Share Paris deviendra-t-il «le rendez-vous grand public de l’économie du partage»? C’est en tout cas l’objectif des organisateurs qui lancent leur premier salon de l’économie collaborative à l’espace Champerret de Paris, du 22 au 24 septembre. Leur défi: attirer un autre public que des Parisiens déjà convaincus.

«Le monde est en train de bouger»

«L’économie du partage n’est pas un effet de mode. Le monde est en train de bouger.» Après plus de vingt ans d’expérience dans l’événementiel, Laetitia Colcomb et Alexis Marcellin ont voulu créer «un événement porteur de sens» pour eux. Avec 32% des Français inscrits sur au moins une plateforme collaborative et 75% des internautes connaissant au moins l'une de ces plateformes, selon l’étude Médiamétrie réalisée fin 2016, ce salon a trouvé sa raison d’exister. Il espère attirer le public le plus large possible, pour atteindre 5.000 visiteurs. Soit autant que le OuiShare Fest, le festival de référence sur l’économie collaborative.

Il faudra sûrement que les organisateurs s’arment de «persévérance», selon Frédéric Griffaton, cofondateur de la plateforme d’emprunts d’objets Mutum. L’entrepreneur salue l'initiative mais reste sceptique sur la possibilité de toucher le grand public. Au dernier OuiShare Fest, «seuls des bobos parisiens très initiés» avaient fait le déplacement, selon lui. Sur son propre site de partage, l’entrepreneur avoue avoir du mal à mobiliser une autre population que celle-ci. «Au départ, on voulait toucher des gens qui avaient peu de moyens, mais c’est compliqué.»

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Expériences concrètes

Selon Xavier Lemuet, responsable d'une étude sur le sujet pour Médiamétrie, le public parisien ne sera en effet pas difficile à conquérir. «Paris est le berceau de nombreuses start-up dans ce domaine, et la population jeune et urbaine est celle qui est la plus attirée par ces pratiques», explique-t-il. Mais Share Paris ne se contente pas de ces études rassurantes. «On veut sensibiliser des gens qui ont une vision très réduite de l’économie collaborative. Ceux qui pensent que ça se limite à Airbnb et Blablacar.» Pour cela, les organisateurs misent sur des expériences concrètes: troc de livres, repas partagés, ateliers de réparation d’objets ou financement d’un projet sur la plateforme de crowdfunding Ulule, etc. Dominique Roux, professeure de marketing à l’université de Reims, encourage l’initiative: «Les gens vont vouloir découvrir des choses qu’ils ne connaissent pas et ça passe forcément par l’expérimentation.» Le succès pourrait être au rendez-vous à condition, selon Frédéric Griffaton, de «vulgariser ces pratiques» en bannissant le jargon composé d’anglicismes et de «co» mis à toutes les sauces… «Si vous parlez de colunching aux gens, vous les perdez tout de suite!»

Une campagne de communication bien rodée est donc indispensable. «Il faudrait associer la ville de Paris, et surtout être très clair sur l’intérêt économique du public à consommer autrement», ajoute Frédéric Griffaton. Pour Dominique Roux, le premier point à éclaircir est le nom de l’événement. «Le terme share ne parle pas à tout le monde, surtout que quand on le prononce, ce n’est pas cet orthographe qui nous vient en tête.»

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Autre frein à la venue du grand public: «Beaucoup de personnes n’ont pas conscience que leurs usages sont collaboratifs. Comment, dans ce cas, avoir le réflexe de se rendre à ce genre de salon?», questionne la professeure. Le résultat du sondage de 60 millions de consommateurs, réalisé en novembre 2014, montre en effet que le sens derrière la «consommation collaborative» est mal connu des Français. Sur le panel de 1.115 personnes interrogées, 40% en avaient déjà entendu parler mais seul 10% savaient ce que c’était. Share Paris parviendra-t-il à changer la donne?