Quand votre grand-mère vous apprend à faire une tarte aux pommes, c’est une évidence, ce sera forcément une réussite, car c’est la meilleure cuisinière du monde. En revanche, comment faire confiance à un inconnu et, de surcroît, un amateur? C’est toute la difficulté des plateformes et des réseaux de transmission et d’échange de savoirs, qui mettent en place divers procédés pour qu’à la fin de votre séance vous sachiez jouer de la guitare comme Johnny, ou presque.

S’assurer des bonnes intentions des «offreurs»

Mesurer la qualité d’un échange de connaissances est compliqué, mais on peut déjà s’assurer de la bienveillance de «l'offreur» et de son envie de transmettre, comme l’explique Barthélemy Gas. Co-fondateur des Talents d’Alphonse, plateforme d’échange de savoirs entre demandeurs et retraités «offreurs» (rémunérés 15€ de l’heure), il s’assure en premier lieu de rencontrer tous les «Alphonses» (les retraités) dans ses locaux.

«On écarte d’office ceux qui viennent pour l’argent, et on pose quelques questions pour voir si la personne a envie de transmettre son savoir et si elle a de véritables compétences. On explique par la même occasion les bases de la pédagogie», prévient-il. Un mini entretien d’embauche en somme.

Pour Foresco, le Mouvement des réseaux d’échanges réciproques de savoirs, où la gratuité est de mise, le même principe s’applique: «Les gens s’inscrivent car ils sont motivés. On leur pose des questions sur leur parcours et leurs connaissances lorsqu’ils s’enregistrent auprès de nos réseaux locaux. Ensuite, un animateur assure la mise en relation avec le demandeur», explique Tina Steltzlen, co-présidente de l’association. Selon elle, ce système n’est «garant de rien du tout, mais définit simplement des conditions d’apprentissage. Quand on met des personnes en relation, il peut se passer beaucoup de choses. Au final, la vraie valeur est ce qu’on sait avoir appris.»

Barthélémy Gas établit, quant à lui, un suivi des cours donnés par ses retraités: «Après leur première rencontre avec un "curieux", on va appeler le demandeur pour savoir comment ça c’est passé, si la prise de contact a été facile et si le cours était de qualité.»

L’argent, «un gage d’engagement plutôt qu’une garantie»

Les retraités d'"alphonse" sont rémunérés 15 euros de l'heure.

Les retraités d'"Alphonse" sont rémunérés 15€ de l'heure. Crédit: Les Talents d'Alphonse

Si la monétisation de l’échange permet d’assurer une petite rentrée d’argent aux retraités des Talents d’Alphonse, elle rassure aussi le demandeur: «On a l’impression qu’un échange de savoirs a de la valeur s’il est monnayé.

Seulement, payer ne garantit pas non plus l’efficacité de l’apprentissage», nuance Tina Steltzlen. Barthélémy Gas approuve: «Verser de l’argent à quelqu’un reste un gage d’engagement plutôt qu’une garantie. Pour les offreurs, la rémunération est une reconnaissance.»

Autre élément rassurant, la présence d’un animateur dans le réseau d’échanges réciproques de savoirs. Pour reprendre les mots de la co-présidente de Foresco, «l’animateur permet de définir un cadre et est uniquement garant de la socialisation de l’offre. On se rend bien compte des limites. La mise en relation permet d’enclencher l’apprentissage, mais tout est finalement question de confiance.»

Le lien de confiance est également favorisé par la proximité. «On est naturellement plus rassuré, lorsqu’on sait que la personne habite dans son quartier, on a aussi plus de valeurs en commun», complète Barthélemy Gas. Un constat que partage Emilie Morcillo, consultante en économie collaborative: «La proximité comme les certifications online (étoiles, avis, etc.) sont gages de qualité. Plus la plateforme va contrôler sa communauté, mieux ce sera.»

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La qualité de l’enseignement ne fait cependant pas tout. Le demandeur a aussi son rôle à jouer «en acceptant d’apprendre de manière alternative. Cela nécessite d’aborder le cours comme un citoyen engagé qui a envie d’autre chose, plutôt que comme un consommateur classique», ajoute la spécialiste.

Pour ce faire, la réciprocité reste «un levier de puissance», selon la co-présidente de Foresco qui veut avant tout favoriser l’égalité dans l’accès aux connaissances: «Les échanges de savoirs c’est l’école de la citoyenneté. La coopération et la mutualisation sont les maîtres mots de la réussite. Il y a une multitude de chemins pour accéder aux connaissances et aujourd’hui encore, on ne connaît pas tous les tenants et aboutissants de l’économie collaborative. On n’en a pas encore fait le tour.»