Le gaspillage alimentaire, cheval de bataille des start-up de l’économie collaborative?

alimentation Moins d’un an après son lancement, la start-up Too Good To Go est médaillée d’or des entreprises de l’économie collaborative...

Adèle Bertier

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Depuis juin 2016, Too Good To Go s'attaque au gâchis alimentaire, comme d'autres start-up françaises.
Depuis juin 2016, Too Good To Go s'attaque au gâchis alimentaire, comme d'autres start-up françaises. — Too Good To Go

10 millions de tonnes. C’est la quantité d’aliments jetée chaque année en France, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Ce chiffre alarmant en tête, Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go, s’arrête un jour devant une boulangerie en train de jeter tous ses invendus. «Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. Aujourd’hui, le gaspillage alimentaire représente un enjeu clé de notre société et, grâce aux technologies, il est possible d’avoir un réel impact là-dessus», explique la jeune entrepreneuse.

OptiMiam, Partage ton frigo, Hop Hop Food, Zéros-Gâchis, What the Food… Start-up et associations se lancent, depuis quelques années, à l’assaut du marché anti-gaspillage. Et aucune n’a peur de la concurrence. «Il y a tellement de choses à faire pour lutter contre le gaspillage qu’il y a de la place pour tout le monde», assure la jeune femme.

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«Phénix, par exemple, va travailler avec des grosses entreprises qui jettent 500 kg de nourriture par jour. Nous, ce n’est pas du tout notre credo. On préfère travailler avec les petits commerçant.» Et ça marche. Avec plus de 800 commerces partenaires et 250.000 utilisateurs de l’application, Too Good To Go a convaincu le jury de La Nuit de l’économie collaborative, le 24 avril. La jeune pousse a reçu une médaille d’or symbolique qui devrait lui donner un coup de pouce pour sa levée de fonds en cours.

Le succès après des débuts difficiles

Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go. Crédit: Lucie Basch
Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go. Crédit: Lucie Basch

Lancée au mois de Juin à Lille et à Paris, Too Good To Go est une application mobile (iOS et Android) et un site internet. Son principe est simple: mettre les utilisateurs en relation avec des commerçants pour lutter contre le gaspillage en leur permettant d'acheter, à prix très réduits, les invendus du jour. «Les acheteurs bénéficient d’une réduction de 50 à 80% par rapport au prix de base. Chaque commerçant fixe sa propre réduction», explique Lucie Basch. Après avoir récolté 12.000€ grâce au crowdfunding à son lancement, Too Good To Go s’est développée dans 18 villes françaises et prend son envol à l’étranger, avec des équipes en Suisse, en Allemagne, au Danemark, en Norvège et Angleterre. Avec une commission de 1€ prélevée sur chaque panier vendu, l’équipe française, composée d’une dizaine de personnes, se tire un salaire. Ce n’est pas encore le cas pour Lucie Basch, qui espère que cela changera d’ici cet été et des équipes à l’étranger. Pourtant, les débuts de la jeune entrepreneuse n’ont pas été simples. «Pendant deux mois avant le lancement de l’application, j’allais frapper à toutes les portes des  commerçants de Lille et de Paris, toute seule. Les gens étaient réticents à s’engager.» Lucie Basch met trois semaines à signer avec les deux premiers commerçants. «Aujourd’hui, c’est eux qui nous appellent, se félicite-t-elle. Une dizaine de commerçants adhèrent chaque jour au réseau.»

Un système gagnant-gagnant

Le restaurant L'Heure bleue, à Paris, près des buttes Chaumont, fait partie du réseau Too Good To Go. Crédit: L'Heure bleue
Le restaurant L'Heure bleue, à Paris, près des buttes Chaumont, fait partie du réseau Too Good To Go. Crédit: L'Heure bleue

La recette du succès? Une application simple d’utilisation, et un système gagnant-gagnant. «Les gens sont contents de consommer des produits pas chers et les commerçants ont tout à y gagner. On parle beaucoup des associations qui regrettent qu’il  y ait tant de gâchis alimentaire, mais on ne parle pas des commerçants qui ont vraiment mal au cœur de jeter», développe Lucie Basch. A l’instar d’Hossain Shahadat, gérant du restaurant L’Heure bleue, dans le 19e arrondissement parisien. Voilà trois mois que le restaurateur a noué un partenariat avec Too Good To Go. Dès le premier jour, les gourmands frappaient à la porte de L’Heure bleue pour récupérer deux ou trois plats du jour vendus 4€ au lieu de 10. «C’est tellement dommage de jeter de la marchandise. Je suis contente de recevoir des gens tous les jours qui peuvent en profiter à moindre prix.» Pour Hossain, la plateforme est également un moyen de s’offrir un petit coup de pub. «Je vois des jeunes qui connaissent le restaurant avec Too Good To Go et qui reviennent ensuite dîner avec leur famille», se réjouit le restaurateur.


Ju-hee, gérante du restaurant coréen Doshilack, à Paris, fait le même constat. Elle a contacté elle-même Too Good To Go, qu’elle a connu grâce à une ancienne serveuse de son restaurant. En proposant tous les jours au moins cinq paniers-repas à 5€ seulement, elle soigne l’image du restaurant et génère un bénéfice de 200 à 300€ par mois.

Le concept surprise

Boulangeries, restaurants, traiteur, primeurs… Tout le monde peut s’associer à Too Good To Go. Mais pour l’instant, la grande majorité des commerçants se trouvent à Paris, et l’équipe ne s’est pas encore tournée vers les villes de plus petite taille. Lucie Basch repère quelques produits qui ont plus la cote, comme les sushis, les pâtisseries et la cuisine du monde. Si la jeune pousse rencontre un tel succès, c’est aussi grâce au concept attirant des paniers-surprise. «J’adore ne pas savoir ce que je vais récupérer, explique Marie, grande amatrice de l’application à Nantes. De toute façon, je considère ça comme un geste militant pour la planète. A partir de ce moment-là, je ne vais pas faire ma princesse à exiger tel ou tel produit dans mon panier!» Mais si le consommateur préfère savoir à l’avance quels types de produits sont disponibles, l’équipe de la start-up l’indique en ligne quand c’est possible.

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Certains commerçants proposent notamment aux consommateurs de choisir, une fois sur place, parmi les produits invendus. «L’enjeu pour nous est d’être le plus flexible possible pour le commerçant et précis avec l’utilisateur pour que ce soit simple pour les deux parties.» La jeune pousse est récemment partie à la conquête de l’Australie, «un marché porteur», estime Lucie Basch. Malheureusement, le gaspillage alimentaire ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe.