Les chiffres donnent le tournis. En 2014, le montant de la dette cumulée des quelques 36.000 communes de France s’élevait à 63,4 milliards d’euros. Un chiffre en constante augmentation depuis onze ans. Face à la baisse des dotations de l’Etat et à l’explosion de la dette des communes, l’économie collaborative peut-elle être une partie de la solution? 20 Minutes s’est posé la question.

Pourrait-on envisager de voir émerger des plateformes qui proposeraient en un clic l’échange de matériel, de services ou d’agents entre communes? Pour Marc Tissot-Favre, la réponse est oui. Il y a quelques mois, ce consultant en politique publique a décidé de développer la plateforme Munimaxi, dédiée aux collectivités locales. «Je me suis dit pourquoi, dans ce climat d’austérité, les particuliers utilisent Airbnb et Blablacar et pas les villes?», confie-t-il. Encore en phase de développement (et de communication), Munimaxi souhaite notamment faciliter le prêt de matériel entre localités.

Balayeuses, bennes à ordures, minibus, matériel de spectacle, les dépenses pour entretenir et faire vivre les villes et les villages de France sont nombreuses et coûteuses. Même constat pour les agents communaux. «Une commune du sud-ouest de la France m’expliquait qu’elle avait des dizaines de jardiniers, pas toujours occupés. Pourquoi ne pas envisager des mises à disposition de ces agents vers d’autres communes qui auraient des besoins?», interroge Marc Tissot-Favre. Plutôt que de s’en séparer, comme c’est le cas pour certains centres de vacances communaux, les collectivités pourraient tirer profit des pratiques collaboratives pour rentabiliser leurs infrastructures.

Des solutions collaboratives existent déjà mais…

«Il y a des mécanismes de coopération entre communes qui existent déjà et elles sont régies par le code général des collectivités territoriales», explique Donatien de Bailliencourt, avocat spécialisé en droit public. Le regroupement des communes au sein d’Etablissements publics de coopération intercommunale (communautés de communes, communautés d’agglomérations etc.) en fait partie. Comme le souligne un article du magazine des Maires de France, daté d’octobre 2014, «le regroupement de commandes et le recours à des centrales d’achat sont aujourd’hui fréquents à l’échelle intercommunale».

Encouragées par l’Etat, ces structures (les ECPI) ne règlent pourtant pas tous les problèmes, notamment la question de l’offre. «Dans les communes rurales, les pratiques collaboratives sont déjà développées depuis longtemps. On se prête un barman, du matériel d’entretien, c’est assez classique», explique Cédric Szabo. Le directeur de l’Association des maires ruraux de France souligne néanmoins que «la difficulté est de trouver l’offre appropriée».

La question du passage au numérique

«La réalité, c’est que les élus cherchent des solutions, ils sont innovants et connectés mais ils ne disposent pas d’outils efficaces et ils ont beaucoup de contraintes financières», estime Marc-Tissot-Favre. L’objectif de Munimaxi serait donc de proposer une plateforme nationale voire européenne pour faciliter les conventions et les échanges entre localités, même éloignées géographiquement. Bientôt testée sur le terrain, l’initiative de Marc Tissot-Favre intéresse.

«Quand j’ai mis en ligne le projet, j’ai été contacté par la Banque publique d’investissement», explique-t-il. Juriste d’affaires européen, Christelle Allaud coopère actuellement sur le projet Munimaxi, elle estime qu’il «faut adapter les conventions qui existent déjà au numérique». «Parfois, les communes ne peuvent pas échanger entre elles parce qu’elles ne savent pas comment faire ou parce que les procédures sont trop lourdes», explique-t-elle.

Le problème des marchés publics

«Quand j’ai commencé à parler de mon projet autour de moi, les gens m’ont dit que j’étais fou et qu’il fallait étudier les contraintes juridiques», se rappelle le fondateur du projet Munimaxi. S’il existe bel et bien des conventions de prêts de matériel ou des mises à dispositions d’agents entre collectivités locales (toujours dans le cadre d’un service public), la question des appels d’offres pourrait bien freiner toute initiative.

«Quand une commune a un besoin matériel, de service, de bien immobilier, elle doit passer un contrat de marché public», rappelle l'avocat Donatien de Bailliencourt. «Il ne faudrait pas que ce soit un moyen détourné de se soustraire aux règles des marchés publics», prévient-il. Sans compter la question de la réaction des grands acteurs de l’équipement qui pourraient voir d’un mauvais œil la généralisation de ces pratiques d’échanges. L’économie collaborative à l’échelle des communes a encore du pain sur la planche...