Les civic tech à l’assaut de la participation citoyenne

démocratie Les nouvelles technologies de la citoyenneté complètent le vote traditionnel, mais doivent encore convaincre...

Adèle Bertier
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Sur Stig, les propositions civiques les plus populaires se retrouvent en tête de liste.
Sur Stig, les propositions civiques les plus populaires se retrouvent en tête de liste. — Stig

«Les gens aiment la politique. C’est juste qu’ils sont intéressés par les idées, pas par nos figures politiques.» Jérémie Paret, cofondateur de l’application Stig, est enthousiaste. Il fait partie des jeunes entrepreneurs qui se sont récemment lancés dans les «civic tech». Ces technologies de la citoyenneté, beaucoup plus développées outre-Atlantique, se présentent comme des outils de démocratie participative plus engageants que le vote. Objectif: impliquer les citoyens dans les prises de décisions politiques... derrière leur écran.

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Les civic tech sont censées agir comme des pansements de la crise de confiance des Français envers leurs institutions et leurs élus. En septembre 2015, d’après un sondage OpinionWay pour 20 Minutes, 74% des Français estimaient que les idées politiques devaient venir des citoyens. Quelque soit leur mode de fonctionnement, les civic tech partagent l’ambition de se rapprocher de l’idéal démocratique. Mais encore faut-il que citoyens et élus aient envie de s’impliquer dans ce processus.

Un engouement encore timide

«On ne touche pas 10% de la population, mais c’est toujours mieux que dans les réunions publiques!» Eric Hamelin, sociologue urbaniste et chef du projet Carticipe, préfère voir le verre à moitié plein. Le site, créé en 2013, consulte les citoyens sur des plans locaux d’urbanisme (PLU) que les collectivités veulent mettre en place, grâce à un système de cartographie. Concrètement, chacun peut enrichir des projets d’aménagements urbains dans son quartier en commentant les propositions des élus ou en disposant des pictogrammes qui correspondent par exemple à un parc, une piscine municipale, une piste cyclable, etc. «L’idée est de laisser les gens se faire leur vision du territoire», explique Eric Hamelin.

Dans la métropole lilloise par exemple, les élus ont récemment utilisé Carticipe pour un projet de piétonisation. Sur une population d’1,1 million d’habitants, 1.814 personnes ont contribué au projet et un peu plus de 2.200 idées ont été déposées. Mais malgré les bonnes intentions de Carticipe, «les gens restent dubitatifs, avoue Eric Hamelin. Ils se demandent toujours si ça va être utile, d’où l’importance de les rassurer le plus possible.» La participation reste faible et les profils, peu variés. «Le public populaire est peu enclin à s’exprimer, que ce soit de manière traditionnelle ou derrière son ordinateur.» Les rencontres physiques sont ainsi indispensables pour maintenir le lien entre citoyen et élus mais aussi pour tenter de démocratiser ces nouveaux outils. «Il faut faire beaucoup de pédagogie, montrer aux gens comment ça marche.»

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A l’heure actuelle, force est de constater que seuls les plus connectés s’approprient sites et applications mobiles de démocratie participative. Les trentenaires sont particulièrement actifs sur le réseau citoyen et local Fluicity ou sur le site du budget participatif de Paris. «C’est une catégorie intéressée par la politique mais découragée par ses représentants», lance Julie de Pimodan, créatrice de Fluicity. «Bien sûr, les civic tech n’ont pas encore une masse d’utilisateurs. Mais il faut bien commencer par quelque chose.» 

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Lancée en 2014, l’application est utilisée par une dizaine de villes allant de 20.000 à 450.000 habitants en Belgique, en France et en Suisse. Grâce à elle, les habitants d’une même ville échangent leurs idées et les soumettent aux élus. «En moins de douze mois, on touche 10% de la population d’une ville», assure Julie de Pimodan. Alexandre Huau-Armani, maire-adjoint en charge du numérique à Vernon dans l’Eure, où est utilisée l’application, apprécie cette «pépinière à idées» qui a abouti sur la mise en place d’une boite à livres ou d’un mur de street art. «Au niveau local, les civic tech marchent car les gens voient l’impact de leur contribution», remarque Julie de Pimodan.

Cette oeuvre de street-art fait partie du projet "Les œuvres d’art investissent la rue”, financé par le budget participatif de Paris en 2016. Crédit: Ville de Paris
Cette oeuvre de street-art fait partie du projet "Les œuvres d’art investissent la rue”, financé par le budget participatif de Paris en 2016. Crédit: Ville de Paris

Le constat est le même du côté du budget participatif de Paris qui a réuni 160.000 votants en 2016. La recette du succès? «Un budget de 500 millions d’euros réservé aux projets proposés par les Parisiens sur toute la durée du mandat d’Anne Hidalgo, une sérieuse campagne de communication et des urnes disposées dans toute la ville pour proposer un plan B à ceux qui ne peuvent pas voter en ligne», explique Pauline Véron, en charge de la démocratie participative à la ville de Paris. Sans compter l’atout culturel de la capitale. «Les Parisiens aiment donner leur avis et aiment le numérique, donc on part avec des points d’avance», ajoute Pauline Véron. Pourtant, lancé en parallèle du budget participatif, le site de consultation des citoyens idee.paris a rencontré un succès beaucoup moins fulgurant. «On travaille à des pistes d’amélioration sur l’ergonomie du site, pour rendre l’usage plus facile», explique l’adjointe.

Mobiliser les élus

L’application Stig parvient elle aussi à réunir une communauté relativement large, avec 11.000 utilisateurs, 240.000 votes et plus de 1.400 idées déposées. «On se sent enfin impliqué en dehors des élections classiques», apprécie Benoît, 27 ans et adepte de Stig. Son dernier vote en date était en faveur d’une monnaie locale complémentaire à Paris, un projet déjà amorcé par la Ville et les associations locales. «A l'échelle d'une ville, ce genre d'outil peut vraiment faire bouger les lignes.»

Il est en effet plus difficile de mobiliser les élus à l'échelle de la France. «Il fallait qu’on parvienne à réunir une communauté de contributeurs suffisamment grande pour passer à la deuxième étape: motiver les figures politiques», explique le fondateur de Stig qui a lancé une campagne de sensibilisation auprès des élus il y a deux semaines. Pour l’instant, cinq ont crée leur profil pour interagir avec les citoyens, dont Charlotte Marchandise, candidate citoyenne à l'élection présidentielle de 2017, élue sur un autre site de démocratie participative: laprimaire.org. Seulement, la prétendante n’a pas réuni les 500 signatures d’élus nécessaires pour faire valoir sa candidature.

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Pour les créateurs de ces civic tech, la tâche est donc double: convaincre les citoyens mais aussi les élus du bien-fondé de ces technologies, en les rassurant. «Pour qu’ils adoptent Fluicity, on doit leur expliquer qu’ils ne vont pas se retrouver avec une révolution locale sur les bras!», lance Julie de Pimodant, fondatrice de l’application. A croire que le numérique en politique fait peur à certains…

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