Le breakdance, ça se danse aussi sur du classique?

DANSE Salsa, musique classique et punk, mixez le tout et dansez sur le rythme du breakdance...

Shéyen Gamboa
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Virginia Tomarchio et Willy Hem du groupe Flying Steps à Milan, en Italie.
Virginia Tomarchio et Willy Hem du groupe Flying Steps à Milan, en Italie. — MAURO PUCCINO

Le breakdance, ça se danse en battle, et c'est la liberté. On le danse aussi sur la scène internationale et là, c'est chorégraphié au millimètre près! Le plus souvent, on ne le danse pas sur du hip hop, mais sur des breakbeats, inspirés de la musique funk.

Quand la musique n'adoucit pas les mœurs

Au cœur de la réussite d'un battle de breakdance, il y a bien évidemment les danseurs, l'ambiance dans le public, le «speaker qui anime le duel mais la clé du succès, l'élément qui fait monter la pression, c'est bien la musique mixée live par un DJ.

Plusieurs dans le monde se sont spécialisés dans le battle de breakdance. Lorsque je me suis lancé en 1995, raconte DJ Siens figure emblématique du Djing de battle français, de nombreux DJ hip-hop en France, mixaient rap et r'n'b. Par amour du funk, je me suis démarqué en mixant pour les bboys!» Et ce sont les break beats, rythmes très syncopé de la musique funk, qui règnent en maître depuis l'origine de cette danse.

«Les danseurs des années 1970 ont trouvé leur énergie, leur inspiration dans ce pont musical» rajoute Siens. Pour la danseuse bgirl Karima pionnière du genre: «J'ai grandi avec une culture afro américaine: soul, funk. Breaker sur ces musiques est pour moi une suite logique car le hip-hop est dans la continuité de cet esprit révolutionnaire et revendicateur. À mes débuts, je m’entraînais beaucoup sur du reggae ça permettait de prendre le temps de comprendre! Mais je suis gênée quand je vois notre art sur de la variété ou autre, je ne retrouve pas cet esprit. J'ai vu des maîtres du hip-hop: Poppin Taco et Pete danser sur du Beethoven, mais là… il y a une telle maîtrise de notre art, qu'on s'y retrouve!»

L'historique break beat reste donc le rythme le plus proche de l'énergie du breakdance. «La musique doit aider le danseur à trouver une force, une rage. Elle doit ajouter l'émotion à la technique» rajoute le Marseillais Keysong, ancien bboy, DJ et beatmaker notamment de musique pour l'entraînement des bboys. Et même si les hymnes incontestés restent Apache de l'Incredible Bongo Band, It's just Begun de The Jimmy Castor Bunch de 1972 ou encore Give It Up or Turn It Loose de James Brown, un débat divise le monde des DJ de battle.

«Nous avons traversé de nombreuses tendances musicales dans les battles ces dernières années, précise le DJ anglais des plus grands battles internationaux Renegade ancien bboy aux platines depuis 1986, electro, britcore, hip-hop, disco et salsa, désormais on entend même des sons actuels comme Pharrell et les Neptunes. Et même si ce n'est pas mon goût, je trouve sain qu'un DJ puisse expérimenter. Tant mieux si la communauté est réceptive! Certains veulent faire évoluer les choses, d'autres veulent conserver l'essence.» Un débat qui peut changer la face du breakdance. «Le DJ a le pouvoir entre ses mains, insiste Renegade. C'est sa musique qui inspire les danseurs ou non. Il m'est arrivé de finir en sueur tellement j'étais investi dans le battle…»

Combattre en rythme avec la musique

Les fondamentaux s'acquièrent donc sur des break beats, mais ensuite? «Il faut rester ouvert et éduquer son oreille, ajoute Keysong, pour la recherche à l'entraînement et surtout pour se créer une identité. Le fait de danser sur d'autres styles de musique peut beaucoup enrichir sa danse.» Pour Siens, il y a un tout de même une contrainte: «Oui on peut breaker sur du punk, du rock de l'électro, de la salsa bien sûr, puisqu'il y a un rythme comme celui de la danse, dans tous ces styles on retrouve des breaks de batterie, bongo, ou autre percussion.

Par contre, la musique classique n'est pas construite de la même façon.» Et pourtant, ce mariage a été l'un des plus lucratif scéniquement parlant. Red Bull Flying Bach, alliant breakdance et JS Bach sur une même scène a été l'un des plus gros cartons ces dernières années.

BBoy Vartan le chorégraphe du spectacle et du prochain Flying Illusion explique: «Le break, c'est danser sur le rythme, donc on peut danser sur toutes les musiques. Le plus beau dans notre art, c'est de transformer le rythme en danse, de le rendre visible ! Dans Flying Bach, nous voulions prouver que le break et le classique pouvait s'unir. Notre succès a prouvé qu'aussi bien sur scène que dans le public, qui a été multigénérationnel, les opposés se sont attirés!» Une alliance scénique prometteuse qui n'offensera pas les puristes du genre. Et bien dansons maintenant!

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Une photo publiée par Flying Steps (@redbullflyingbach) le

 

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.