Qu’est-ce qui pousse les breakers à se dépasser?

DÉFI Dans cette discipline exigeante, quatre danseurs nous ont raconté ce qui leur donne du carburant pour aller toujours plus loin…

Laura Belleyme
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Les entraînements de break demandent de la discipline et une grande volonté pour aller au-delà des douleurs et des difficultés.
Les entraînements de break demandent de la discipline et une grande volonté pour aller au-delà des douleurs et des difficultés. — Nate Bolt/Flickr

Le breakdance porte bien son nom. C’est une danse qui casse. Elle s’attaque aux mains, aux poignets, aux jambes. Les breakers s’entraînent pourtant avec acharnement. Nous avons demandé à quatre d’entre eux ce qui leur donnait l’envie de continuer et de se dépasser.

«Je ne pouvais plus supporter d’être un breaker lambda.» Pas de tabou, Benji se livre franco. Avec son style très particulier, basé sur son jeu de jambres, il est l’un des meilleurs breakers français et l’un des seuls à avoir eu deux carrières. Au plus haut niveau dans les années 2000, il s’arrête net en 2005. «J’avais du mal à gagner ma vie. J’avais fait un film, des pubs mais le break reste un sport de clochard», se désole-t-il aujourd’hui. Puis en 2013, il revient et crée la surprise au Chelles Battle Pro. «J’ai recommencé pour avoir la satisfaction d’être unique», explique-t-il. Pari réussi: chef d’entreprise (dans l’immobilier et la plomberie, il a 32 employés sous sa responsabilité) et champion de break, c’est peu banal…

Un soutien tatoué sur la peau

Ses fans sont une autre source de réconfort entre deux séances d’entraînement. Leurs encouragements sont précieux, que ce soit sur internet, dans la rue ou… à même la peau. «J’ai vu que certains se sont tatoués ma photo. C’est à la fois choquant et motivant», sourit Benji. Chez certains, cet esprit de compétition donne le tempo. Imaginez la scène: au milieu d’une arène, deux b-boys (ou b-girls) s’affrontent. Chacun improvise son morceau sur la musique du DJ. Autour d’eux, un public, plus ou moins nombreux. Objectif: la victoire.  

Vartan danse pour la victoire. Ce b-boy allemand de quarante ans est danseur et directeur artistique de Red Bull. «Quand on se retrouve en battle face à un danseur, l’important c’est d’être meilleur que lui.» Cette idée lui est venue tard.

Créer pour exister

C’était aussi le cas de Benjamin. Nom de scène: Banc (à prononcer comme un banc). A 25 ans, il revient sur ses ambitions de départ: «Etre le plus fort! Mais ça m’a causé du tort. J’ai appris que quand un jury n’aime pas ce que tu fais, ça ne veut pas dire que ce que tu fais est mauvais.» Il décide alors de chercher son propre style plutôt que la performance à tout prix.

«Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de gagner contre moi-même. Je veux pouvoir m’exprimer au mieux, danser comme je parle. Ce qui est motivant, c’est le nombre de chemins à suivre.» Et chaque jour, il mesure la distance parcourue.

«Une pilule au mal de vivre»

Une philosophie du break qui donne aussi des ailes à Thomas Lafargue, membre du crew La Smala. Toute son énergie y passe, positive comme négative. Et c’est ce qui lui donne toujours l’envie de continuer. «Le break, c’est une pilule au mal de vivre, une discipline dans laquelle je me sens exister», explique-t-il. «C’est un sport qui ne coûte rien. On a juste besoin de son corps, de l’envie de la progresser, de la rage.»

Dans le break plus qu’ailleurs, la rage qui les fait danser n’empêche pas quelques échecs. Certaines figures restent difficiles, voire impossibles à atteindre. «Il y a toujours des mouvements que tu ne peux pas faire. Pour moi, c’est le Air Twist. Même quand tu t’entraînes pendant des heures, c’est très dur», conclut Vartan. Malgré la motivation, le break oblige les breakers à danser avec leurs limites.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.