Destins de breakers: la vie après la danse

CARRIÈRE Les ex-breakers suivent des parcours très différents après leur vie de danseur…

Laura Belleyme
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Photographe, chorégraphe ou restaurateur, il n'y a pas de règle pour l'après-break.
Photographe, chorégraphe ou restaurateur, il n'y a pas de règle pour l'après-break. — U.S. Embassy Tel Aviv/Flickr

Comme les lanceurs de javelot ou les coureurs du 100 mètres, les danseurs de break sont des sportifs de haut niveau. Et quand le corps ne peut plus suivre, ces athlètes doivent penser à leur reconversion. Un challenge pas toujours évident.

Continuer à danser ou pas? Riyad Fghani, chorégraphe, ne s’est pas posé la question bien longtemps. En 2008, à l’approche de ses 30 ans, son corps lâche. «Suite à une tournée avec les Pockemon [son crew], j’ai eu des problèmes de dos. Je suis resté deux jours paralysé. Ma carrière s’est arrêtée là», raconte-t-il.

Des nuits passées à douter

Il lui faut se reconvertir mais, sans diplôme, la tâche est difficile. «Je me suis posé des questions, j’ai passé pas mal de nuits d’insomnie.» L’ancien breaker choisit de faire un pas de côté et devient chorégraphe. «Je travaille dans la danse en général. J’ai même été sollicité pour l’inauguration du parc Olympique Lyonnais. J’ai créé une chorégraphie pour les joueurs de foot», sourit-il. Aujourd’hui, même s’il a complètement arrêté de danser le break, l’ex-champion continue à travailler avec son crew.

Reconversion dans le break aussi pour Little Shao. Ce garçon originaire de Châtillon, en région parisienne, a échangé les blessures contre la sécurité de l’emploi. Tinh, son vrai prénom, travaille dans la finance de marché. En parallèle, il prend des photos de son crew en action.

Au départ, ses images sont publiées sur Myspace, Facebook ou Instagram. Puis le succès arrive, inattendu. Ses photos racontent la culture hip-hop et l’amènent à travailler dans le monde entier.

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Une photo publiée par LITTLE SHAO Pro Photographer (@littleshao) le

Son atout, c’est sa vision de l’intérieur, sans cliché. «Je faisais ça par passion de la danse, jamais je n’aurais cru pouvoir en vivre. Aujourd’hui c’est le cas. Depuis quatre ans, le marché grossit, même s’il est encore petit.» A 33 ans, il vit du break sans danser.

Restaurateur à Montpellier

Mais ils sont peu nombreux à continuer de vivre de la danse. Mohamed Zerrouk, membre du crew Vagabonds, se désole de cette situation. «Beaucoup se retrouvent sur le marché du travail sans qualification et quittent le break pour des travaux d’intérim.» Ou encore des jobs à des années-lumière de leurs premières amours. A 34 ans, Farid est restaurateur à Montpellier. «C’est par dépit que je fais ce métier mais j’ai quand même beaucoup de chance», avoue-t-il. Le Montpelliérain s’est fait une petite réputation dans les années 2000 avec les crews Art de Rue et Furies avant de se lancer dans les cours de danse. «Puis j’ai senti que je commençais à fatiguer. Le corps vieillit. Le break n’est pas un sport normal, ce n’est pas bon pour la santé», reconnaît Farid.  

Une photo publiée par Furies Crew (@furiescrew) le

En pensant à ces années passées à danser avec ses copains, en galère, à dormir dans des gares, son cœur se serre un peu. «Parfois, je ne danse pas pendant huit mois. Quand je reprends l’entraînement, j’ai envie de chialer tellement ça me fait plaisir. Peu de gens peuvent comprendre.»

Farid pense souvent à ceux qui ont suivi le même chemin chaotique que lui et qui ont eu moins de chance. «Du jour au lendemain, je les ai vus travailler à l’usine. Personne autour ne savait que ces mecs-là, quand ils dansaient, c’était le Bronx», raconte-t-il, ému.

Des cyphers [les cercles de danse] au marché du travail, difficile de durer dans le break. L’oubli menace même les plus doués. «Beaucoup avaient un nom et, aujourd’hui, tout le monde l’a oublié», confirme Farid.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.