JoeyStarr, le smurfeur

DANSE JoeyStarr, l'une des figures du hip-hop Français donne espoir aux jeunes pour suivre leurs rêves et atteindre des sommets...

Shéyen Gamboa
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Joey Starr à la Grande Halle de la Villette pendant la finale du Red Bull BC One World à Paris, en novembre 2014.
Joey Starr à la Grande Halle de la Villette pendant la finale du Red Bull BC One World à Paris, en novembre 2014. — RED BULL CONTENT PULL

Bien avant le cinéma, le rap, le graffiti, il y a eu le smurf pour JoeyStarr. Comme le reste de la communauté hip-hop, pour le Jaguarr, tout a commencé par la danse... «Tu verras un jour, je serai une star…», lançait déjà le jeune Didier Morville, plus tard connu sous le pseudo de JoeyStarr, encore loin des projecteurs.

Sidney Duteil, DJ et animateur historique de l'émission H.I.P. H.O.P. de TF1 se souvient: «C'était en 1982. J'animais des soirées dans Paris. Je rentrais au petit matin à Saint-Denis et avant d'aller me coucher, je faisais une partie de flipper, au café en face de la mairie, le Khédive. Et Didier, comme un bon petit gars de Saint-Denis traînait par là. Il était déjà très confiant et ambitieux, je m’en rappelle très bien!»

Originaire de Saint-Denis, le jeune Didier Morville, a rencontré la danse très tôt. Jazz rock, funk… «On avait nos rendez-vous réguliers au Trocadéro, racontait-il en 2008 pour le livre Hip Hop, l'histoire de la danse. Un après-midi, on est arrivés et il y avait ces américains qui étaient là avec leur gros poste et tout a changé pour nous. On est revenus tous les jours et on est tombés dedans!» Un choc hip-hop qui a changé le cours de sa vie et de celle de beaucoup d'autres.

«D'un seul coup, tu brilles. Quand tu arrives d'un coin pourri comme celui d'où je viens, avec la danse, tu as l'impression de faire quelque chose, de marquer l'époque ou même ton territoire. Ça a toujours été ma motivation.» JoeyStarr se spécialise dans la danse qu'on appelle à ce moment là le «smurf», sans passage au sol.

La concurrence mène la cadence

«Quand j'y pense on se nourrissait de miettes. Une minute de démo du Rock Steady Crew (pionniers US du genre) dans telle émission, 30 secondes de danse dans le film Beat Street…» Une époque sans magnétoscope, ni Internet qui marque les débuts de l’artiste. «On est partis dans la reproduction. J'ai même volé des gants blancs aux Galeries Lafayette. Fallait le faire!», confie-t-il nostalgique et fier.

«On faisait le 'moonwalk',  tout le monde hurlait alors on continuait!» C’est alors dans la concurrence qu’il puisait sa motivation. «On est vite rentrés dans le clashs et les battles… En boîte, on pouvait attraper un mec parce qu'il avait repris une de nos phases, se souvient-il. Mais pour JoeyStarr, «le danseur à abattre, c'était Junior Il faisait vraiment mal.» Junior Almeida, s’en rappelle très bien. «Didier, c'était un bon! Il ondulait plutôt bien et était l’un des premiers que j'ai vu faire la wave (vague)», avoue le danseur professionnel, chorégraphe et enseignant au centre international de danse jazz à Paris.

Plus de 30 ans après, Junior Almeida se souvient de cette tension qui animait les concurrents sur scène. «C’est vrai, ils étaient nombreux à vouloir m’avoir mais j'étais plus âgé que Didier et ses potes. J'étais majeur, moi. J'étais un Black Panthers, j'avais un mental plus fort que lui. Je savais pertinemment qu'il voulait m'avoir… mais il ne pouvait pas!»

Une double vie

Et pourtant, JoeyStarr ne lésinait pas, il s'entraînait notamment à la salle mise à disposition par le styliste Paco Rabanne, boulevard de la Villette à Paris. «Les mecs de la cité, à part dealer et jouer au ballon contre un mur ne connaissaient pas grand-chose. Ils nous voyaient partir tôt avec nos gants blancs et ne comprenaient rien.» Une passion quotidienne qui a rapidement marqué la différence entre la réalité de la cité et sa vie d’artiste.

«Il fallait vraiment qu'on ait la tête dedans, parce que vu les chambrettes qui fusaient dans tous les sens, il y en a plus d'un qui aurait arrêté.» Au contraire, raconte-t-il, «je ne me serais jamais levé pour aller à l'école ou pour aller travailler, mais être aux gardes à vous à 8 heures pour la danse, c'était possible. Je n'en reviens toujours pas. Kool Shen et moi, on quittait Saint-Denis avec un lino de 3m de long aux heures de pointe. Les gens dans le métro nous regardaient bizarrement. Mon père a même cru que j'avais trouvé un boulot!»

Son talent n'a pas manqué de taper dans l'œil de professionnels. JoeyStarr a d’abord tourné une publicité pour un soda indien. Il a ensuite fait le show au carnaval de Venise avec Aktuel Force. «J'ai été prof de danse à Milan où je suis resté plus d'un an. J'avais une vingtaine d'élèves derrière moi alors que j'étais encore mineur et eux pas tout jeunes!», se remémore l’intéressé.

Puis un jour, le rêve prend fin brutalement: «Je me suis fait expulser et je suis rentré faire l'armée. Ça a été la fin de ma carrière de danseur!»  Des débuts rythmés qui ont sans aucun doute contribué à faire de lui la bête de scène qu'il a été et qu'il est toujours.


>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.