Fabmanager, maker, «do it yourself»… Tous ces mots à la terminologie obscure se rapportent à un lieu au nom tout aussi étrange: le fablab. Il existe dans le monde près de 600 «laboratoires de fabrication», selon la carte du site Makery, dont plus de 200 en France. A la fois lieu de recherche, de création et d’expérimentation, le fablab est ouvert aux entrepreneurs, designers, artistes, étudiants ou bricoleurs… Bref, à tous. En tout cas, sur le principe. Dans les faits, la plupart des gens sont encore loin de franchir le seuil d’un fablab pour tester imprimantes 3D et autres machines à découpe laser.

«Le type de personnes qu’on va croiser dans un fablab va dépendre de ce que propose le lieu et de l’ambition de ses créateurs», indique Camille Bosqué, auteur d’une thèse sur le mouvement maker et co-auteur de la websérie «Fais-le toi-même» diffusée sur Arte Creative. Il y a en effet une «double tendance, complète Annick Rivoire, rédactrice en chef de Makery, site spécialiste de la tendance maker. D’un côté, des fablabs orientés design et électronique, de l’autre, des espaces plus accessibles, dans la réparation de vélo ou le jardinage, par exemple».

L'imprimante 3D de 3D Celo, entreprise du laboratoire d'innovations La Paillasse. Crédit: 3D Celo

L'imprimante 3D de 3D Celo, entreprise du laboratoire d'innovations La Paillasse. Crédit: 3D Celo

Au Faclab, le fablab de Gennevilliers, étudiants et retraités se retrouvent autour d’ateliers de couture, de pyrogravure et de jardinage, pour un vrai brassage générationnel. «D’autres lieux sont plus petits, plus confidentiels et donc réservés à un petit groupe d’amateurs. On ne retrouve pas cette dimension d’éducation populaire dans tous les fablabs», développe Camille Bosqué. La jeune femme pointe également la présence d’un public «très masculin», même si cela change progressivement. «Depuis à peu près deux ans, on voit plus de femmes, mais aussi des profils moins technophiles comme des étudiants en art ou en architecture.»

«Les gens se mettent eux-mêmes des barrières»

Les fablabs ont beau tendre vers un public plus large, notamment les enfants, beaucoup n’osent pas pousser la porte de ces «laboratoires». «Les gens se disent: "Ce n’est pas pour moi"», explique Camille Bosqué. «Rentrer dans un fablab a quelque chose d’assez déroutant. Chacun peut utiliser les machines, ce n’est pas encadré, il n’y a pas besoin de justifier sa présence… Beaucoup de gens n’ont pas l’habitude.» Sans compter que le mouvement des makers s’inscrit dans cette logique de réparer au lieu de jeter, «et même si on voit plein de choses émerger dans ce sens, la démarche n’est pas encore très répandue», regrette Camille.

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Pourtant, Annick Rivoire se montre très enthousiaste sur la démocratisation des fablabs. «En 2014, on recensait 400 laboratoires d’innovations (fablabs, medialabs, hackerspaces...) dans le monde. Aujourd’hui, il y en a 850. Vu l’ampleur du phénomène, on ne peut pas dire que c’est réservé aux makers.» De plus en plus de gens participent en effet aux Maker Faire comme celle qui a lieu à La Villette cette année, du 9 au 11 juin.

L’année dernière, la Maker Faire avait accueilli 65.000 curieux selon les organisateurs, deux fois plus qu’en 2015. La rédactrice en chef lutte ainsi contre cette image de lieu réservé aux «geeks derrière un écran. Je ne dis pas que tout le monde va se mettre à transformer son smartphone en télécommande! Mais quand même, on constate un réel engouement pour le DIY.»

Brassage des populations

Le camion fablab customisé des French Makers de Besançon. Crédit: French Makers

Le camion fablab customisé des French Makers de Besançon. Crédit: French Makers

Un engouement qui ne concernerait pas que les profils CSP+. «Bien sûr, Paris est une population de CSP+, on y trouve plus d’ingénieurs qu’ailleurs. Mais il existe aussi beaucoup de fablabs en zones rurales, qui accueillent d’autres catégories de population.» En France, l’exemple qui illustre le mieux ce brassage est certainement le Meuhlab, à Tourcoing (59). «C’est un artiste dans le milieu des nouvelles technologies qui a crée cet endroit. Aujourd’hui, des chômeurs de longue durée le fréquentent», illustre Annick Rivoire qui assure, par ailleurs, qu’une trentaine de fablabs ruraux vont émerger dans les Pyrénées d’ici deux ans.

En marge de ce mouvement de démocratisation des fablabs, les Makerbox, des coffrets cadeau sur le même modèle que les Smartbox, se sont développées il y a un peu plus d’un an. L’idée: offrir à un proche l'accès à un atelier pour créer ses bijoux en impression 3D, travailler le cuir, créer sa chaise en bois… «Au début, on a lancé ça en soutien au mouvement des makers, explique Capucine Lebeau, chef de projet chez Makerbox. Il fallait trouver le moyen d’inciter les gens à aller vers les fablabs.»

Hommes, femmes, étudiants, employés, commerciaux… «On a vraiment tous les profils», assure Capucine Lebeau. Makerbox a surtout des partenariats dans des fablabs à Paris, à Nantes, à Lyon et dans la Creuse. Mais ils espèrent s’étendre dans toute la France. «La makerbox est un premier pas à la démocratisation des fablabs.» On ne pourra pas reprocher aux makers de ne pas faire d’efforts pour vulgariser leurs QG. Rien d’étonnant, selon Annick Rivoire: «Leur côté évangélisateur les pousse à aller vers les autres.»

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