Le phoque moine, un mammifère méconnu en grand danger

portrait En voie de disparition, l'espèce des phoques moines de Méditerranée ne se trouve aujourd'hui plus qu'en mer Egée...

Lou Ducreux
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Le phoque moine avait l'habitude de rejoindre les plages pour y elever ses petits.
Le phoque moine avait l'habitude de rejoindre les plages pour y elever ses petits. — Mint Images / Rex Featu/REX/SIPA

Il fait partie des dix mammifères marins les plus menacés. Les derniers chiffres officiels, de 1994, estiment la population de phoques moines de Méditerranée à quelques centaines d’individus. La réalité est encore plus cruelle.

«Aujourd’hui, ils ne sont plus que 250, déplore Max-Olivier Bourcoud, président de la Société suisse d'étude et de protection des cétacés. On les trouve dans deux centres en Grèce, dans les îles Sporades du nord et sur celle de Kimolos.»

Dans les années 50, les phoques moines peuplaient toute la Méditerranée. C’est en 1970 que le dernier a quitté les côtes françaises.

La menace humaine

«Son nom vient de sa couleur, explique Jérémy Bourgain, créateur du site espèces-menacées. Ils sont gris foncé sur le dessus et blanc en dessous, ce qui rappelle les capuches des moines capucins.»

Cette espèce de mammifères s’éteint à petit feu pour des raisons multiples. Comme souvent, c'est la main de l'hommes qu’est à blâmer. «L’abattage volontaire représente presque la moitié des morts chez les phoques moines», s'alarme Max-Olivier Bourcoud. «Certains pêcheurs qui voient en eux des concurrents les tuent par balles», renchérit Jean-Marie Daste, président de Mariolos Moines Monachus, une association qui lutte pour leur préservation.

Il faut dire qu’en Grèce, plus de 40.000 personnes vivent de la pêche et qu’un phoque moine consomme tous les jours, 15 kilos de poissons. Les hommes, ensuite, les ont obligé à changer d’habitat. Normalement, les femelles se rendent sur les plages quelques semaines pour accoucher et commencer à élever leurs petits.

Avec le bétonnage des côtes, les phoques moines ont migré dans les grottes. «Leurs chances de survie ont été compromises considérablement, regrette Max-Olivier Bourcoud. Quand il y a des tempêtes, les petits meurent très souvent noyés.»

Parrainage de phoques moines

Pour sauver ces animaux qui vivent en petites colonies de dix individus, «très peu de mesures sont mises en place», regrette Jérémy Bourgain. En Grèce et au large de la Turquie, quelques zones réglementées ont été instaurées.

Mais c’est une association grecque, MOm, qui semble la plus attachée à leur sauvegarde. «Ils ont un plan d’action précis, détaille Max-Olivier Bourcoud. MOm contrôle les individus, met en œuvre un programme de reproduction et milite pour une pêche artisanale.» Malgré cela, l’espèce risque de s’éteindre dans les prochaines années. «Leur avenir est sombre, prévient Jérémy Bourgain. On peut s’attendre à voir les phoques moines disparaître d’ici 50 ans.»

Pour sensibiliser l’opinion public, la Société suisse d’étude et de protection de cétacés propose de parrainer un animal. «Le public peut suivre un phoque moine qui existe vraiment, conclut Max-Olivier Bourcoud. C’est une façon comme une autre de participer à leur sauvegarde.»

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