La linguiste Julie Glikman.

La linguiste Julie Glikman. - J. Gilkman

Dites-vous plutôt «dîner» ou «souper»? «Clignotant» ou «clignoteur»? Voilà quelques-unes des questions que l'on retrouve dans le questionnaire du laboratoire de recherche LILPA (Linguistique, Langue, Parole) de l’université de Strasbourg. Cette unité a lancé une des plus vastes opérations de «crowdsourcing» linguistique organisée en France. Photos à l’appui, les linguistes demandent aux internautes de participer à leur recherche en indiquant le mot ou l’expression qu’ils emploient le plus fréquemment. Le questionnaire a déjà été rempli par plus de 7.000 personnes et attend vos contributions. Entretien avec Julie Glikman, maître de conférences en linguistique française, l’une des initiatrices du projet.

Quel est l’objectif de votre enquête?

Nous menons une enquête de vitalité. Dans quelle zone utilise-t-on tel mot, expression ou tournure syntaxique. Par exemple, dites-vous «lui aider» ou «l’aider»? On travaille également sur la prononciation, prononcez-vous plutôt «vingt» ou «vingte»? En tout, il y a une cinquantaine de questions. On renseigne l’origine des gens, leur lieu de résidence. Ça nous permettra ensuite de comparer les résultats, de voir l’évolution de certaines expressions et de dessiner des zones d’influences.

Le questionnaire comporte soixante-dix questions.

Le questionnaire comporte soixante-dix questions.

Pourquoi faire appel au «crowdsourcing»?

Le «crowdsourcing» nous donne accès à un très grand nombre de données. C’est une méthode très différente de celle utilisée pour les dictionnaires régionaux où l'on fait appel à des informateurs en plus petit nombre. C’est une autre façon d’aborder la linguistique. Au départ, c’était un pari, on ne s’attendait pas à un tel engouement des Français pour leur langue! Je me rappelle très bien d’un de mes collaborateurs qui me disait «tu te rends compte si on a 1.000 participants?! Au final, la précédente enquête a recueilli plus de 10.000 réponses!»

Le recours au Crowdsourcing n’est pas encore très répandu en linguistique, comment vous-êtes vous adaptés à cette méthode?

Il faut étudier les informations de manière statistique, travailler sur des grandes données, le data. Il faut également prendre en compte le fait que les réponses ne sont pas spontanées. Les gens répondent ce qu’ils veulent répondre. Ça nous donne des informations sur les représentions et la conscience linguistique. Par exemple, lors de notre première enquête, on s’est aperçus qu’en France, plus le niveau des études était élevé, moins les gens reconnaissaient utiliser certaines formules comme «malgré qu’il pleuve» au lieu de «malgré le mauvais temps». Or, ce n’est pas le cas en Suisse et en Belgique.

Vous avez touché des milliers de personnes avec votre précédente enquête sur le Français en Rhône-Alpes et en Suisse, est-ce que vous avez eu des retours de participants?

Oui, grâce au blog et au compte Facebook, nous avons eu des retours mais aussi des suggestions de mots ou d’expressions qui n’étaient pas dans notre liste. On a intégré certaines suggestions à notre nouvelle enquête. C’est important car même s’il y a une norme commune du Français, il existe aussi des variations et il faut les reconnaître. Ce n’est pas quelque chose de négatif. On a remarqué que c’était une question plus sensible en France qu’en Belgique ou en Suisse.

Qu’allez-vous faire de toutes ces informations?

L’autre porteur de projet, Matthieu Avanzi, de l’université de Zurich a un projet d’atlas des variations du français. De notre côté, nous sommes en train de créer une application mobile. L’objectif est de créer un outil ludique et pédagogique mais aussi de récolter des données pour les analyser. L’application servirait par exemple à déterminer la région d’origine de l’utilisateur en fonction de ses réponses ou à reconnaître les accents.

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