Peer to peer, mooc, fablab, crowdfunding… Vous maîtrisez déjà ces termes vus et revus de l’économie collaborative? Bonne nouvelle: d’autres débarquent! Les anglicismes sont toujours là, mais il n’y a pas que ça. 20 Minutes et quelques experts passent au radar cinq mots de cette nouvelle économie pour décrypter les tendances d’un domaine en constante évolution. Suivez le guide…

«Empowerment»: «On peut être une meilleure version de nous-mêmes»

Stootie permet aux particuliers de se rendre service. Crédit: Stootie

Stootie permet aux particuliers de se rendre service. Crédit: Stootie

Pour Emilie Morcillo, spécialiste de l’économie collaborative, on ne peut pas parler de ce secteur sans parler d’empowerment. Késako? «Ça veut dire qu’on peut être une meilleure version de nous-mêmes, lance-t-elle. On a les moyens aujourd’hui d’avoir plus de pouvoir sur son environnement en termes d’échanges et de liens.» Concrètement, l’utilisateur des plateformes collaboratives est actif, en étant lui-même «producteur de biens et de services», développe Emilie Morcillo. Comme sur Stootie, où chacun peut proposer ses services à son voisin. Rien de très nouveau jusqu’ici. Sauf qu’en 2017, elle espère «un véritable éveil des consciences pour consommer plus éthique». Et tant pis si le but premier des utilisateurs de plateformes collaboratives est de faire des économies, comme c'est le cas pour beaucoup d'habitués du covoiturage, par exemple. «Il faut rentrer par une porte, peu importe laquelle. Après, on évolue.»

«Share»: un nouveau salon cette année

Le salon Share Paris aura lieu du 22 au 24 septembre à l'espace Champerret. Crédit: Share Paris

Le salon Share Paris aura lieu du 22 au 24 septembre à l'espace Champerret. Crédit: Share Paris

Oui Share, La Vie share, Share Paris… Nom de collectif, de livre ou de salon, le terme est décliné à toutes les sauces pour évoquer l’économie du partage. Emilie Mocillo, membre du comité d’organisation du salon Share Paris qui aura lieu en septembre prochain dans l’espace Champerret, ne s'empêche pas de reprendre ce mot à la mode. «On a choisi de nommer le salon «Share Paris» en hommage au livre d’Anne-Sophie Novel, La Vie Share, qui démocratise l’économie collaborative pour la rendre accessible au grand public. C’est exactement l’objectif su salon». Encore faut-il savoir que «share» signifie «partage», terme à la base du concept d'économie collaborative, puisque le but n'est plus de posséder mais de partager. A force d’anglicismes, pas sûr que tout le monde comprenne la référence à l’économie collaborative. De quoi faire réfléchir les défenseurs du milieu, même si ce mot leur est cher…

«Horizontalité» : plus impliqué donc plus concerné

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Oui Share, collectif pour l'économie collaborative, fonctionne de manière horizontale. Crédit: Oui Share

Tout le monde n’est pas égal dans une entreprise, mais le management horizontal essaie de tendre vers cet idéal. Marguerite Grandjean, responsable de l’étude sur les modes de gouvernance des plateformes de l’économie collaborative, publiée en mars, préfère parler de «hiérarchie dynamique». «Dans la majorité des start-up, les cofondateurs gardent la main sur "leur bébé", mais il n’y a pas de middle manager, le niveau en dessous est très plat», explique cette membre du collectif Oui Share. L’horizontalité, dont on entend régulièrement parler, repose selon elle, sur trois principes fondamentaux : «L’engagement au travail, l’équité et la transparence.» En clair, il s’agit de permettre aux salariés d’une entreprise de retrouver du sens dans leur travail, de participer aux prises de décisions et d’avoir accès à un maximum d’informations concernant l’entreprise pour qu’ils se sentent plus concernés.

«A Oui Share, il n’y a pas de patron, tout le monde détient le titre officiel de connector», illustre Marguerite Grandjean. La hiérarchie se fait alors plus naturellement que dans une organisation pyramidale. «C’est le membre de Oui Share le plus expert sur tel ou tel projet qui en prendra les rênes. Mais rien n’est défini à l’avance et les décisions sont prises collectivement.» Pour cela, Oui Share utilise des outils en ligne comme Loomio, qui permet à chacun de s’exprimer sur une proposition et de voter.

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Pourtant, les relations de pouvoir ne disparaissent pas complètement. «Certains membres de l’organisation vont naturellement prendre le leadership tandis que d’autres seront plus effacés», développe Marguerite Grandjean. Ces derniers n’auront d’ailleurs «pas forcément envie d’être très impliqués dans les processus de décision.» Vu la complexité engendrée par la mise en place de ces techniques de management, on se demande pourquoi de plus en plus de jeunes pousses de l’économie collaborative se mettent à développer l’horizontalité en interne. «Elles ont tout intérêt à le faire, tranche Marguerite Grandjean. Si les salariés se sentent plus concernés, ils seront forcément plus performants.»  La logique est identique lorsque des entreprises collaboratives ouvrent leur capital aux particuliers, comme Mutum, ou s’organisent en coopérative, à l’image de La Louve. Le consommateur, en devenant «consom'acteur» se sent impliqué et a davantage envie de consommer.

«Fair»: le fric, c’est éthique

La plateforme Hopwork tente d'améliorer la réputation des freelances auprès des entreprises. Crédit: Hopwork

La plateforme Hopwork tente d'améliorer la réputation des freelances auprès des entreprises. Crédit: Hopwork

Comment monter une start-up à la fois éthique et qui rapporte? Une entreprise «fair», ou plus juste? «De plus en plus de plateformes ont envie de développer des projets porteurs de sens. Ce qui n’est pas forcément incompatible avec le fait de gagner beaucoup d’argent», explique Marguerite Grandjean. Un exemple: Hopwork, une plateforme qui met en lien des entreprises et des freelances. Ceux-ci, dont on connaît le statut précaire, disposent d’un outil pour se valoriser, et les entreprises peuvent trouver leur bonheur en quelques clics. Aujourd’hui, Hopwork compte 20 000 entreprises qui font appel à 45 000 freelances. Une vitesse de croisière plus qu’exemplaire pour cette plateforme qui n’a que 4 ans d’existence. Son secret: valoriser les freelances lors d’événement destinés à améliorent leur réputation auprès des entreprises. «Si on agit de manière "fair", c'est-à-dire juste et équitable, c’est bénéfique pour eux et pour nous. On est tous gagnants», explique Vincent Huguet, cofondateur d’Hopwork.

«Blockchain»: une nouvelle technologie à suivre de près

Aibnb pourrait utiliser la blockchain. Crédit: Flickr

Aibnb pourrait utiliser la blockchain. Crédit: Flickr

«C’est comme au tout début de l’Internet. Il y avait 20 à 50 personnes qui savaient comme ça fonctionnait. Aujourd’hui, un millier de personnes à peine comprennent la blockchain», expliquait Benjamin Tincq, membre de Oui Share, dans un article où 20 Minutes décryptait le phénomène de la blockchain. Née il y a huit ans, la «chaîne de blocs» est en effet difficile à comprendre, mais il faut surtout retenir que cela permet de certifier une transaction sans serveur central. «Tout se passe de pair à pair, d’utilisateur à utilisateur», résume Gilles Babinet, digital champion de la France auprès de la Commission européenne.

Alors en quoi cela concerne l’économie collaborative? Concrètement, cette technologie pourrait par exemple permettre de ne plus passer par la plateforme Uber pour payer son chauffeur mais de payer celui-ci directement. La blockchain sera-t-elle utilisée à bon escient dans l’économie du partage? Les prémisses de dérives apparaissent déjà. En avril 2016, Quartz révélait que la plateforme de location de logement entre particuliers Airbnb réfléchissait à travailler avec une grosse partie de l'équipe de ChangeCoin, une start-up de micropaiements qui utilise la blockchain. But de l'opération: pouvoir partager avec d'autres entreprises des informations sur sa clientèle. Un phénomène à suivre de près…

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