Les conseils des pros pour affronter nos peurs

Analyse Les challengers de défis extrêmes doivent continuellement dépasser leurs frayeurs pour avancer…

Marianne Clonta
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Les montagnes russes font peur à beaucoup, notamment à cause des sensations fortes vécues sur l'instant.
Les montagnes russes font peur à beaucoup, notamment à cause des sensations fortes vécues sur l'instant. — 20 minutes - Magazine

Les sportifs de l’extrême semblent n’avoir peur de rien. A tel point que ce sont les spectateurs qui, bien souvent, craignent plus pour eux. L’histoire paraît fantasque, et pourtant. Lorsque l’on écoute la référence mondiale de FMX (freestyle motocross), actuel leader des Red Bull X-Fighters 2015 et vainqueur des derniers Finist’Air Show, Tom Pagès, on se dit que les sportifs sont très courageux, mais aussi extravagants. «J’aime mon sport plus que tout, du coup j’ai forcément moins peur que quelqu’un qui ne l’aime pas.»

Mais si c’était aussi facile, suffirait-il d’aimer le parachute pour sauter dans le vide? Non, évidemment… Tom Pagès s’explique: «Nous sommes tellement concentrés sur le moment, qu’on ne réalise pas que quelque chose peut arriver. Sur le coup, il n’y a rien d’autre que l’automatisme, la concentration et l’engagement de la réussite. Une fois que le saut est terminé, là on est euphorique…» Le dernier facteur important étant de se dire que sans la peur, pas d’exploits, et sans exploits, pas de réussite. «La peur peut tétaniser certes, et pourtant elle crée aussi du stress qui fait avancer et qui motive encore plus», conclut notre champion de FMX.

La peur c’est quand on ne maîtrise pas

GoPro

Pour Antoine Pecher, alpiniste, guide de haute montagne et conseiller technique à la Fédération française de montagne et d’escalade (FFME), certains sports, à première vue dangereux, ne le sont pas tant que ça quand on fait attention. «Je viens de l’escalade sportive et ce sport n’est pas du tout risqué. Il ne fait pas peur. On fait toujours tout pour mettre le risque de côté.» Tout ne serait donc qu’une question de pratique et de philosophie. Antoine Pecher le confirme: «Il y a toujours des casse-cou, ceux qui cherchent le risque pour le risque, mais ces derniers ne durent pas longtemps.» Ce qui est logique, car pour pratiquer n’importe quel sport, et encore plus une discipline dite de l’extrême, il faut aussi penser avec sa tête.

Réussir dans son sport, c’est aussi rester vivant. «Je ne fais pas d’alpinisme pour prendre des risques. Le but au contraire, est d'en prendre le moins possible. C’est pour ça aussi qu’on ne pense pas à la peur, ou du moins sur le moment. Le risque est une conséquence, non un but», explique le guide de haute montagne, avant de poursuivre: «Il y a deux types de dangers, ceux qui dépendent de nous et ceux qui ne dépendent pas de nous. Dans le premier cas, la peur est remplacée par la concentration et la maîtrise de ses gestes. Dans le second cas, l’attention portée à son extrême prend le pas sur la peur. On gère. Car la véritable peur est justement quand on ne sait pas comment gérer les choses. Or, à partir du moment où le danger ne dépend pas de nous, la situation peut devenir angoissante, d’où le besoin de faire encore plus attention.»

Croire en sa bonne étoile

Caters News Agency/Sipa

Mais la peur fait aussi partie intégrante de la vie. Pas besoin de faire des activités extrêmes pour craindre la blessure ou la mort. Pour les sportifs de l’extrême, la peur est un morceau non négligeable de leur passion. Ils doivent jongler avec et c’est non négociable. «La seule peur que je pourrais avoir et d'être surpris par une crampe pendant que je nage. J’y pensais un peu au début, parce qu’avec ma monopalme j’ai les pieds attachés et je ne peux pas l’enlever. Mais aujourd’hui, je n’y pense même plus. De plus, depuis 2009, je ne me suis pas blessé une seule fois», raconte Thierry Corbalan, sportif handicapé qui a réalisé notamment l’exploit de traverser le canal de Corse à la nage, soit 60km.

Faire abstraction du danger et de ses peurs, un challenge plus calculé qu'il n'y paraît. «Pour certaines personnes, je dois être inconscient. Pour moi, je ne le suis pas. Je mesure jusqu’où je peux aller, je nage près du bord. Je ne me mets pas en danger. En fait, je gère les situations avec calme et ne panique jamais. L’eau est mon élément et quand je suis dans l’eau, je me fais plaisir. Et c’est ça le plus important», termine Thierry Corbalan.

>>>Retrouvez l’ensemble de notre dossier «Goût de l’extrême» réalisé à l’occasion de la sortie en salle du film Everest, le 23 septembre.