Germinal, l'héritage

Comment (bien) adapter à l'écran un classique littéraire ?

CULTURE Bien porter un chef d’œuvre de la littérature à l’écran, opération délicate ? 20 Minutes fait le point avec le scénariste Philippe Lasry, à grand renfort d’exemples

Jeanne Lemercier
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Une photo de tournage de la série «Germinal»,  avec Louis Peres (Etienne Lantier), Alix Poisson (La Maheude), Rose-Marie Perreault (Catherine).
Une photo de tournage de la série «Germinal», avec Louis Peres (Etienne Lantier), Alix Poisson (La Maheude), Rose-Marie Perreault (Catherine). — Sarah Alcalay / FTV / Banijay

Combien de fois Roméo et Juliette a-t-il été adapté à l’écran ? 80 fois. Les Trois mousquetaires ? 30 fois. Madame Bovary, Les Liaisons dangereuses, Les Misérables Autant de classiques incarnés, de manière plus ou moins fidèle et surtout, plus ou moins réussie.

Pour le scénariste Philippe Lasry, qui codirige le département scénario de la Fémis (l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son), l’une des clés de cette réussite réside dans le bon choix de l’œuvre à adapter : « L’histoire, quelle que soit l’époque où elle se déroule, doit avoir un écho pour le public qui recevra le film. La question que tout réalisateur, producteur, scénariste se pose en amont, c’est : en quoi est-ce contemporain ? Plus la thématique est contemporaine, plus le public y sera sensible » Alors, moderne, Germinal, le roman d’Emile Zola paru en 1885 (et dont 20 Minutes est partenaire de l'adaptation série, actuellement sur la plateforme Salto) ? « Un bouquin qui parle de contestation, de colère, de petits destins face aux puissances, oui, cela a du sens dans la France aujourd’hui », affirme Philippe Lasry.

Le grand écart

Autre question soulevée : dans quelle limite s’autorise-t-on à trahir l’œuvre originelle ? Entre les tomes de la saga L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante et son adaptation en série (diffusée depuis 2019 par Canal + puis France 2), il n’y a qu’un pas : les dialogues, l’enchaînement des scènes comme la profusion de personnages sont respectés. De même pour « Cyrano de Bergerac », de Jean-Paul Rappeneau (1990).

D’autres font au contraire le grand écart, comme « La Belle personne » de Christophe Honoré (passion entre une élève et son prof dans l’enceinte du lycée Henri IV à Paris en 2007) inspiré de La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (même passion, mais dans la cour d’Henri II, au XVIIe siècle) ou encore le « Roméo + Juliette » de Baz Luhrmann (1996), avec Léonardo di Caprio. « Se détacher du classique, l’installer dans une autre époque ou parfois dans un autre lieu, c’est un parti pris qui n’augure pas du tout que le film sera mauvais, souligne Philippe Lasry, qui cite également « Sex intentions » (1999), d’après Les Liaisons dangereuses. Pour adapter une œuvre, il faut trouver un angle, et trouver un angle, c’est forcément trahir. »

Faire des choix

Sans compter que le temps du roman n’est pas celui du film. « Quand le classique du XIXe s’autorise 100 pages de description en préambule, le film entrera directement dans le vif du sujet, poursuit le scénariste. Il faut faire des choix, on ne peut pas traiter toutes les intrigues ni tous les personnages. Et tout cela dépend aussi du format de destination : un film, une série ? » Une fois ces choix scénaristiques arrêtés, reste à bien écrire et bien réaliser le film, ce qui est toute une autre histoire.