Maud Sarda d'Emmaüs France/ Nicolas Beaumont

Maud Sarda d'Emmaüs France/ Nicolas Beaumont


Emmaüs part à la conquête du web. L’association, créée par l’Abbé Pierre, a annoncé l’ouverture d’une plateforme de vente en ligne, le 1er octobre prochain. Le fonctionnement sera fidèle à l’esprit de l’association: des objets donnés, réparés par les compagnons d’Emmaüs et revendus pour financer des actions solidaires.

Pour mener à bien ce projet et amorcer le virage du numérique, des investissements importants ont été nécessaires. L’association espère créer une cinquantaine d’emplois d’ici à cinq ans. Entretien avec Maud Sarda, responsable du projet Label Emmaüs.

Pourquoi se lancer dans la vente en ligne?

Il y a un contre-modèle à inventer face aux sites de vente en ligne classiques. Nous n’avons pas l’ambition de concurrencer les géants comme Amazon ou Le Bon Coin mais de proposer une alternative. L’acheteur pourra trouver des produits et soutenir en même temps les actions de l’association. C’est aussi l’occasion pour Emmaüs d’investir dans les nouveaux métiers liés au numérique. Nous avons d’ailleurs noué un partenariat avec Simplon, une école de la deuxième chance qui forme des jeunes défavorisés au métier de développeur.

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Vous parlez de contre-modèle, en quoi le site d’Emmaüs se démarque?

A la fin du mois de juin, nous allons signer les statuts de la Société coopérative d’intérêt collectif qui gérera le site. Cette structure nous permet d’inaugurer une nouvelle forme de solidarité puisque nous allons ouvrir le capital aux personnes qui veulent investir dans le projet. C’est une autre façon de s’engager. Nos sociétaires seront les salariés des  groupes Emmaüs et les acheteurs solidaires [les clients en langage Emmaüs]. Ils pourront participer aux assemblées générales et devenir acteurs de la gouvernance.

Comment peut-on devenir sociétaire?

Nous allons préparer cet été une campagne de «crowdinvesting» pour ouvrir les souscriptions au capital. Nous sommes en train de démarcher une plateforme d’investissement solidaire.

Quels produits seront sur le site?

Au départ il s’agira surement d’objets de collection, vintage, qui ne trouvent pas forcément preneurs dans nos espaces de vente physiques. Tout ce qui est utilitaire, électroménager, literie, ne sera pas vendu en ligne car ce sont des produits très demandés localement par des gens dans le besoin. L’objectif du site est d’attirer un nouveau public, qui ne connait pas forcément nos actions.

Un service de livraison est-il à l’ordre du jour?

Cela va dépendre des groupes Emmaüs et des objets vendus. Le client aura le choix entre l’expédition ou le retrait sur place pour les objets les plus encombrants. Actuellement, nous sommes en train de négocier les tarifs avec des transporteurs. Pour le reste, le site fonctionnera avec un service client garanti nationalement avec une option satisfait ou remboursé sous 14 jours et un numéro client pour toutes les réclamations.

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Avec votre arrivée sur le web, ne craignez-vous la perte du contact humain, cher à Emmaüs?

C’est une question récurrente en interne et elle soucie beaucoup de gens. Le cœur d’Emmaüs, c’est la rencontre, la magie des personnes qui se sentent enfin utiles. Je pense qu’Internet est complémentaire. Cela nous permet de toucher de nouveaux publics. L’objectif est que les personnes qui n’ont pas le réflexe Emmaüs viennent dans nos locaux. Nous nous adressons aux «consommacteurs» qui veulent que leur façon de consommer ait un impact positif.