Les vélos en libre service type Vélib’ vont-ils devenir has been? Début octobre, les bicyclettes vertes sans station de Gobee.bike ont débarqué à Lille, et peu après à Paris. Contrairement aux V’Lille ou aux Vélib’, les utilisateurs de ces vélos n’ont pas besoin de les récupérer et de les déposer à une station, mais les trouvent grâce à la géolocalisation. A la fin de la location, ils les laissent où bon leur semble. Il suffit pour cela de télécharger l’application Gobee.bike (iOS et Android) sur son téléphone. Une fois le deux roues identifié et le paiement effectué (50€ de caution et 50 centimes la demi-heure), il ne reste plus qu’à déverrouiller le vélo en flashant un QR code.

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En cohérence avec le plan Vélo de Paris

Pour déverrouiller les vélos de Gobee.bike, il faut flasher le QR code avec l'application mobile. Crédit: Gobee.bike

Pour déverrouiller les vélos de Gobee.bike, il faut flasher le QR code avec l'application mobile. Crédit: Gobee.bike

Gobee.bike n’est pas la seule à investir le marché de la bicyclette en libre service en France. Ofo, l’entreprise chinoise, aux biclous jaunes cette fois, a prévu de débarquer à Paris début 2018. Les deux entreprises fonctionnent à l’identique, et pratiquent exactement le même tarif. En revanche, elles ne jouent pas dans la même cour au niveau de leur force de frappe. Quand Ofo parle de sa présence dans 180 villes et de «plus de 10 millions de vélos», Gobee.bike a mis en place une flotte d’une «centaine de bicyclettes» seulement à Paris et à Lille.

Le plan Vélo de Paris en quelques chiffres. Crédit: mairie de Paris

A l’étranger, ils ne sont présents qu’à Hong Kong. Pour Manon Desjardins, de Gobee.bike, il s’agit simplement de «mettre le vélo au goût du jour dans un contexte où le défi de la mobilité dans les grandes villes est important.» Paris a en effet des objectifs très ambitieux concernant la circulation à vélo. Elle va investir plus de 150 millions d'euros pour doubler la longueur des voies cyclables d’ici 2020 (700 km actuellement).

Objectif: tripler les déplacements en petite reine. Un projet auquel devrait largement contribuer la société Smoovengo, qui reprend le parc de Vélib’ au détriment de JCDecaux. Elle prévoit d’élargir le service au Grand Paris, de mettre en place des vélos plus légers et solides, et d’introduire un tiers de deux roues à assistance électrique.

Un service anarchique?

Du côté de Gobee.bike, comme de la Ville, on s’accorde à dire que les deux offres sont «complémentaires», vue la différence de prix. Un ticket Vélib’ pour 24h coûte en effet 1,70€ conte 1€ de l’heure avec Gobee.bike. L’association Paris en selle se montre cependant circonspecte face à l’entreprise aux vélos verts. «Les bicyclettes que j’ai vues ont vraiment le style "made in China", s’inquiète Charles Maguin, président de l’association. Elles sont très légères, on sent que ce n’est pas de la bonne qualité.»

Il craint aussi les vols et autres actes d’hyper vandalisme. «J’ai vu des photos prises en Chine qui ne m’ont pas rassuré.» Des vélos en très mauvais état après utilisation se sont en effet retrouvés entassés dans la rue, ou dans l’eau. Plusieurs internautes ont posté des photos alarmantes sur les réseaux sociaux.

D’autres bicyclettes délestées de leur GPS ont atterri sur des sites d’e-commerce. Sans compter que l’absence de station pour déposer les deux-roues risque de favoriser le «stationnement sauvage», craint Charles Maguin. «Il ne faudrait pas qu’on assiste à un rejet par les habitants parce que des vélos se retrouvent n’importe où», ajoute-t-il.

A chacun ses responsabilités

Raphael Cohen, créateur de Gobee.bike, se veut rassurant: «Une dizaine d’agents à Paris déplaceront les vélos si besoin. On compte aussi sur la communauté de cyclistes pour nous aider à améliorer le service en signalant ces problèmes.» De son côté, Ofo réfléchit à des «zones de stationnement recommandées»  à définir avec les collectivités pour éviter une situation anarchique.

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Christophe Najdovski, adjoint à la Ville de Paris, chargé des transports et de l'espace public, va prochainement convier Gobee.bike, Ofo, ainsi que deux autres acteurs souhaitant s’implanter à Paris, à une réunion. Objectif: «Leur demander de prendre leur responsabilités», explique l’élu. «Ces entreprises privées à but lucratif ne doivent pas se défausser de leurs obligations. C’est à elles de réguler le service, et pas à la Ville de prendre le relais.» Paris réfléchit par ailleurs à saisir la ministre des Transports pour réglementer l’arrivée de ces entreprises et mettre en place une redevance liée à l’occupation de l’espace public. Hors de question, pour la municipalité, de se laisser rouler sur les pieds…