Qui sont les urban climbers?

Découverte Ils escaladent à main nue et sans sécurité les plus grandes tours du monde…

Marianne Clonta
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Accéder au sommet d'un gratte-ciel ou d'un bâtiment peut donner l'impression aux grimpeurs urbains d'être les maîtres de la ville.
Accéder au sommet d'un gratte-ciel ou d'un bâtiment peut donner l'impression aux grimpeurs urbains d'être les maîtres de la ville. — Solent News/Sipa

363m. C’est la hauteur de la tour radio de Donebach que deux jeunes ont grimpée en avril dernier. La vidéo de l’ascension de la seconde plus haute structure d’Allemagne a été vue plus de 500.000 fois. Des exploits similaires pullulent sur la Toile. Toujours en avril 2015, un dénommé Alain Robert a escaladé à mains nues la Cayan Tower, un gratte-ciel torsadé de 306m de haut à Dubaï, sous les yeux de centaines de spectateurs. Un exploit visionné plus de 95.000 de fois. Enfin, le 20 septembre dernier, trois hommes prennent la fuite après avoir été repérés en train de monter la Tour Eiffel de nuit. Leur point commun? L’urban climbing, une ascension à mains nues des tours ou autres monuments, sans attaches ou protection.

Pour vivre heureux, vivons cachés

Solent News/Sipa
Solent News/Sipa

La grimpe urbaine est une activité saisissante par ses défis, mais discrète par sa manière de faire. On y retrouve soit des jeunes casse-cou, soit des grimpeurs professionnels. Et il suffit de voir combien il est difficile de rentrer en contact avec cette communauté pour comprendre que monter les bâtiments publics ou les propriétés privées n’est pas bien vu par les autorités. En France, en tout cas, cette pratique est totalement illégale… Dewi et Sera, deux Français de 18 ans, savent à quel point leur passion est dangereuse et interdite. Visages masqués et utilisant des prénoms d’emprunts, eux parlent à nos confrères d’Ouest France en expliquant clairement: «Nous ne sommes pas des exemples à suivre.» Comme eux, deux jeunes Russes, Vitaliy Raskalov et Vadim Makhorov, n’ont pas le vertige lorsqu’ils montent en toute illégalité les plus hauts édifices du monde… tout en se filmant et diffusant leurs exploits sur le Web.

Néanmoins, «on n’est ni des délinquants, ni des voyous», met en garde Liv Sansoz, grimpeuse française, deux fois championne du monde et trois fois vainqueur de la coupe du monde, qui pratique aussi, mais plus rarement, l’urban climbing. Elle a d’ailleurs participé au rare, sinon le seul, documentaire consacré à la grimpe urbaine à Genève, en 2010, Nouvelle Vague.

L’urban climbing se rapproche du bloc en escalade, soit une forme de grimpe qui se fait sur de petites surfaces rocheuses. Pas besoin de baudriers, de pitons ou de cordes. Juste de bons chaussons (oui, c’est le terme) et un peu de magnésie, une poudre ressemblant à du talc, à mettre sur les mains pour absorber la transpiration. On peut rajouter à ce matériel, ultra minimaliste, l’emploi de crash pads et de tapis de protection pour amortir les éventuelles chutes. Et ce qui est valable pour le bloc l’est aussi pour la grimpe urbaine. — A. Ciesielksi/Caters/Sipa
L’urban climbing se rapproche du bloc en escalade, soit une forme de grimpe qui se fait sur de petites surfaces rocheuses. Pas besoin de baudriers, de pitons ou de cordes. Juste de bons chaussons (oui, c’est le terme) et un peu de magnésie, une poudre ressemblant à du talc, à mettre sur les mains pour absorber la transpiration. On peut rajouter à ce matériel, ultra minimaliste, l’emploi de crash pads et de tapis de protection pour amortir les éventuelles chutes. Et ce qui est valable pour le bloc l’est aussi pour la grimpe urbaine. — A. Ciesielksi/Caters/Sipa

Héritage et spécificités

Proche de l’escalade par l’approche, l’urban climbing est, selon Liv Sansoz, «plus plus convivial et plus créatif. On utilise son corps différemment et la manière de monter n’est pas la même. Un objet urbain est toujours une découverte alors qu’un bloc ou un rocher, au bout d’un moment, on le connaît. En urban climbing, on peut, par exemple, faire basculer son corps et commencer d’abord la montée avec ses pieds.» La beauté du geste compte donc beaucoup. De même que le choix des buildings ou édifices ne se fait pas uniquement sur la hauteur ou la difficulté. Le symbole, l’histoire, les formes ou encore le design du sujet ont également leur importance. «On regarde un monument et on se dit: “Ça serait super sympa de le grimper”», rajoute encore Liv Sansoz. Et ce plaisir en est un qui se partage avec la communauté de grimpeurs urbains qui se déplacent souvent en groupe de quatre à cinq personnes maximum.

Le solo, la pratique vraiment extrême

AP/Sipa
AP/Sipa

«Le solo» reste ainsi marginal au sein de la grimpe urbaine. Il s’agit en quelque sorte de l’extrême de cette pratique, elle-même assez risquée. Dans cette catégorie, Alain Robert, alias «le French Spiderman», s’est taillé une réputation mondiale en escaladant les plus hautes tours du monde depuis le milieu des années 1990. Elf-Aquitaine à la Défense, Montparnasse et Eiffel à Paris, Empire State Building à New York, Willis Tower à Chicago, Petronas Twin Towers à Kuala Lumpur (Malaisie), Burj Khalifa à Dubaï ne sont que les exemples des gratte-ciel les plus connus qui lui sont «tombés» sous la main.

Et là encore, pour autant de défis relevés, presque autant d’arrestations. Car même s’il n’y a pas de désir de provoquer au sein de la communauté, «certains voudront pourtant le faire, pour le défi technique, le suspense, ou encore la tension. Une satisfaction supplémentaire de l'avoir fait», explique Liv Sansoz.

Quand la Toile fait de vous une vraie star, les interdictions se lèvent parfois même au profit de la communication publicitaire. Le dernier exploit d’Alain Robert, la grimpe de la Cayan Tower de Dubaï, a été réalisé avec l’autorisation du groupe propriétaire de la tour, en échange de quoi notre Spiderman a arboré pendant l’effort un tee-shirt à l’effigie du groupe…

>>>Retrouvez l’ensemble de notre dossier «Goût de l’extrême» réalisé à l’occasion de la sortie en salle du film Everest, le 23 septembre.