Le breakdance doit se bouger pour atteindre la parité

DANSE Dans un univers breakdance encore très viril, la parole est à celles qui ont la rage d'exister par leur danse...

Shéyen Gamboa

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Les bgirls ukrainiennes Kate et Kim prennent la pose.
Les bgirls ukrainiennes Kate et Kim prennent la pose. — N. Kramer / RED BULL FLYING ILLUSION

Plus de quarante ans après son émergence, le mouvement hip hop est encore loin d'être un exemple en matière de parité. Dans toutes ses disciplines, qu'il s'agisse de graffiti, rap, beatboxing ou break, les femmes sont encore sous-représentées.

3 contre 112, le score de la parité

Le 10 juillet dernier encore à Paris lors du Red Bull BC One Cypher France, qualifications françaises pour la finale internationale de breakdance, on comptait trois bgirls sur la ligne de départ contre 112 bboys. Un rapport qui malheureusement se retrouve dans tous les battles mixtes. Le cadre de pratique: la rue, n'y est sans doute pas étranger. Il faut avoir une sacrée audace pour en découdre sur une scène de battle encore très masculine, ne pas avoir peur de mordre la poussière au sens propre comme au sens figuré, ne craindre ni les mains calleuses, ni les bosses, ni les hématomes à répétitions. «On danse sur presque tous les sols, précise Vartan bboy et chorégraphe du spectacle Flying Illusion, on se blesse souvent, on se coupe… j'ai vu beaucoup de filles abandonner à cause de ça!»

Lady V au milieu des hommes

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. En 1984, l'une des premières à se hisser sur la scène se nomme Lady V. Le grand public la connaîtra plus tard comme la danseuse du groupe NTM. «Si on était motivée, confiait-elle au magazine Radikal en 2002, il n'y avait pas de ségrégation. On préparait ensemble nos chorégraphies à la Main Jaune (discothèque mythique des années 80 à Paris NDR). Et, on faisait des shows dans la rue pour payer les piles du poste!» Le changement survient quelques années plus tard avec l'avènement des mouvements plus physiques nécessitant de la puissance.

«À mes débuts, raconte bgirl Hurricane danseuse depuis 1990 et organisatrice de la référence de l'underground Just4Rockers, j’ai très peu été soutenue car dans le break si t’étais pas la meuf de ou la sœur de, on n'allait pas te «donner» gratuitement! Il fallait prouver que tu étais persévérante. Et s’ils t’aidaient, ils pensaient que tu devais être totalement sous leur coupe, et ça c’était pas possible avec moi! En tant que bgirl, tu dois t’affirmer deux fois plus pour qu’on te respecte. Je préfère imposer mon féminisme à ma féminité.»

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Une photo publiée par Jam JustforRockers (@just4rockers) le

«Nous n'avons pas de complexe à avoir, affirme Karima Aktuel Force pionnière et juge internationale, nous avons notre place. Nous avons une autre vision à apporter au break. La féminité n'est pas une faiblesse, mais un atout. Personnellement, j'ai fait le choix de ne pas le mettre en avant et m'imposer, au-delà du statut de femme, en tant que membre d'un univers masculin à part entière. Et puis, vaut-il mieux essayer de faire comme des bboys ou être soi-même?» Pour bgirl Minzy, actuellement dans le casting international de Flying Illusion la réponse est claire: «J'ai fait huit ans de gymnastique à la discipline trop militaire avant de rencontrer la liberté de la danse. Être soi-même, ici c'est la base.»

 

 

 

Assumer sa féminité

Pour Vartan, les filles peuvent théoriquement faire comme les garçons. «Certaines maîtrisent les mêmes phases, la nuance se situe dans la puissance et ce n'est pas du machisme. Breaker, c'est prouver qui tu es! J'aimerais qu'il y ait plus de bgirls; elles apportent quelque chose de différent lorsqu'elles ne copient pas une attitude masculine.» Celles qui se sont démarquées l'ont bien compris.

Bintou, Beebish, Valentine ou encore Babyson ont écrit l'histoire du bgirling français avec leurs styles inimitables. Sofia Boutella s'est envolée pour L.A. et après avoir séduit Rihanna et Madonna avec son break c'est désormais Hollywood qui lui fait du pied. Révélée dans Kingsman, on la découvre en ce moment à l'affiche du dernier Star Trek, et au casting du remake de la Momie, prévu en 2017.

En France, la relève semble enfin vouloir s'affirmer. Elle se dévoile notamment lors d'un événement qui lui est consacré, le Just4Ladies à Paris. Karima précise: «Lors d'une tournée, j'ai rencontré des jeunes de toute la France très motivées, certaines n'avaient que 6 ans. C'est vraiment une belle génération qui arrive.» Attention, les princesses en basket débarquent.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.