Il est le compositeur français que tous les réalisateurs s’arrachent. Récompensé aux Oscars, en 2015, pour la meilleure bande originale pour «The Grand Budapest Hotel» de Wes Anderson, Alexandre Desplat a remporté un Golden Globe, en janvier dernier, pour celle de «La Forme de l’eau» de Guillermo del Toro. Egalement nommé aux Oscars pour ce même film, l'artiste est l’une des références mondiales en matière de musiques de films.

Son incroyable percée dans ce milieu très fermé a débuté dans les années 1990 avec ses collaborations avec Jacques Audiard. «Il lui a vraiment permis de trouver une narration musicale personnelle», se souvient Solrey, la violoniste solo et directrice artistique du compositeur.

Un travailleur acharné

Après ce tremplin, «“Les Péchés mortels”, “Les Milles”, “Le Montreur de Boxe”, “La Femme du cosmonaute”… Ces films dont on a un peu oublié l’existence ont été un laboratoire d’écriture pour Desplat», commente Gérard Dastugue, membre de Traxzone, agence de communication consacrée aux musiques de films. Pour lui, «son élégance d’écriture et son goût des mélanges orchestrés, très appréciés aujourd’hui, sont présents dans son travail depuis le départ».

A partir des années 2000, les productions s’enchaînent. Car pour le cinéma, une passion qu’il affectionne depuis ses 10 ans, Alexandre Desplat ne compte pas. Dix-huit heures de travail par jour pour une production de quatre à dix films par an, soit 175 en 33 ans, tous plus variés les uns que les autres. «A bien regarder sa filmographie, il compose autant pour des blockbusters américains que des films d’auteur français. Il aborde différentes esthétiques filmiques et prend soin de ne s’enfermer dans aucun style prédéfini. Il a l’intelligence de ne fermer aucune porte comme le montre sa partition pour «Valérian» de Luc Besson, avec notamment l’utilisation de l’électronique», prend pour exemple Séverine Abhervé, fondatrice de Traxzone et docteure en cinéma.

Sa musique enveloppe l’image sans la dévorer

Le compositeur de 56 ans ne commence réellement son travail que lorsque le film est terminé, «car il aime s’immerger dans un univers global, s’imprégner du rythme, de la lumière, des images, ou encore de la voix des personnages», précise Solrey. A partir de l’univers du film, Alexandre Desplat met un point d’honneur à toujours trouver quelque chose de nouveau, une identité propre qui surprendra le réalisateur, l’amènera vers autre chose.

«Sa musique est une narration indépendante qui peut s’écouter sans images. Elle révèle l’invisible, le hors champ. Il s’efforce toujours de composer une musique qui ne soit pas purement illustrative du récit. Il aime les mélodies épurées, sans romantisme ni pathos. Elles laissent l’image vivre et respirer. En fait, la particularité de sa musique, c’est qu’elle enveloppe l’image sans la dévorer», poursuit sa directrice artistique.

Par exemple, pour le film «La Forme de l’eau» de Guillermo del Toro, le musicien explique dans une interview accordée à Silence-moteur-action.com, y avoir vu «un flot ininterrompu, comme l’océan». L’idée lui vient alors de «créer des motifs qui aient la forme de l’eau et une orchestration qui s’en rapproche». Pour ce faire, il a écrit une partition pour pas moins de douze flûtes, ce qui n’est vraiment pas courant!

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Pour Gérard Dastugue, c’est aussi la french touch d’Alexandre Desplat qui a achevé de séduire les plus grands cinéastes: «Une élégance classique, une autorité dans la retenue, jusqu’à accepter le silence comme meilleur choix.»