Marie-Sophie Pawlak: «Les clichés entraînent une autocensure»

Rédaction 20 Minutes

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Marraines et jeunes filles lors d'une rencontre de l'association en 2012.
Marraines et jeunes filles lors d'une rencontre de l'association en 2012. — J-F Mauboussin

Marie-SophiePawlak
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INTERVIEW – Présidente de l’association «Elles bougent», Marie-Sophie Pawlak prône une meilleure information et orientation scolaire pour lutter contre les idées reçues sur les femmes dans le secteur industriel.

 

logo-semaine-industrieQuelles sont les missions de l’association?

Nous informons les jeunes filles sur les secteurs industriels pour casser les stéréotypes et susciter des vocations. Pour cela, nous avons mis en place un système de témoignages où des jeunes femmes viennent rendre compte de leurs expériences auprès d’étudiantes, lycéennes et collégiennes. Par méconnaissance, elles privilégient des domaines d’activités comme les cosmétiques alors que de nombreux secteurs sont en déficit de talents féminins: le ferroviaire, l’aéronautique, le maritime, le bâtiment, le numérique ou encore la défense, le spatial et l’énergie.

L’image de l’industrie a-t-elle évolué ces dernières années auprès des femmes?

Elle change en même temps que l’égalité femmes-hommes dans le travail. Nous sommes beaucoup à travailler sur ce sujet mais cela dépend principalement de l’éducation. L’orientation n’est pas faite dans le bon sens car nous choisissons des études plutôt qu’un métier. Par exemple, il y a des chemins très différents pour devenir ingénieur: BTS, IUT, classes préparatoires… Les clichés sont assez ancrés et entraînent une autocensure.

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Comment expliquez-vous le faible nombre de femmes dans le secteur industriel?

Il y a d’abord le poids de l’Histoire. Les femmes ne travaillent pas depuis très longtemps en France et se sont dirigées plutôt dans des secteurs spécifiques même si ça s’est démocratisé. Il y a une orientation sexuée car certains secteurs sont dits réservés aux femmes et d’autres aux hommes. La société continue de véhiculer des stéréotypes et de les alimenter. La méconnaissance de l’industrie ne pousse pas non plus à se renseigner dessus. C’est aussi à cause de ça qu’il y a peu de filles dans les écoles d’ingénieurs. Elles ont des résultats aussi bons que les garçons au bac, il n’y a donc aucune raison qu’elles ne les intègrent pas.

Quels sont les arguments qui pourraient inverser cette tendance?

D’une manière pragmatique, c’est un secteur qui embauche. Il manque des jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs dans ce contexte de crise. Des secteurs comme le numérique et le ferroviaire ont, en plus, le vent en poupe et ce n’est pas près de s’arrêter. Les métiers de l’industrie sont aussi très rémunérateurs. Il y a l’embarras du choix et les carrières peuvent se diversifier. Un ingénieur peut devenir responsable des ressources humaines ou faire du marketing dans l’industrie alors que le contraire n’est pas possible.

Quelles sont les solutions pour que les femmes puissent accéder à des postes d’encadrement?

Il existe de plus en plus de formations en interne ou externe pour préparer les femmes au conseil d’entreprise. Cela leur permet de se libérer des contraintes qu’elles s’imposent. Les femmes sont beaucoup plus dans le savoir-faire et sont très humbles dans le faire-savoir. Il faut développer ce point ainsi que la confiance et l’estime de soi, même si cela vient de notre éducation. Il y a pas mal de travail mais je suis assez optimiste.

Propos recueillis par Colette Dupuis

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