Germinal, l'héritage

Comment « Les corons » est devenu l'hymne officieux du RC Lens

FOOTBALL Entonnée au stade par les supporters du RC Lens, la chanson « Les corons » de Pierre Bachelet reste liée à l'histoire du club

Mathilde Sambardier
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Les supporters lensois lors du match contre l'AS Saint-Etienne, au Stade Bollaert, le 15 août dernier.
Les supporters lensois lors du match contre l'AS Saint-Etienne, au Stade Bollaert, le 15 août dernier. — F. Greuez / Sipa

Le 9 mai 1998, jour du titre pour le RC Lens, demeure une date gravée dans la mémoire de Christophe, 52 ans, supporter de toujours. Un moment l’a particulièrement marqué après le match : « Quand dans le stade on reprenait "Les corons", l’équipe est venue communier avec nous. J’en ai encore des frissons », se souvient-il ému. « Les corons », c’est un tube du chanteur Pierre Bachelet sorti en 1982. Succès des ventes, il évoque le quotidien des mineurs de fond, entre labeur et entraide. Adopté peu à peu par les supporters lensois, il devient l’hymne officieux du club. Un destin inattendu pour ce morceau qui n’a pourtant a priori rien d’un chant sportif.

« Ça nous prend aux tripes ! »

Quelques jours après l’annonce du décès de Pierre Bachelet, « Les corons » est entonné par tout un stade lors d’un match contre Nantes en février 2005. Déjà chanté par les ultras depuis plusieurs années, il est ainsi adopté par l’ensemble des supporters lensois. Aujourd’hui encore, il suscite l’enthousiasme des fans. « Ça dégage une telle passion, cet hymne nous prend forcément aux tripes ! », s’enthousiasme Florian, supporter dunkerquois de 27 ans.

A présent diffusée à chaque début de seconde mi-temps dans le stade Bollaert-Delelis, la chanson est foncièrement associée au club nordiste. Pour beaucoup, elle fait écho à leur histoire personnelle. « Mon grand-père a été mineur pendant 30 ans. Ce morceau me fait penser à lui et me rappelle tout ce que la région a enduré », assure Luc, supporter de 28 ans vivant près de Lens.

« Le morceau raconte une vie de labeur »

Le succès de ce tube auprès des supporters du club vient plus globalement de l’attachement des fans au passé minier de la région. « Le morceau raconte une vie de labeur. Ça a été le quotidien vécu par la plupart des gens du Nord pendant 250 ans », raconte Benoît Dequevauviller, journaliste qui a suivi le RC Lens pendant vingt ans. D’autant que le club a un lien direct avec cette industrie aujourd’hui disparue. « Le club a été créé par des patrons de houillères pour occuper les mineurs les dimanches après-midi. Ils ont aussi fait construire le premier stade », rappelle le journaliste.

Si l’époque où les mineurs tapaient dans le ballon est loin, certains supporters voient toujours des points communs entre les joueurs actuels et leurs prédécesseurs. « La solidarité, le respect… Il y a quelques années on a prêté notre stade au rival lillois le temps de la construction du leur », raconte Florian. Une preuve que la tradition d’entraide se poursuit au sein du bassin minier, à part peut-être les jours de derby.