Les équipes du Carillon et de Cap ou pas cap, à l'inauguration du frigo en libre service de La Cantine du 18e, en juin 2017.
Les équipes du Carillon et de Cap ou pas cap, à l'inauguration du frigo en libre service de La Cantine du 18e, en juin 2017. — A. Bertier/20 Minutes

gaspillage

Contre le gâchis, les frigos dans la rue

Grâce à la mobilisation des commerçants, les frigos solidaires pourraient éviter le gâchis alimentaire…

Rue Ramey, dans le 18e arrondissement de Paris. On croise des petites épiceries, des restaurants, des boutiques de prêt-à-porter, et sur le trottoir… Un frigo. Mais pas n’importe lequel. Depuis le mois de juin, chacun est invité à déposer ou à récupérer à manger dans cette machine à solidarité. Géré par le restaurant La Cantine du 18, il est accessible de 10h jusqu’à la fermeture du restaurant de Dounia. Ce premier frigo solidaire parisien aura bientôt un petit frère du côté de la rue Daumesnil, dans le 12e arrondissement de Paris. Les associations Cap ou pas cap et le Carillon vont installer à la mi-novembre un second frigo et un garde-manger pour les produits secs, devant le magasin bio Les Nouveaux Robinson.

L’indispensable mobilisation des commerçants

Dounia ne cache pas son enthousiasme devant le nouveau projet. «Ici ça cartonne ! Souvent, on remplit le frigo avec les invendus du restaurant, et en 30 minutes, il est dévalisé.» Parmi ceux qui ont pris l’habitude d’ouvrir la porte du frigo en fin de journée, des sans-abris, des retraités, et des jeunes. «Pour un public dans le besoin, cette initiative peut vraiment être vitale et venir en complément des autres actions anti-gaspillage comme ce que fait Too Good To Go», estime Flore Berlingen, de l'association Zero Waste. Dounia tente de rassembler les commerçants alentours pour que La Cantine du 18 ne soit pas le seul commerce à faire vivre cette initiative. Mais la tâche n’est pas simple. «En France, les commerçants craignent les services d’hygiène.» Résultat: les ¾ des produits déposés sont uniquement des invendus de La Cantine.

Le frigo solidaire de la Cantine du 18 à Paris, installé depuis le mois de juin. Crédit: Cap ou pas cap
Le frigo solidaire de la Cantine du 18 à Paris, installé depuis le mois de juin. Crédit: Cap ou pas cap

«Il y a plein de restaurateurs qui ont peur des clauses sanitaires. Alors que tant que la composition et la date limite de consommation de l’aliment sont indiquées, ça ne pose aucun problème», précise Flore Berlingen. Le frigo ne peut pas accueillir d’alcool, de viande, de poisson ni de produits déjà entamés. Si la municipalité doit donner son aval pour l’utilisation de l’espace public, aucune loi n’indique précisément si le frigo doit être sous la responsabilité d’un commerce (voir encadré).

Trente kilos d'invendus par semaine

Thithrith, présidente de l’association Solidarité nomade, distribue à Paris et en banlieue des invendus alimentaires aux familles nombreuses, personnes âgées et étudiants. Elle espère bientôt installer un frigo en libre service rue de Clignancourt, devant le commerce de ses parents.

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«Après distribution, on a encore des denrées qui nous restent sur les bras. Le frigo nous permettrait d’en faire profiter les sans abris ou autres familles qui n’osent pas venir frapper à la porte de l’association.» Même logique du côté des Nouveaux Robinson de la rue Daumesnil. «Ils se retrouvent avec 100 kg d’invendus en moyenne par semaine. Après avoir donné aux associations, il leur reste encore 30 kg sur les bras», explique Attika Trablesi, coordinatrice de projet chez Cap ou pas Cap.

10 millions de tonnes gâchées par an

Malika, co-gérante du restaurant La Cantine du 18, à Paris. Crédit: A. Bertier/20 Minutes
Malika, co-gérante du restaurant La Cantine du 18, à Paris. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

D’autres villes françaises, comme Metz, ont tenté l’expérience avant Paris. Du côté d’Emmaüs Pointe Rouge à Marseille, qui a débranché le frigo au bout de trois mois, la déception se fait sentir. «Il était disposé à l’accueil d’Emmaüs, se rappelle Zakariae, bénévole à Emmaüs. On comptait sur la générosité des donateurs, mais ça n’a pas marché. Je pense cependant que les frigos qui ont pignon sur rue ont plus de chance d’attirer du monde.»

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Pour susciter l’engouement des citoyens, Cap ou pas cap mise d’abord sur la bonne volonté des commerçants et restaurateurs. En espérant qu’un élan de générosité suivra de la part des habitants. En Allemagne, le réseau «Foodsharing» a permis de sauver plusieurs centaines de tonnes de nourriture en 3 ans, selon le quotidien Die Tageszeitung. D’après une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l'énergie) datant de mai 2016, l’Hexagone gâche 10 millions de tonnes de nourriture par an. Il est plus que temps de donner un coup de frais à nos vieilles habitudes.