La planche est son mouvement de break favori. Imaginez ce danseur, les deux mains sur le sol, bras tendus et le reste de son corps à l’horizontale, en suspension dans le vide. Facile quand on est en apesanteur. Pourtant Junior, breakdancer de 35 ans, est soumis à la même gravité que vous et moi.

Sa discipline, le breakdance, se pratique à quatre membres. En enchaînant les figures debout ou au sol. Par la force des choses, Junior a dû faire autrement. Depuis l’enfance, il ne peut plus compter sur sa jambe droite, à la suite d’une poliomyélite. Chez lui, toute la force est dans le haut du corps. «Il peut soulever son corps dans n’importe quelle position», s’amuse Njagui Hagbe, chorégraphe de son groupe Wanted Posse.

Des pompes sans les pieds

Une faiblesse? Surtout pas. Son style atypique est devenu une signature, reconnaissable entre mille. «Mon style transpire mon histoire et ma personnalité. Quand je danse, j’ai un côté félin, sauvage. Comme si ma danse faisait remonter le Hulk que j’ai en moi», sourit-il.

Njagui Hagbe confirme. «Il a un style unique. Si on voit son ombre danser, on le reconnait immédiatement. Dans notre groupe, on l’appelle la bête du Gévaudan.» Référence à une bête sauvage qui terrorisait les populations du Gévaudan au XVIIIe siècle. Bon.

Comme il ne peut pas réaliser les figures classiques du break, ce handicap le pousse à créer de nouveaux mouvements. «Je laisse libre cours à mon physique, à mon ressenti, à la musique. Mon corps a son propre accent», raconte le danseur qui a grandi à Saint-Malo. «Par rapport à ça, il y a pas mal de figures que j’ai l’impression d’avoir inventées.» On confirme. Dans le milieu du break, essayez les «b-boy Junior push-ups», en français «les pompes de b-boy Junior», sans l’appui des pieds. Une figure reconnue… mais très difficile à reproduire. On vous l’assure.

Une star de l’écran cathodique

C’est à l’adolescence qu’il rencontre le break. Un coup de foudre qui le réconcilie avec son corps. «Ça m’a apporté une confiance que je n’avais pas, une réévaluation de moi-même.»  Autre étape de sa vie, sa rencontre avec son crew, sa bande, les Wanted Posse.

Avec eux, il partage la rigueur des entraînements et les moments plus détendus. «Il est très taquin, on rigole beaucoup entre nous. Mais quand il est concentré, il ne faut pas l’embêter», sourit son chorégraphe. «C’est un artiste complet.»

En 2007, c’est sur ses bras qu’il se présente face au jury de l’émission La France a un incroyable talent. Il devient rapidement le favori du public, qui s’accroche à son histoire et à la beauté de ses performances.

«Je me suis senti pousser des ailes, c’est là que je me suis lancé en solo. C’est gratifiant de voir que le travail que l’on a fait peut plaire.» Aujourd’hui, cette notoriété demeure sur Youtube où ses prouesses génèrent toujours des milliers de vues. Une vague sur laquelle il compte bien surfer, pour lancer tous les projets qu’il a en tête autour du break.

«J’aime tellement ça que rien ne peut m’arrêter. D’ailleurs là, si je n’étais pas en train de vous parler, je serais probablement en train de danser.» Le break, une passion jusqu’au bout.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.