Pour faire baisser la note, ils bossent au supermarché!

travail Les supermarchés coopératifs se multiplient en France, et remettent en cause le modèle salarial classique…

Adèle Bertier

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Les supermarchés coopératifs se multiplient en France, sur le modèle new-yorkais de la Park Slope Food Coop. Ici, dans les rayons de La Chouette Coop, à Toulouse.
Les supermarchés coopératifs se multiplient en France, sur le modèle new-yorkais de la Park Slope Food Coop. Ici, dans les rayons de La Chouette Coop, à Toulouse. — La Chouette Coop

La Chouette, La LouveSuperquinquin… Derrière ces drôles de noms, des supermarchés d’un nouveau genre, dits «coopératifs». Leurs adhérents sont à la fois les clients, les patrons et les salariés (ou presque). Inspirées par La Louve, officiellement ouverte à Paris depuis un an, plus de 20 enseignes ont vu le jour en France. Toutes sont en phase «test».

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Le point commun de ces structures: les coopérateurs paient une contribution unique au moment de leur adhésion (entre 10 et 100€) et participent au fonctionnement du magasin, 3 heures par mois. Résultat, les prix sont en moyenne 20% moins élevés que dans la grande distribution. «On a tellement peu de charges salariales, que ça permet de compenser», explique Léa, coordinatrice à Superquinquin, l’enseigne lilloise.

«Des boulots vont disparaître»

Sept salariés à Paris, 4 à Lille, et même objectif à Nantes... Ces professionnels assurent les tâches les plus qualifiées du magasin, comme  la comptabilité, la communication ou encore les commandes de produits. Les coopérateurs se chargent du reste: réception des livraisons, mise en rayon, caisse, nettoyage, accueil.

Anne est animatrice de groupe à Superquinquin. Son rôle: «Eviter la lassitude des équipe et favoriser la bonne humeur!», lance-t-elle d’un ton enjoué. Depuis l’ouverture du magasin il y a 7 mois, cette retraitée donne de son temps pour assurer le bon déroulé des tâches attribuées aux membres. Le fait qu’il y ait très peu de salariés ne la choque pas, au contraire. «Si on a des difficultés, il y a toujours quelqu’un de l’équipe pour nous aider. Aujourd’hui, dans les grands magasins, on scanne bien ses articles soi-même!»

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Ce modèle alternatif ne fait pourtant pas l’unanimité. Thierry, créateur du magasin bio «Saveurs et Saisons», dans la métropole lilloise, s’avoue «dubitatif». «Les gens qui adhèrent à ce projet veulent être plus impliqués dans leurs consommations. C’est positif. Mais d’un autre côté, ils remplacent les professionnels. Cela montre que des boulots vont disparaître.» Selon Chrystel, de La Chouette Coop, à Toulouse, «le supermarché propose une piste de réflexion», et n’est pas là pour «régler les problèmes de salariat».

Concurrence déloyale?  

Si ces supermarchés coopératifs gênent les entreprises plus traditionnelles, c’est aussi parce qu’ils bénéficient de subventions. «Cela leur permet de ne pas faire de résultat tout de suite, et donc de pratiquer des prix bas. C’est presque de la concurrence déloyale», selon Thierry.

Le projet nantais a bénéficié d'aides publiques pour se lance. Crédit: capture d'écran Scopeli. fr
Le projet nantais a bénéficié d'aides publiques pour se lance. Crédit: capture d'écran Scopeli. fr

Considérés comme des entreprises de l’économie sociale et solidaire, ces structures jouissent en effet d’aides publiques. «La région Loire-Atlantique nous a subventionnés à hauteur de 10.000€, illustre Laure, coordinatrice à Scopéli. Mais c’est loin d’être suffisant. La majorité des fonds vient des banques et des coopérateurs».

Ces derniers (700 à ce jour) versent chacun une contribution de 50€. Pas de quoi crier victoire... Ouvert depuis 5 mois, le supermarché est encore loin d'être rôdé et encore moins rentable, à l'instar de toutes les autres enseignes de ce type en France. «Il est prévu qu’on soit déficitaire les deux premières années», illustre Pierre, de La Louve

Si le modèle coopératif décolle pour de bon, ce ne sera pas pour «se substituer aux magasins traditionnels», martèlent les coordinateurs de projets. A l’image des Amap ou de La Ruche qui dit Oui!, les supermarchés défendent juste «une autre proposition». «Tout le monde ne va pas accepter de travailler 3h dans le mois», d'après Laure, de Scopéli. Il aura fallu plus de 40 ans à la Park Slope Food Coop, le modèle new-yorkais aux plus de 16.000 membres pour asseoir sa réputation. Patience...