Avoir son propre voilier est un rêve hors de portée pour la majorité des Français. «Le mien me coûte jusqu’à 3.000 euros par an. Mais comme c’est une passion, on apprend à se sacrifier et à trouver des solutions», constate Paul Langeard, un plaisancier bordelais.

La solution, il l’a trouvée dans la location de bateaux entre particuliers. Un secteur en pleine croissance depuis l’apparition en 2013 des premières plateformes qui, à l’image de Ouicar ou Airbnb pour la voiture et le logement, permettent l’échange de clés nautiques entre particuliers. Leurs noms? Boaterfly, SamBoat ou encore ClickandBoat.

Partage de frais

«Notre pays compte un million de bateaux de plaisance», note Jeremy Bismuth, cofondateur de Clickandboat. Or, selon la fédération des industries nautiques, ceux-ci ne sortent en moyenne que 10 jours par an et reviennent très cher à leurs propriétaires. «Entre l’entretien, la place de port et les assurances, un bateau coûte chaque année 10% de son prix neuf !» Un véritable boulevard pour les start-up de l’économie collaborative dont le modèle repose sur le partage de frais.

Après l’euphorie des débuts, le secteur entre aujourd’hui dans une phase de concentration : «Il y a eu jusqu’à 15 plateformes. Depuis que mon entreprise a été rachetée par Clickandboat en octobre dernier, nous ne sommes plus que trois sur le marché», explique Romain Dalongeville, cofondateur de Sailsharing. Aujourd’hui employé chez Clickandboat, l’ancien dirigeant n’a pas de regrets: «Vous savez, une startup n’a que 5% de chances de réussir. En une seule saison, nous avons été dépassés par nos concurrents en nombre d’adhésions. Ce rachat était une bonne opportunité. Nous sommes plus forts ensemble.»

Location ou co-navigation

Difficile aujourd’hui de faire la part entre les trois entreprises restantes: toutes proposent des bateaux entre 30 et 600€ par jour selon la taille et le niveau de confort. Les plaisanciers peuvent aussi faire de la co-navigation avec le propriétaire ou un skipper professionnel. Au coude à coude, Clickandboat et Samboat annoncent toutes les deux avoir 7.000 navires inscrits. Boaterfly est un peu derrière avec 2.000 bateaux, dont 65% en France métropolitaine.

«Nous avons doublé de taille en un an et nous nous développons beaucoup aux Caraïbes, aux Baléares et en Grèce», nuance son PDG Guillaume de Corbiac. Cet ancien scout marin est à l’origine du guide de sécurité en mer Safetics. Une «check-list» pour les marins imprimée sur du papier waterproof et qui équipe tous les bateaux du Vendée-Globe, s’enorgueillit le jeune homme. «Nous fournissons aussi ce guide à tous les propriétaires qui s’inscrivent sur notre plateforme.»

Service de conciergerie

Un petit plus utile pour se différencier car les trois plateformes proposent sinon une formule équivalente. En échange d’une commission d’environ 15% sur la transaction, Clickandboat, Samboat et Boaterfly gèrent la facturation, la caution et l’assurance. Si le propriétaire n’habite pas près de son bateau, les trois ont également mises en place un système de conciergerie permettant l’échange de clés entre le locataire et un auto-entrepreneur.

Grâce à la location, Paul Langeard a ainsi pu rembourser ses frais d’entretien annuels, soit environ 3.000€. Sa principale crainte? La réforme fiscale en cours de l’économie collaborative qui imposera aux propriétaires de cotiser au régime social des indépendants au-delà d’un certain seuil de revenus. «Je n’ai rien contre payer des charges, mais si on me force à cotiser au RSI, je préfère tout arrêter ou passer au black», s’insurge le plaisancier qui critique la lenteur et la complexité de cette caisse.

Incertitude fiscale

Une crainte partagée par les plateformes : «Nous militons avec d’autres acteurs du collaboratif pour relever ce seuil de 3.700 à 7.000 voire 15.000€», explique Laurent Calando, cofondateur de Samboat. «Sinon ce sera la mort de nos plateformes. Tous les clients partiront sur Leboncoin et l’État ne touchera pas un sou.»

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Des revendications que les trois plateformes entendent porter lors du prochain salon nautique de Paris qui devrait attirer 260.000 visiteurs à la Porte de Versailles du 3 au 11 décembre prochain. «C’est important car la location de bateau entre particuliers n’en est qu’à ses débuts», note Laurent Calando. «Après tout, 99% des bateaux ne sont pas encore inscrits sur nos plateformes !»