Les penderies partagées cherchent encore leur rythme

ma vie écoco Notre rédactrice 100% économie collaborative a banni les sessions shopping pour privilégier la location de vêtements. Mais en France, le concept de penderie partagée peine encore à décoller…

Adèle Bertier

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Céline, cofondatrice de la penderie partagée Hylla, me présente sa collection de vêtements.
Céline, cofondatrice de la penderie partagée Hylla, me présente sa collection de vêtements. — A. Bertier/20 Minutes

C’est parti pour les essayages! Vivre en mode 100% économie collaborative veut aussi dire, pour moi, passer par la case partage d’habits. La Vétithèque à Bordeaux, les Culottées à Clermont Ferrand, Le Closet à Paris, les Cachotières à Lille… Le concept de location de vêtements essaime un peu partout en France. A Paris, je choisis Hylla, une penderie partagée installée sur le site des Grands Voisins, dans le 14e arrondissement. Le concept: au lieu d’acheter à tout-va, louer 4 pièces au choix pour 35€ par mois. Pour que le concept ait une chance d’être économiquement viable, les cofondatrices, Céline et Amandine, ne proposent pas de location à la pièce. L’idée est donc de renouveler sa garde robe régulièrement, et non pas juste pour une soirée.

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Parfait pour moi: mon petit stock de vêtements indémodables (je crois) n’est plus très frais (il faut bien l’avouer). Sur Hylla.fr, spécialisé dans le style vintage, je peux visualiser tout le stock (environ 800 pièces), choisir mes vêtements, et plusieurs options s’offrent à moi: commander ma box et la recevoir sans frais par colis, sélectionner les vêtements et aller les retirer en magasin, ou choisir directement sur place, sur rendez-vous. D’après moi, mieux vaut essayer pour éviter les mauvaises surprises.

Passé le couloir défraîchi de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, où se niche la boutique, je débarque dans une petite caverne d’Ali Baba de la mode vintage. Les manteaux en fourrure côtoient petits top imprimés, jupes longues et chemisiers aux couleurs chatoyantes. «On a des dons de particuliers mais on récupère la très grande majorité des vêtements au centre de tri de Relais, à Poissy», explique Céline Zimmerman, cofondatrice d’Hylla. Sa mission est de récolter des vêtements variés et en parfait état.

Alors que les boutiques classiques de mode vintage ont la même démarche, Hylla est encore contrainte de payer le kilo de vêtements 4€ contre quelques centimes pour les magasins qui achètent en plus grosse quantité. «On ne peut pas se permettre d’acheter trop de choses pour l’instant, on n’a pas encore suffisamment de clientes», explique Céline qui dénombre 350 «hyllarantes» abonnées depuis le lancement officiel de la boutique, en février 2017.

«Les personnes qui louent des vêtements osent plus»

Parmi les 4 vêtements vintage que je choisis, cette robe que je n'aurais jamais osé acheter. Crédit: J. Decoster
Parmi les 4 vêtements vintage que je choisis, cette robe que je n'aurais jamais osé acheter. Crédit: J. Decoster

La chaleur écrasante qui règne le jour où je procède à mon choix m’incite à essayer des vêtements légers: robes, jupes et tee-shirt. J’évite tout ce qui est trop voyant ou transparent, et opte pour une jupe imprimée dans les tons turquoise (que je ne mets que deux fois dans le mois vu qu’il se met soudainement à faire froid… Mauvaise pioche), et un tee-shirt assorti.

Un autre top corail et légèrement doré se mariera très bien avec un jean, et je me laisse un peu aller sur la dernière pièce: une robe longue verdâtre VRAIMENT vintage. «Ce n'est pas du tout mon style, mais j’ai envie d’essayer», dis-je à Céline, qui approuve mon choix. «Les personnes qui louent des vêtements osent plus de choses. Elles se disent que c’est l’occasion de se lâcher un peu», analyse Fanny Bincteux, responsable de la Vétithèque à Bordeaux.

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Le prix de mes 4 vêtements est estimé à 70€, selon les gérantes qui envoient le tarif (plutôt attractif) de chaque pièce aux clientes, pour les inciter à l’achat à la suite de la location. Dommage de basculer vers de l’achat quand on base son concept sur l’usage plutôt que la possession… «On est obligé de proposer ça si on veut vivre!», m’explique Céline. Même logique d’équilibre financier côté abonnement: il est reconduit automatiquement chaque mois. Il faut donc demander à l’arrêter si on se lasse soudainement du vintage.

La location de vêtements peine à rassembler

Devant la boutique, Hylla annonce la couleur: "Prenez soin de vos vêtements, appréciez les comme de bons amis". Crédit: A. Bertier/20 Minutes
Devant la boutique, Hylla annonce la couleur: "Prenez soin de vos vêtements, appréciez les comme de bons amis". Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Je profite ainsi de ces articles pour deux fois moins cher que si je les achetais, mais pour un mois seulement… Côté porte-monnaie, ce n’est pas forcément le meilleur plan, mais Hylla est un bon moyen de diversifier sa garde-robe tout en évitant de surconsommer. 

Pourtant, la cofondatrice d’Hylla, âgée de 23 ans et auteure d’une thèse sur le concept de penderie partagée, remarque que l’engouement en France est encore tout relatif. «Les Français sont très portés sur le luxe en ce qui concerne la location de vêtements, et pas vraiment sur les vêtements de tous les jours. C’est une question de mentalité…» D’ailleurs, l’aventure entrepreneuriale dans le secteur a déjà fait des déçus.

A Bordeaux, la  Vétithèque s’est lancée l’année dernière comme Hylla, en grande partie avec des fonds propres. Aujourd’hui, elle cherche des repreneurs pour la boutique de 30m2. «C’est un modèle qui est difficilement rentable», constate la responsable. Avec une vingtaine d’abonnements seulement et la majorité des locations à la pièce, la boutique a vite eu des problèmes de trésorerie. «Du coup, on ne pouvait pas renouveler le stock assez souvent,  et on est rentré dans un cercle vicieux.» Les co-gérantes d'Hylla restent pourtant confiantes, grâce à leur modèle de location sur une plateforme web, qui permet de viser un public «plus large», selon elles. 

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Pour elle, le seul moyen de trouver l’équilibre économique est de partir avec un gros investissement et de jouir d’une très bonne visibilité avec un grand magasin. «Le côté petite boutique de créateur, ça ne marche pas.» En décembre 2017, Hylla devra quitter le site des Grands Voisins, comme les autres structures, pour laisser place à un projet d’éco-quartier avec 600 logements. Peut-être l’occasion d’un nouveau souffle pour les «Hyllarantes»?