On a déjà entendu le refrain. En 2007, il y a presque dix ans, Ségolène Royal faisait figurer la «démocratie participative» tout en haut de son programme pour la présidentielle. Renouer le lien entre les citoyens et les élus est en effet un enjeu «depuis les années 1980, 1990», rappelle le politologue Olivier Rouquan. L’enseignant à l’ISMAPP perçoit néanmoins une nouvelle dynamique: «Il y a une accélération du système de traitement des données, du big data. Ça ouvre la voie à des processus de consultations électroniques et à de vrais changements des pratiques administratives», précise-t-il.

Les politiques s'en sont déjà emparés…

Les politiques ne s’y sont pas trompés. Grigny, Metz, Montreuil, Rennes et Paris ont d’ores et déjà mis en place des budgets participatifs. En Poitou-Charentes, le budget participatif des lycées a été instauré dès 2010. Enfin, au niveau national, une consultation citoyenne inédite a été organisée en 2015 autour du projet de loi pour une République numérique portée par Axelle Lemaire.

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Si elles n’ont pas toutes rencontré le même succès, ces initiatives dénotent d’une volonté de changer la manière de faire de la politique chez les politiques eux-mêmes. Il faut dire qu’il y a urgence. Aux dernières élections régionales, le taux d’abstention moyen s’est élevé à plus de 40%, contre 25,2% en 1986. Enfin, selon un sondage Odoxa publié par Le Parisien en janvier 2016, 88% des personnes interrogées réclamaient un «renouvellement de la classe politique».

Au tour des citoyens

Face à ce constat, la solution peut-elle venir uniquement d’en haut? Si on en croit le nombre d’initiatives citoyennes qui ont fleuri ces derniers mois et ces dernières années, la réponse est non. Désormais réunis au sein d’une communauté étiquetée «civic tech», des plateformes, applications, sites internet, au fonctionnement bénévole et collaboratif veulent replacer «le citoyen au cœur de la démocratie» et «changer les pratiques politiques».

On ne peut pas toutes les citer tant elles sont nombreuses: Laprimaire.org se propose d’organiser une primaire ouverte à tous les Français en vue de 2017, Voxe.org est un outil collaboratif de comparaison des programmes, Parlement et Citoyens la première plateforme de co-construction des lois etc.

«Le mouvement civic tech a compris que faire de la politique en essayant d’entrer dans le jeu des politiques c’était extrêmement compliqué. On voit bien que les mouvements comme ‘Nous citoyens’  ou ‘Nouvelle Donne’ ont beaucoup de mal à émerger parce que le jeu a été fait sans eux et fait pour qu’ils n’y rentrent pas», explique Christophe Itier, l’un des fondateurs de ReGeneration.

Avec une dizaine de fondateurs, tous issus de la société civile, il a créé son mouvement le 4 janvier 2015, au lendemain des élections régionales en Nord-Pas-de-Calais, qui ont vu le FN remporter un score historique. A Lille, le mouvement organise des événements et invite les citoyens à se prononcer sur des sujets variés: non cumul des mandats, renouvellement de la classe politique ou décrochage scolaire. «A l’issue de la consultation, fin avril, on lancera une pétition sur les réseaux sociaux puis une lettre ouverte à l’ensemble des élus de la région», explique-t-il.

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Car pour ces membres de la civic tech, pas question de se couper des politiques. «Tout le monde dit que le système est pourri. Mais à l’intérieur du système, beaucoup d’élus font le même constat et essayent de faire évoluer les choses», confie le fondateur de Démocratie Ouverte, Armel le Coz. Le trentenaire dit notamment vouloir fournir des «solutions aux élus».

Parmi les projets nés sur Démocratie Ouverte, le site «Parlement et Citoyens» offre à tout un chacun de co-construire une loi. 10 000 personnes ont ainsi participé à la proposition de loi sur la bio diversité. Les inscrits étaient invités à donner leurs avis sur chaque article et à apporter des sources ou des précisions supplémentaires.

Et après ?

«Ce n’est pas l’instrument qui est important, c’est l’objectif», avertit le politologue Olivier Rouquan, qui salue la «volonté de trouver de nouvelles solutions». Même s’il reconnait qu’il est encore trop pour juger de ce que donnera en termes de résultat cette «civic tech», il insiste sur la «nécessité d’articuler cette dynamique au fonctionnement politique».

Le public susceptible de s’emparer des outils du numérique pose également question. «Le numérique est une brique dans notre projet. L’objectif à terme, c’est d’avoir d’autre outils», confie Armel Le Coz, qui affirme vouloir attirer un autre public que «les TLM», (entendez les toujours les mêmes). «Dans les conseils de quartiers qu’on a vu éclore ces dernières années, ce sont toujours les mêmes personnes qui prennent la parole, des hommes, cheveux grisonnants, près de la retraite, déjà engagés dans plusieurs associations». «C’est bien d'attirer ces personnes, mais ce n’est pas suffisant», souffle-t-il.

Pour Christophe Itier, il faut aussi arriver à créer du contact: «Le numérique est un moyen formidable d’avoir une audience rapide, on peut très vite communiquer avec peu de moyens. L’enjeu à terme ce sera de ramener les citoyens les plus éloignés de la politique. Il faudra aller à leur contact pour les ramener vers la chose publique», conclut-il, admettant que le mouvement impulsé par la civic tech concerne pour le moment surtout les «insiders».