Ça semble logique. Une voiture plus remplie veut dire moins de trafic sur les routes, donc moins d’émissions de gaz à effet de serre et un gain important pour l’environnement. Ça, c’est en théorie. En réalité, les études effectuées depuis 2015 sur le géant du covoiturage Blablacar, qui comptabilise 10 millions de membres, révèlent que le gain environnemental est très faible par rapport à ce qu’on pourrait imaginer.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le Commissariat général du développement durable (CGDD), ont rendu leurs rapports en 2015, 2016 et début 2017. Les deux organismes ont basé leurs recherches sur 1.500 pratiquants, et selon deux critères: le taux de remplissage de la voiture et le report modal, c'est-à-dire le moyen de transport qui aurait été utilisé si le covoiturage n’avait pas été possible. Malgré des chiffres qui diffèrent légèrement, les deux études montrent que le covoiturage longue distance contribue très peu aux réductions d’émissions de gaz à effet de serre.

Blablacar revendique 10 millions d'utilisateurs. Crédit: Solal/Sipa

Avec 5 à 10% de voitures en moins sur les routes grâce au covoiturage, selon l’Ademe, le gain de CO2 est ainsi compris entre 8 et 14%. Il s’agit de la différence entre les émissions du trajet en covoiturage et les émissions induites par les différents modes de transports qui auraient été choisis par les membres de l’équipage si le covoiturage n’avait pas été disponible. C'est toujours mieux que rien, à condition d’éviter les effets rebond, comme la multiplication des trajets.

Or, l'étude de l’Ademe montre que 21% des conducteurs se déplaceraient moins souvent sans le covoiturage. A l’instar d’Anaïs, habitante de Saint-Lô en Normandie, qui se rend en moyenne une fois par mois à Rennes. «C’est vrai que s’il n’y avait pas Blablacar, je partirais peut-être moins en week-end vu la galère pour aller à Rennes en train. Le covoiturage me simplifie la vie et en plus ce n’est pas cher.»

Le «court-voiturage», plus écolo mais encore boudé

Si Anaïs est accro à Blablacar, elle utilise les transports en commun pour aller au travail et n’a donc jamais pensé à pratiquer le covoiturage de courte distance, qui représente 90% du volume de circulation automobile. Une offre dont ne dispose pas Blablacar, avec un trajet moyen de 367 km.

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Mais même du côté des conducteurs, le «court-voiturage» est encore peu pratiqué. «Ce type de covoiturage est en général perçu comme inadapté, car les distances sont souvent trop courtes pour que le gain financier soit jugé suffisant», précise Mathieu Chassignet, de l'Ademe. Les deux tiers des personnes interrogées pour cette étude disent en effet utiliser le covoiturage par souci d’économie. Or, avec un prix fixe de 10 centimes le kilomètre chez Karos, spécialisé dans les trajets courts, et une moyenne de 21 km par trajet, l’intérêt financier devient quasi inexistant. Ce site compte 50.000 inscrits, selon son fondateur Olivier Binet, dont un tiers d’utilisateurs actifs, qui effectuent en moyenne cinq trajets par semaine.

«Chaque année, un court-voitureur Karos permet une réduction de plus de 700 kg de CO2 et de 1.800 g d’oxyde d’azote», assure Olivier Binet qui s’est basé, pour cette étude, sur les données de l’Ademe. L’entrepreneur a bon espoir que le marché du covoiturage de courte distance décolle, mais avec seulement 3% des personnes interrogées par l’Ademe qui le pratiquent, le bilan écologique ne s’améliorera pas tout de suite de façon fulgurante. Ce qui n’empêche pas Mathieu Chassignet de positiver face à une donnée issue de l’étude sur Blablacar: «8% des personnes interrogées retardent le passage du permis grâce au covoiturage et 5% retardent l’achat d’une voiture. Pour moi, c’est ça l’aspect le plus satisfaisant pour l’environnement.» Un choix clairement plus financier qu’écologique: les bienfaits du covoiturage pour l’environnement ne préoccupent que 10% des utilisateurs de Blablacar, selon l’Ademe.

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