend à trotter attelé», explique Jesahel Juignet, présidente de l’association Les Crins de Liberté, qui s’occupe de trouver une nouvelle maison à des ânes et chevaux venant d’horizons divers. Le refuge, basé dans le Puy-de-Dôme, propose aussi, une fois par semaine, des activités équestres aux personnes en situation de handicap. En ce moment, Jesahel Juignet cherche à replacer cinq trotteurs, une race qu’elle connaît bien puisqu’elle en possède également trois: «Les trotteurs sont réceptifs et extrêmement généreux. Après un temps d’adaptation pour qu’ils comprennent que l’on n’attend plus rien d’exceptionnel d’eux, on peut leur faire pratiquer plein d’exercices puisqu’ils sont endurants et robustes.»

Pour preuve, elle cite l’exemple de Jappeloup, «cheval de saut d’obstacles d’exception ayant comme parents des chevaux de course». Maud, propriétaire d’un trotteur français réformé au centre équestre L’Envol, en Gironde, ne peut que confirmer: «J’ai récupéré Manu il y a dix ans auprès d’un marchand de chevaux. Il avait 7 ans à l’époque et un passé compliqué. J’ai amélioré pas mal de choses, notamment avec l’éthologie. Désormais je fais du dressage, du saut d’obstacles, des balades, etc. Il reste assez "chaud" mais est très polyvalent.»

«Le trotteur peut être utilisé avec des personnes en situation de handicap»

Un ancien coureur apprend le travail à pied. Crédit: Les Crins de la liberté.
Un ancien coureur apprend le travail à pied. Crédit: Les Crins de la liberté.

Un mental et une expérience de l’homme qui font du trotteur réformé un animal «avec un bon fond et capable de s’adapter puisqu’il quitte souvent les terrains des hippodromes très jeune. Ainsi, il peut être utilisé avec des personnes en situation de handicap», selon la responsable du refuge Les Crins de Liberté. Après avoir été remis en condition, certains ex-coureurs passent du temps avec les adultes handicapés et les autistes, mais à aucun moment ceux-ci ne les montent. «Ils leur font un pansage, beaucoup de câlins et vont parfois les promener à pied», explique Jesahel Juignet.

Un échange donnant-donnant: «Les chevaux leur font beaucoup de bien et ne portent pas de jugement. Les personnes handicapées se sentent aussi valorisées lorsqu’elles s’occupent de ces gros animaux», remarque Sonia Calloud, présidente de l’association L’Envol et instructrice d’équitation. Avec un équidé, hors de question de s’énerver: «Le cheval ne va pas réagir comme un humain et ça force les autistes, par exemple, à être patients. Le contact avec l’animal apaise et rend heureux. Les résultats sont indéniables et reconnus par les professionnels de la santé», ajoute-elle.

Mais reste très sanguin

Habitué à la vitesse et assez nerveux, le trotteur français demeure peu utilisé dans les activités avec les personnes handicapées. Sonia Calloud a, par exemple, choisi de ne pas utiliser les anciens coureurs pour ce type de public: «On a besoin de chevaux très bien dans leur tête et calmes. Malheureusement, les réformés des courses ont souvent vécu des moments difficiles», déclare-t-elle. En effet, les équidés ont une bonne mémoire et si le traumatisme revient, ils risquent d’être dangereux pour les personnes vulnérables. La professionnelle nuance cependant: «Parfois on est étonné car des animaux d’ordinaire agités vont devenir adorables avec les personnes en situation de handicap. Ils ont un ressenti particulier.»

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En s’armant de patience le cheval appréciera sûrement d’être choyé. Pour le monter, il faudra par contre être un cavalier confirmé, victime d’un handicap ou non.