Conseils de pros pour bien gérer la relation à distance avec son enfant

Séparation Ils vivent loin de leurs enfants et nous expliquent comment faire pour que cela se passe au mieux...

Thierry Weber

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Même en vivant séparé de ses enfants, il faut maintenir le lien, essentiel à la construction de l'enfant, mais aussi pour le parent.
Même en vivant séparé de ses enfants, il faut maintenir le lien, essentiel à la construction de l'enfant, mais aussi pour le parent. — Superstock/Sipa

«Un seul être vous manque et tout est dépeuplé», écrivait Alphonse de Lamartine dans son poème Isolement. Cette phrase pourrait bien résumer la vie de plus d’un parent, forcé de vivre loin de son ou ses enfants à la suite d’un divorce, pour le travail ou bien d’autres raisons. Passés par là, ils nous donnent leurs conseils pour composer au quotidien avec les difficultés d’une relation à distance.

C’est une douleur familière à Fabrice Mejias, celle de vivre loin de son enfant. Séparé de sa conjointe, il n’a pas pu voir son fils depuis son premier mois de vie jusqu’à ses 5 ans. Aujourd’hui, son fils a 23 ans, et tout au long de sa vie Fabrice Mejias a dû mener un parcours du combattant pour espérer passer du temps avec lui. «Quand il avait 5 ans, sa mère l’a emmené vivre à 550 km de chez moi, à Reims, j’ai vécu cela comme un coup de massue», décrit-il, toujours aussi affecté même après toutes ces années. L’enfant et sa mère déménagent encore par deux fois, et Fabrice compte toujours les kilomètres.

Pour faire face à la distance, «j’ai dû faire des allers-retours ou payer l’avion pour mon fils. Aujourd’hui il doit connaître toutes les hôtesses de l’air en France!», plaisante-t-il. Afin de mieux gérer cette relation à distance, le secret de Fabrice était aussi de se montrer toujours disponible. «Vous pouvez m’appeler à n’importe quelle heure, mon portable n’est jamais éteint, jamais en pane de batterie, je ne vais jamais dans un endroit sans réseau.»

«Maintenir le lien»

«C’est une réaction normale de vouloir prendre ce qu’on peut prendre. Mais s’il loupe un appel imaginez la culpabilité! Il peut essayer de planifier des rendez-vous téléphoniques. Cela va aussi dépendre des relations avec l’autre parent», nuance Catherine Meyer, psychanalyste spécialisée dans les questions de parentalité. Pour elle, il reste tout de même essentiel de «maintenir le lien, le nourrir», aussi bien pour «la construction de l’enfant», que pour le parent.


La psychanalyste compare la situation de Fabrice Mejias à la manière dont on réagit à un décès. «Séparé de son enfant, le parent doit faire le deuil d’un idéal, d’une structure familiale. Dans un premier temps, il est essentiel de reconnaître les émotions ressenties, d’en parler à des proches ou un professionnel afin, à terme, d’arriver à l’acceptation», analyse-t-elle. C’est aussi ce qu’a fait Fabrice Mejias en se tournant vers l’association SOS Papa qui s’est donné pour mission de préserver les liens affectifs entre un enfant et ses deux parents après une séparation conjugale. Il en devient même délégué régional et président.

Se retrouver soi-même

Pierre a eu la même idée en rejoignant les rangs de l’association Père enfant mère, qui poursuit le même objectif que SOS papa. «J’ai demandé la résidence alternée en 2012, et plus je la demande moins je l’ai», témoigne ce père de deux enfants de 8 et 10 ans. En plein combat judiciaire, il regrette que «certains parents oublient l’intérêt de l’enfant, alors qu’il ne faut penser qu’aux enfants, pas à l’autre parent».

Adhérer à l’association Père enfant mère lui a permis d’aider d’autres personnes par son parcours. «Ça permet de se sentir utile si on ne parvient pas à l’être avec nos enfants.» Lui, préconise «d’adresser sa souffrance», par exemple grâce à Facebook sur la page «Egalité parentale pour nos enfants». «Il y a une période de déprime quand on est coupés de ses enfants. La difficulté est de se retrouver soi-même, d’être bien avec soi-même quand on est seul. Si on arrive à être heureux tout seul, on peut offrir ce bonheur aux autres», conseille-t-il.

A en croire Catherine Meyer, il est sur la bonne voie. «Une des solutions pour sortir des sentiments de tristesse, de solitude voire d’impuissance est de réinvestir le temps qu’on a sur soi. Reprendre le sport, recommencer à sortir… Se réinvestir sur ses besoins est essentiel pour l’individu qui est le parent.» Mais pour elle, la meilleure manière de gérer une relation à distance reste encore de «maintenir une communication entre parents». Plus facile à dire qu’à faire, elle le reconnaît. Pourtant, certains y parviennent.

Bien expliquer la situation

C’est le cas de Marie, mère de trois enfants de deux pères différents, deux filles et un fils qu’elle n’a pas vu grandir au quotidien. Son discours en revanche est radicalement opposé à ceux que tiennent  les deux pères à distance. «Je les prenais un mois en hiver et un mois en été. Comme ils habitaient sur l’île de la Réunion, ils venaient en métropole pendant leurs vacances. Je pouvais construire avec eux, faire plein de choses. Ils avaient la chance de vivre deux vies, ça leur ouvrait d’autres horizons», positive-t-elle.

Il faut dire aussi, à la différence de Fabrice et de Pierre, que Marie a choisi cette vie. «Bien sûr que c’était dur au début, mais je n’aurais pas pu les avoir tout le temps avec moi à cause de mon travail. Autant les laisser à leurs pères!» Son secret pour mieux gérer la situation, «j’arrivais à être détachée, à bien le vivre. Pour moi l’essentiel c’était que mes enfants soient heureux, même si c’était avec quelqu’un d’autre. Je ne pouvais pas renoncer à mes rêves d’indépendance et ils l’ont très bien compris.»

Il est d’ailleurs très important pour l’enfant de bien comprendre la situation. «L’explication avec des mots simples est indispensable, elle sera réconfortante pour l’enfant, et elle est essentielle pour conserver le lien», indique Catherine Meyer.  Au fond, faute de pouvoir vivre avec leurs enfants, parvenir à préserver le lien qui les unit reste un bel objectif pour ces parents à distance.

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