On a testé un repas chez Paupiette, une plateforme de repas intergénérationnels
On a testé un repas chez Paupiette, une plateforme de repas intergénérationnels — A. Bertier/20 Minutes

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Marie, une mamie qui prépare des repas pour les jeunes sur le site Paupiette

Marie, adepte du site Paupiette, reçoit chez elle des jeunes pour des repas «comme chez mamie»...

«La cotisation pour le repas, c’est dans la petit boîte.» A peine passé le pas de la porte, Marie, 67 ans, annonce la couleur. Ce midi, elle s’improvise cuisto chez elle, dans le 15e arrondissement parisien, pour trois invités: Lola, Marine et moi. Elle veut que tout soit parfait, et se met un peu la pression… Mais très vite, l’atmosphère se détend. «Je préfère le dire tout de suite pour l’argent, comme ça on ne casse pas l’ambiance après le repas», sourit cette retraitée qui n’a pas la langue dans sa poche.

Enora Goulard, 20 ans, créatrice de Paupiette. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes
Enora Goulard, 20 ans, créatrice de Paupiette. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Marie est inscrite à Paupiette, une plateforme de repas intergénérationnels créée il y deux ans et développée depuis le mois de mai à Paris. Enora Goulard, jeune étudiante de 20 ans, est la fondatrice de cette association. Objectif: casser les frontières entre les générations grâce au partage d’un repas et lutter contre l’isolement des personnes âgées. Le concept a débarqué à Paris très récemment, avec environ 150 étudiants inscrits sur le site. Du côté des seniors, l’engouement est plus timide. Marie fait partie des premiers à recevoir des jeunes chez elle. «C’est mon fils qui m’a parlé de ça. Il habite à Lyon et je le vois très peu, tout comme ma fille», confie Marie.

Dans la salle à manger, la table est déjà dressée au moment de mon arrivée: des assiettes colorées posées sur des sets Keith Haring à moitié coloriés. Au bout de la table, une boîte de crayons nous attend pour continuer le boulot des précédents invités.

5€ pour une entrée et un dessert maison

Marie s’active derrière les fourneaux, un brin directive. «Je n’ai pas besoin d’aide, allez dans la salle à manger». Lola, étudiante en cinéma, et Marine, journaliste à deux pas d’ici, participent à leur premier repas avec Paupiette. «Je trouve ça super. Moi je suis du genre à manger des sandwichs tous les midis. Au bout d’un moment, c’est lassant», explique Lola qui a déniché Paupiette sur les réseaux sociaux.

La jeune femme est également une grande adepte des «plans pas chers», comme l’application Too Good To Go dont les commerçants partenaires vendent leurs invendus du jour à prix très réduit. Paupiette s’ajoute à la liste de Lola, le bénéfice des nouvelles rencontres en plus. «Je trouve le concept génial, on n’échange pas assez entre jeunes et seniors alors qu’on peut partager plein de choses.»

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On passe au dessert avec une mousse au chocolat au poivre du Sichuan. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes
On passe au dessert avec une mousse au chocolat au poivre du Sichuan. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

Cinq minutes plus tard, Marie débarque avec une cocotte en fonte, le style «bonne popote de mamie» qui fait envie à Marine. Des cuisses de poulet fermier accompagnées d’un riz pilaf finissent de donner de l’allure à cette table. «J’ai raté ma sauce», s’excuse à plusieurs reprises la fine gourmette. Mais nos papilles sont ravies, et le porte-monnaie aussi. Une mousse au chocolat, dont chacune tente de deviner le secret de fabrication, nous attend après ça. Le tout pour 5€.

Côtoyer des jeunes pour oublier la vieillesse

«C’est presque du bénévolat ce que je fais», lance Marie, avec sa franchise qui vous désarçonne. Vu la qualité des produits cuisinés, elle ne gagne pas d’argent en effet. Mais cette sexagénaire ultra-connectée fera son beurre avec d’autres plateformes, comme Vizeat, qui permet de recevoir des inconnus chez soi autour d’un repas concocté par le maître des lieux. «Je vais préparer un super truc, sortir l’argenterie, fixer le repas à 35€, s’amuse Marie. Là, je ne fais pas ça pour l’argent, ça me fait plaisir de rencontrer des jeunes comme vous.» C’est à peine si la sexagénaire trouve ses mots pour exprimer à quel point il est difficile de prendre de l’âge.

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Mais progressivement, sa langue se délie. «C’est toujours plus facile de parler de soi à des inconnus», constate Marie qui a accumulé au fil du temps les casseroles de la vie, dont un divorce et une maladie grave qui l’ont progressivement coupée de son entourage.

Sur le site de Paupiette, les jeunes s'inscrivent pour savoir quels seniors sont prêts à les accueillir pour un repas chez eux. Crédit: Paupiette
Sur le site de Paupiette, les jeunes s'inscrivent pour savoir quels seniors sont prêts à les accueillir pour un repas chez eux. Crédit: Paupiette

Elle s’est alors mise à passer du temps tous les week-ends avec des gens plus jeunes grâce au site onvasortir.com. Visite de Ménilmontant, expositions ou activités plus incongrues comme la pêche de pièces de monnaies à l’aimant dans la fontaine du palais Royal… «Y’en a qui inventent des trucs dingues», s’amuse Marie devant notre air étonné.

Cette passionnée d’art dont la bibliothèque déborde a la bougeotte. «J’ai besoin de rencontrer du monde, et j’aime bien que ce soit de nouvelles personnes à chaque fois.» Les discussions s’enchaînent sur les métiers, les passions de chacune, et les quartiers nord de Paris, aujourd’hui repères de bobos où «on ne mettait pas les pieds il y a 20 ans». Le tout ponctué de réguliers compliments sur les talents culinaires de Marie.

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Je ne vois pas l’heure tourner, mais il est déjà temps de retourner travailler. Tout le monde débarrasse en vitesse une fois la mousse au chocolat au poivre du Sichuan dégustée. «J’ai adoré, je reviendrai», lance Marine, tout de suite suivie par Lola. Marie, plus détendue qu’à notre arrivée, saute sur l’occasion, un sourire attendrissant aux lèvres: «La semaine prochaine, c’est chili con carne et tarte à l’abricot!» Le rendez-vous est pris.