Germinal, l'héritage

Les mines françaises ne font plus du tout grise mine

TOURISME Classées au patrimoine mondial de l'Unesco, les anciennes mines de charbon connaissent une seconde vie entre lieu de mémoire, projets culturels et scientifiques

Mathilde Sambardier
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Au même titre qu'une large partie du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le carreau de fosse réhabilité de la mine 11-19, à Loos-en-Gohelle, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2012.
Au même titre qu'une large partie du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le carreau de fosse réhabilité de la mine 11-19, à Loos-en-Gohelle, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2012. — O. Joly / Sipa

Si les hautes collines grises se détachant à l'horizon semblent inchangées depuis plus d'un siècle, la population qui s'y aventure aujourd'hui est bien différente. Vestiges d'une activité minière disparue, les terrils sont devenus des lieux touristiques dans le Pas-de-Calais où se croisent passionnés d'histoire et randonneurs. Depuis la fermeture des mines à partir des années 1960, ces lieux ont d'abord été délaissés avant qu'ils ne soient réhabilités pour valoriser leur dimension historique et relancer l'activité économique d'une région en difficultés.

Attirer les touristes

La fin d'un monde. Entre les années 1960 et 1990, les mines ferment progressivement en France, mettant fin à deux siècles d'activité minière. Mais certaines sont conservées comme traces d'une industrie qui a marqué l'histoire de la région et classées en 2012 au patrimoine mondiale de l'Unesco. Dès 1984, le centre minier de Lewarde est reconverti en lieu de mémoire. « Il y avait la volonté de garder ces lieux qui ont marqué l'imaginaire collectif » explique Florence Hachez-Leroy, présidente du Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel (Cilac). Devenu le plus grand musée de la mine de France, il attire des touristes venus de l'étranger.

Plus à l'est à Wallers, l'ancienne fosse d'Arenberg connaît une seconde vie inattendue. Grâce au film Germinal de Claude Berri en 1993, en partie tourné sur place, la mine devient une « curiosité touristique » à la fois « comme lieu historique et comme décor du film » raconte Florence Hachez-Leroy. Surfant sur cette réussite, l'ancienne fosse est transformée en pôle image et accueille des tournages, dont celui de la nouvelle série Germinal prochainement diffusée sur la plateforme Salto. Cette reconversion doit encourager les réalisateurs à « raconter l'histoire » de ces mines, selon l'historienne.

Des lieux tournés vers la modernité

La plupart des anciennes mines deviennent des lieux mixtes afin que la population se les approprient. « Il n'y a rien de pire qu'un lieu qui ne parle pas à la population locale », affirme Florence Hachez-Leroy. Une vérité valable dans le Nord comme en Provence. L'ancienne mine de la Gardanne, près de Marseille, sera destinée à accueillir à la fois des entreprises et une future Cité des sciences dès 2022. Avec une particularité : elle exploitera le potentiel des eaux de mine pour s'alimenter et ainsi devenir le premier éco-quartier industriel de l'Hexagone. Une façon de relier le passé aux préoccupations futures.