Vous ne pourrez plus dire qu’il est compliqué de se mettre à l’économie collaborative. Trouver des objets de seconde main, fabriquer ses produits dans un fablab, les réparer dans un repair café… Les cartes qui répertorient les bonnes initiatives collaboratives autour de vous sont devenues monnaie courante. «Les gens disent que c’est difficile de se mettre au collaboratif. Alors que si on regarde, on voit bien qu’il y a une multitude d’offres», constate Emilie Morcillo, consultante en économie du partage.

La start-up Dream Act répertorie sur une carte en ligne les initiatives collaboratives et solidaires. Crédit: capture d'écran Dream Act

La start-up Dream Act répertorie sur une carte en ligne les initiatives collaboratives et solidaires. Crédit: capture d'écran Dreamact.eu

Tout le monde adopte l’outil cartographique, même les entreprises, comme Dream Act. Le site de la jeune pousse répertorie sur sa carte environ 650 structures de l’économie collaborative ou sociale et solidaire, dans onze villes françaises. «En France, il y a une culture de l’entrepreneuriat riche de sens. Les start-up ne veulent pas uniquement gagner de l’argent, elles veulent faire avancer les choses», rappelle Laetitia Colcomb, organisatrice du salon de l’économie collaborative, Share Paris.

 «Permettre aux citoyens de consommer éthique»

«Notre idée est de permettre aux citoyens de consommer de façon plus éthique», explique Diane Scemama, la cofondatrice. Sa méthode: aller à la rencontre des lieux qui «répondent à une problématique sociale et environnementale», et les répertorier sur la carte. «Un comité éthique se réunit régulièrement pour s’assurer que les structures honorent bien notre charte», assure Diane Scemama.

La REcyclerie du 18e, le genre de tiers-lieu qui rencontre le plus de succès sur Dream Act. Crédit: J. Menjoulet

La Recyclerie du XVIIIe, le genre de tiers-lieu qui rencontre le plus de succès sur Dream Act. Crédit: J. Menjoulet

Conciergerie solidaire (Lulu dans ma rue), repair cafés, recycleries, Amap…  La vitrine gratuite pour ces structures est la bienvenue. «Ce qui intéresse le plus les gens, ce sont les tiers lieux, type recyclerie. Le genre d’endroit à la décoration insolite, avec une diversité d’activités», précise Diane Scemama.

Pour Elodie, Parisienne grande fan de recyclage, cette carte est un «coup de pouce» qui lui permet de découvrir «autre chose». «Je suis toujours à la recherche de nouveaux lieux dans la tendance zéro déchet. Avec Dream Act, j’en ai découvert plein récemment: des restaurants, des ressourceries, des magasins de mode éthique…»

La cartographie, un outil qui ne rapporte rien

Parmi les structures répertoriées par Dream Act, 250 vendent leurs produits «made in France», zéro déchet, vegan, ou naturels (aucun ne cumule toutes les qualités, faut pas rêver!) sur l’e-shop de Dream Act. «C’est là-dessus que repose notre business model. On prend un pourcentage sur chaque produit vendu», précise Diane Scemama, qui a également ouvert une boutique dans le XVIIe arrondissement parisien juste avant les fêtes de Noël.

Elodie identifie pourtant les limites de ce modèle: «A Paris, des dizaines d’initiatives son répertoriées, (près de 200), alors qu’à Nantes, il n’y a quasiment rien (trois lieux).» Pourtant, ce n’est pas l’offre qui manque. Cette ville fait figure de grande championne sur le terrain de l’ESS. Il faut dire que ces cartes demandent un gros travail de veille et de mise à jour. Une start-up comme Dream Act ne prendra pas forcément le temps de le faire. «La cartographie ne nous rapporte rien», explique la cofondatrice.

Aux associations de prendre le relais

Alors les associations surfent sur la tendance «cartes», elles aussi. Quand le Carillon identifie un tas de commerçants solidaires prêts à accueillir des gens dans le besoin, Cap ou pas Cap vise des alternatives citoyennes dans les secteurs du réemploi, de l’alimentation, des transports, du «do it yourself» (ateliers d’auto-réparation de vélos, fablabs…).

La carte des initiatives citoyennes, par l'association Cap ou pas Cap. Crédit: capture d'écran Cap ou pas cap

La carte des initiatives citoyennes, par l'association Cap ou pas Cap. Crédit: capture d'écran Cap ou pas Cap

L’association dénombre à ce jour près de 1.000 alternatives à Paris et en Ile-de-France, géolocalisées sur son site. Là encore, c’est l’outil pratique que met en avant Julien Chandelier, de Cap ou pas Cap. «Même si on habite depuis longtemps dans le même quartier, on ne connait pas tout. Là, on sait qu’à 200 m de chez soi, une initiative nous tend les bras.» D’ici au mois de mars, Cap ou pas Cap voudrait documenter chaque initiative en vidéos et témoignages, et espère créer des synergies entre les structures.

«Une utopie transformatrice»

La différence majeure, avec la carte de Dream Act, est que l’association veut favoriser la prise d’initiatives citoyennes, «et pas seulement proposer un service à tester juste une fois», souligne Julien Chandelier. «On souhaite que la démarche devienne quelque chose de durable. On est dans une vraie volonté d’éducation à la citoyenneté.»

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A terme, Cap ou pas Cap imagine mettre en commun ses données avec celles d’autres associations, pour créer une plateforme consacrée à la géolocalisation des économies alternatives. «On pense à Alternatiba (mouvement citoyen pour la justice sociale), par exemple», explique Julien. Cap ou pas Cap n’a pas peur de revendiquer son côté optimiste: «Ce qu’on veut, c’est instaurer une utopie profondément transformatrice.» Reste à dépasser les frontières de la région parisienne.