Au fond d’une cour parisienne du 15e arrondissement, se niche un petit repaire arty. Pas uniquement un studio photo, un atelier de grapheurs ou une salle de spectacle. Mais tout ça à la fois. We Art From Paris est le premier espace de coworking parisien consacré aux artistes.

A gauche, Leeloo, créatrice de mode africaine, pose pour promouvoir sa marque. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Dans cet espace de 100m2 concentrés sur trois niveaux, bouillonnent les cerveaux créatifs. Hugo et Manon travaillent dans une ambiance «galerie d’art». Les murs qui entourent les deux organisateurs du festival Créa'Parc, en banlieue parisienne, sont imprimés du regard de Korny, un jeune photographe passionné de la vie de chantier et auteur de la série en noir et blanc «Le monde à l’envers». L’artiste a même investi le studio photo dans l'alcôve du rez-de-chaussée, où Leelou, créatrice de mode africaine est en plein shooting. Un étage plus bas, Raphaël, grapheur professionnel, commence une toute nouvelle création.

Estelle, à droite, est vidéaste depuis 4 ans. La découverte de We Art From Paris lui a permis de continuer son activité. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Estelle, à droite, est vidéaste depuis quatre ans. La découverte de We Art From Paris lui a permis de continuer son activité. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

A la base de ce projet, Marion Peuvrier et Aldo Keï Taud. Pour ces anciens responsables d’une agence de communication, s’adresser aux artistes répond à un vrai besoin. «On était souvent en lien avec des créatifs qu’on rencontrait dans des cafés, sur le coin d’une table. Il nous manquait un lieu pour travailler les projets de A à Z, du brainstorming à la création. On avait besoin de studios photo, son, d’ateliers pour créer des décors, et de salles de réunion.»

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En février 2017, ils ouvrent cet espace à tous les talents, dans un ancien cabinet d’architecte. Aldo et Marion investissent ainsi un «désert créatif». «L’offre artistique de la capitale est surtout concentrée dans le nord et le nord-est de la capitale», constate Aldo.

Un moyen pour les jeunes artistes de se faire connaître

Quelques tableaux de l'exposition de l'artiste-peintre Céline Achour. Crédit:

Quelques tableaux de l'exposition de l'artiste-peintre Céline Achour. Crédit: Marion Peuvrier

En octobre dernier, l’artiste-peintre Céline Achour a exposé une trentaine de tableaux. Il s’agissait de son premier succès personnel. «C’était très important pour moi. Jusqu’ici, j’avais montré mon travail uniquement lors d’expos collectives, dans des salons de peintre qui manquent parfois de renouveau», témoigne-t-elle.

Marion et Aldo mettent en avant un artiste tous les quinze jours, qu’ils sélectionnent sur dossier mais «de façon beaucoup moins drastique que les galeristes», assure Céline. Leur rôle consiste également à apporter leurs compétences aux coworkeurs. «Aussi talentueux qu’il puisse être, un artiste ne rentre pas dans le système en un claquement de doigts», constate Aldo. Déjà, le fait qu’ils reçoivent des clients ici leur donne de la crédibilité. Cela leur évite d’être considérés comme des petits artistes "mignonnets".»

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Autre intérêt pour les coworkeurs: ils bénéficient de conseils en communication. «Ce n’est vraiment pas leur cœur de métier. Certains artistes sont très doués, mais ne savent pas comment présenter leur travail de manière attractive», explique Marion, qui se charge également de leur créer des opportunités. «Les vernissages d’exposition sont un prétexte pour faire du réseau. On fait toujours venir des galeristes et des acheteurs.»

Briser la solitude

Estelle, en plein tournage dans une salle de We Art From Paris. Crédit: We Art From Paris

Estelle, en plein tournage dans une salle de We Art From Paris. Crédit: We Art From Paris

Pour Estelle, vidéaste depuis quatre ans, la découverte de We Art From Paris a été salvatrice. Entre le manque d’espace chez elle, le bruit, et la sensation de solitude, cette femme était à deux doigts de tout arrêter après quatre ans d’activité. «C’était trop dur de tout faire toute seule, explique-t-elle dans la salle de création du sous-sol. J’avais besoin d’un soutien.»

En frappant à la porte de cet espace de travail, Estelle est tombée sur une salle de spectacles aux airs de mini-théâtre parisien, idéale pour ses tournages. Fonds de différentes couleurs, éclairages et rideau noir… Tout y est. «J’ai bénéficié de tout le matériel nécessaire pour mon tournage, et d’une entraide précieuse des autres coworkeurs», raconte la vidéaste.

Le tout pour une somme abordable: 10€ l’heure de location de la salle, soit en moyenne quatre fois moins cher qu’un studio professionnel à Paris. «Je ne pouvais pas me permettre de payer des centaines d’euros la journée pour créer un contenu gratuit sur internet», témoigne Estelle. Céline regrette de son côté de ne pas pouvoir travailler dans ces locaux, trop loin de chez elle. «Là, je suis obligée de peindre dans ma petite cuisine!»

Les assiettes peintes à la main de Clémence, qui travaille à We Art From Paris. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Les assiettes peintes à la main de Clémence, qui travaille à We Art From Paris. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Preuve qu’il existe un vrai besoin, Marion et Aldo sont actuellement en discussion avec une plateforme de financement participatif dédiée aux projets créatifs. Et les contacts avec plusieurs villes se multiplient pour exporter le concept. Un avenir prometteur pour l’art collaboratif?