Anna Jarvis, la mère de la fête des mères

PORTRAIT Son nom ne vous dit peut-être rien, mais outre-Atlantique, Anna Jarvis est une icône pour être à l’origine de la fête des mères...

Clara Carlesimo

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L'église méthodiste de Gafton a été renommée Mother's Day Shrine en l'honneur d'Anna Jarvis.
L'église méthodiste de Gafton a été renommée Mother's Day Shrine en l'honneur d'Anna Jarvis. — James J. Lee/AP/SIPA

L’idée d’une fête des mères version française a germé dans l’esprit d’un porteur de grosses moustaches grises et de képi militaire. Les Américains ont eu le droit à un initiateur autrement plus glamour que le maréchal Pétain. Bouclettes blondes, robe et chapeau raffinés: la fête des mères est une histoire de femme. De femme oui, mais pas de mère. Cette célébration est en fait le fruit de l’abnégation d’une toute jeune fille.

Durant la guerre civile américaine, Ann Mary Reeves prit en charge des groupes de travail appelé «jour des mères». Son but était, au départ, d’enseigner aux femmes les soins anti-tuberculose qu’il fallait faire aux enfants. Après sa mort, en 1905, sa fille a repris le flambeau. Institutrice à l’époque, Anna Jarvis a fait de l’instauration d’une fête des mères, le combat de sa vie.

Six ans de lutte

A partir de ce moment là, Anna n’a eu de cesse de militer pour qu’un jour dédiée à la maternité soit instauré. «Le 10 mai 1908, l’église méthodiste de Grafton et l’auditorium Wannamaker de Philadelphie ont accueilli les premières cérémonies officielles organisées par Anna», raconte Katherine Antolini, professeur d’histoire à l’université de West Virginia et auteur d’un livre sur le sujet. Elle choisit la date symbolique du deuxième dimanche de mai, jour de la mort sa mère et ses fleurs préférées, les œillets blancs comme emblème.

Anna Jarvis, fondatrice de la fête des mères. AP/SIPA
Anna Jarvis, fondatrice de la fête des mères. AP/SIPA

«Ce n’est qu’en 1914 que son rêve est devenu réalité, rappelle Olive Ricketts, responsable du musée Anna Jarvis en Virginie. Durant toutes ces années, elle a écrit aux gouverneurs de chaque état américain pour leur demander de mettre en place un jour spécial.» C’est le 28e président des Etats-Unis, Woodrow Wilson qui a fait de la fête des mères une célébration nationale.

Dès lors, un véritable combat s’est profilé. «Les industries commerciales se sont rapidement rendu compte du potentiel vendeur de cette célébration maternelle, analyse Katherine Antolini. Les emblèmes de Jarvis ont été récupérés immédiatement par les fleuristes, les vendeurs de cartes, de bonbons et autre cadeaux.»

Un combat contre les industries commerciales

«A l’époque, elle faisait le tour des commerçants pour leur demander de reverser un pourcentage de leur recette sur la fête des mères aux fermiers pauvres», conte Olive Ricketts. Femme célibataire et sans enfants, elle ne voyait la figure maternelle qu’à travers les yeux d’une petite fille. Pour elle, ce n’était pas la fête des mères mais une célébration de la figure maternelle.

Pour lutter contre la récupération de son idée, Anna s’est battu. « Elle s’amusait à appeler les commerçants des  "propagandistes anti-mère", demandait aux Américains de boycotter les fleuristes, s’est faite exclure d’un rassemblement des mères de soldats qui avait choisi l’œillet comme emblème», liste Katherine Antolini.

Epuisée physiquement et mentalement, Anna passe les quatre dernières années de sa vie dans une maison de repos. Sans un sous, elle doit compter sur un groupe d’amis pour financer ce logement. Elle meurt le 24 novembre 1948 en ayant tout de même réussi à faire de ce jour, une fête des mères internationale.