Envie de participer, depuis chez vous, au cours d’un professeur de Lille pour devenir chef de projet? C’est possible, grâce aux Mooc. Nés aux Etats-Unis, les «massive open online course» se développent aussi en France. On en compterait déjà une centaine, selon Antoine Amiel, fondateur de LearnAssembly. Ces cours ouverts à tous, où les apprenants se corrigent entre eux, ne délivrent pas de diplôme mais une certification.

Ce label, qui atteste du suivi des cours jusqu’à leur terme, débouche sur un examen final. Parfois, la présence du candidat est exigée pour s’assurer que l’apprenant est celui qui a suivi la formation. Dans la jungle des Mooc, la valeur des certifications fait débat. Alors que le diplôme est toujours un marqueur fort de crédibilité, les recruteurs peinent à reconnaître les Mooc certifiants.

Emergence de Mooc professionnalisants

Parmi les nombreux cours numériques, certains délivrent des certifications sans réelle contrepartie. «Il existe des formations qui n’ont aucune valeur. J’ai pu tester un cours de business sur la plateforme Coursera et j’ai obtenu ma certification en 30 minutes. Je n’ai eu qu’à répondre à des questions simples, sans avoir besoin de regarder les vidéos», explique Matthieu Cisel, doctorant sur les Mooc à l’ENS Cachan.

Pour gagner en crédibilité, quelques rares écoles comme Centrale Lille proposent des Mooc certifiés qui permettent de décrocher des crédits universitaires. Les étudiants, inscrits dans la prestigieuse école d’ingénieurs, en suivant le Mooc Gestion de Projet, accumulent donc des points lorsqu’ils valident l’examen. Ces crédits, appelés ECTS, peuvent faciliter l’obtention du diplôme de Centrale Lille.

Dans une logique de formation continue, d’autres Mooc vont plus loin en se plaçant sur le créneau de la professionnalisation. C’est clairement le choix affiché par la plateforme France Université Numérique. Dans cette veine, la formation lancée le 2 juillet 2015 par la première plateforme européenne de cours en ligne OpenClassrooms et Studialis, réseau de 23 écoles, est le premier cursus entièrement constitué de Mooc qui ouvre vers une certification inscrite au Répertoire National des Certifications Professionnelles. Soit un titre professionnel reconnu par l'État. Développement, digital design et digital marketing sont les trois parcours proposés.

La culture du diplôme domine

En train de chambouler l’enseignement à distance, les Mooc suscitent encore la réserve. «Les certifications délivrées (…) ne sont pas reconnues en entreprise», peut-on lire sur le LinkedIn de Guillaume Laurie, membre de l’équipe encadrement de Gestion de Projet.

Sans être l’équivalent du diplôme, l’apprenant peut valoriser la certification comme un gage d’autodiscipline et de motivation. «Le taux de complétion des Mooc est généralement très faible de l’ordre des 10%. C'est donc une preuve de persévérance et d'autonomie, deux qualités indispensables en entreprise, surtout de nos jours», continue Guillaume Laurie. Toutefois, la culture du diplôme domine toujours en France.

Le Mooc, un complément de formation classique

Car, si les Mooc se professionnalisent, le marché du travail tarde encore à les reconnaître. «Aucun DRH n’a encore montré un quelconque intérêt pour les profils de candidats ayant suivi une formation avec les Mooc. C’est trop nouveau !», souligne Xavière Phisel, associée du cabinet Sirca, spécialiste du recrutement par approche directe de cadres et dirigeants. Même si les mentalités sont amenées à changer, embaucher des Moocers semble fortement hypothétique.

«Ce type de formation ne colle pas encore aux standards de la validation des acquis académiques. Il est encore trop tôt pour valider la gradation des expériences avec les Mooc», souligne Nicolas Blettner, du cabinet de conseil en recrutement Michael Page France. Ces formations à distance représentent tout au plus le complément d’une formation classique.

Une certification qui se convertit en embauche, ça existe pourtant en cherchant bien… notamment du côté du Moocer Lucas Grimont. «Les recruteurs n’étaient pas intéressés par mes deux Bac+5. La seule chose qui les intéressait, c’était les connaissances acquises en codage et e-mailing grâce aux Mooc», raconte-t-il. Avec les formations à distance de OpenclassRooms, le jeune homme de 27 ans a pu être embauché en CDI en tant que responsable communication digitale.