Les caméras embarquées font le show

Décryptage La vidéo et son partage sur les réseaux sociaux changent notre regard sur les sports extrêmes...

Marianne Clonta
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Les caméras immortalisent avec beaucoup de minutie les exploits des professionnels mais aussi des amateurs qui aiment les sensations fortes.
Les caméras immortalisent avec beaucoup de minutie les exploits des professionnels mais aussi des amateurs qui aiment les sensations fortes. — 20 minutes - Magazine

Après l’ère de la vidéo interactive, voici l’ère de la vidéo immersive. Que ce soit avec la 3D relief ou la caméra embarquée, on cherche aujourd'hui à vivre à 100% ce que l’on contemple. Et si un milieu l’a bien compris, c’est bien celui du sport et plus particulièrement du sport d’action. Prouesses techniques, sensations fortes, images spectaculaires, tout est regroupé pour assurer ce spectacle.

Pour le socio-anthropologue et fondateur de Sociolab, Abdu Gnaba, le sport extrême ne fait que refléter la société actuelle, «une société de l’événement et du show». «Présentement, il faut être là où ça se passe. Et là vidéo a exactement ce rôle, elle nous replace dans l’événement. De plus, quoi de plus réel pour un sportif que de voir (et revoir) ses prouesses en images? Il existe aux yeux des autres mais aussi à ses propres yeux».

Regarder le monde avec des yeux nouveaux

GoPro

D’un côté donc, le champion cherche en se filmant à mesurer son exploit, à asseoir sa confiance, à immortaliser ses défis et à devenir un héro (mais pas non plus un super héro) aux yeux de celui qui le regarde, et de l’autre, le spectateur veut plus que tout s’identifier, sentir, ressentir, voire rêver la même chose que celui qu’il voit à l’écran et qu’il aime. «C’est un peu comme la personne qui filme les plats qu’il mange et les partage sur les réseaux sociaux», ajoute le socio-anthropologue. Comme une image de burger dont on sent l’odeur tellement la photo est appétissante, l’exploit filmé à la première personne a valeur, lui aussi, d’expérience immersive. On ne regarde plus, on vit.

La technologie du buzz

Parallèlement, le sport extrême, souvent associé à la jeunesse, est là pour faire parler de lui. Et quoi de mieux que les réseaux sociaux pour créer le buzz? «De nos jours, la vidéo n’a plus aucun intérêt si elle n’est pas partagée avec et pour les autres», confirme Abdu Gnaba. Pour Patrick Stal, directeur marketing de la marque TomTom «la vidéo et la caméra d’action – qui représente 40% du marché des caméras – ont permis, ensemble, la démocratisation des sports extrêmes. Et même s’ils ne sont pas tous totalement encore popularisés, l’expérience de ces sports, l’est, elle, grâce justement à l’utilisation de ces caméras.» Et à Patrick Lengenfelder, Media Relations Manager chez GoPro de renchérir: «La caméra GoPro offre de nouvelles perspectives – pour le sportif et pour le spectateur – car tout le monde peut l’utiliser sans aucune distinction. Elle est facile d’accès et intuitive». La prouesse est donc a portée de tous, la caméra embarquée réduisant la frontière entre réel et irréel.

Une caméra objective et subjective

GoPro

«Si le sport extrême plaît tellement, c’est aussi qu’il est la totale antithèse du message de notre monde. Face à une société ultrasécuritaire, ce sport est symbole de liberté, de dépassement de soi, de survie, de réflexion sur la condition humaine, et enfin de choix», conclut Abdu Gnaba, auteur également de l’étude Sports extrêmes et société du spectacle: transformer sa vie en destin, qui sera publiée en octobre 2015. La vidéo immersive change ainsi notre regard au monde, accroît notre appétence pour le danger tout en nous faisant réfléchir sur ce qu’est être responsable de soi.

>>>Retrouvez l'ensemble de notre dossier «Goût de l'extrême» réalisé à l'occasion de la sortie en salle du film Everest, le 23 septembre.