A quoi sert une monnaie locale complémentaire?

monnaie Les monnaies locales complémentaires se développent en France. Quel en est l'intérêt et comment y adhérer? On vous dit tout...

Adèle Bertier

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Le sol-violette existe à Toulouse depuis 2011.
Le sol-violette existe à Toulouse depuis 2011. — Sol-violette

Eusko dans le Pays basque, sol-violette à Toulouse, radis en Alsace… La crise de 2008 a remis au goût du jour les monnaies locales complémentaires qui fleurissent partout en France. Une quarantaine circuleraient sur le territoire. Leur objectif: permettre aux citoyens de reprendre leur argent en main et développer des projets solidaires.

Une monnaie locale complémentaire, c’est quoi exactement?

Il existe en France une quarantaine de monnaies locales complémentaires (MLC). Elles sont créées pour une zone géographique limitée et interviennent en complément de l’euro. «Ça ne pourra jamais le remplacer, tout simplement parce que c’est interdit», explique Jean-François Faure, économiste spécialiste des monnaies complémentaires. Contrairement à l’euro, cette nouvelle monnaie ne peut pas être placée sur un compte en banque. Elle est donc destinée à faire marcher l’économie réelle. En clair, nos achats du quotidien.

Autre particularité: une association encadre systématiquement les MLC avec un projet social. Aujourd’hui, la monnaie qui fonctionne le mieux est l’eusko, dans le Pays basque, avec «l’équivalent de 500.000 euros qui circulent dans cette région, précise Jean-François Faure. Avec l’eusko, c’est la culture basque qui est mise en avant. Par exemple, les commerces qui adhèrent au réseau sont tenus de mettre un affichage en langues française et basque.»

Pourquoi adhérer à cette monnaie?

    • Faire vivre les commerces locaux

Une monnaie locale complémentaire est dépensée sur un territoire bien défini: une commune, une ville ou une région. Vous ne trouverez jamais de sols-violette à Paris mais uniquement à Toulouse. Ceux qui bénéficient de ce dispositif sont donc les commerçants locaux. Un exemple: avec la monnaie retirée au comptoir d’une biocoop, vous allez chez le maroquinier. Avec ce que vous lui achetez, le maroquinier va payer son comptable. «Avec cette même monnaie, le comptable va acheter à la biocoop des jus pour son pot de fin d’année. La monnaie ne s’échappe pas du circuit mais reste entre ses utilisateurs et fait ainsi marcher l’économie locale», illustre Jean-François Faure.

Ferghane Azihari, analyste en politiques publiques, fustige de son côté le caractère «protectionniste» de ce dispositif. «Utiliser cette monnaie seulement dans son quartier ou sa région représente un repli sur soi incompatible avec le caractère bénéfique de l’échange de monnaie à grande échelle».

      • Aucune spéculation

La monnaie locale complémentaire n’a pas de «cours», donc elle n’est pas soumise à la spéculation. «C’est un acte militant dans le sens où les gens reprennent la main sur leur argent», argumente Alice Cosaet, cofondatrice de l’association menant le projet «Une monnaie pour Paris».

      • Soutenir un projet solidaire

«Chaque monnaie est tenue, par l’article 16 de la loi de juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire, de rentrer dans une démarche vertueuse», précise Jean-François Faure. Au-delà de la mise en place de ces monnaies, les associations établissent donc une charte éthique qui doit être respectée par tous les adhérents. Elles montent par ailleurs des projets solidaires. Pour la monnaie locale basque, il s’agit de défendre une culture régionale. Pour la monnaie parisienne, l’idée serait de soutenir tout particulièrement les commerces indépendants.

Comment devenir adhérent?

Quelques clics suffisent. Il faut d’abord chercher en ligne l’association porteuse du projet la plus proche de son lieu de vie. Là, on adhère via un formulaire et on paie une cotisation pour permettre à l’association d’amortir les frais liés, entre autres, à la création de cette monnaie. On a alors accès à une liste de commerces qui accepte la monnaie locale. Prochaine étape: direction le comptoir de l’un de ces lieux pour déposer des euros en échange de l’équivalent en monnaie locale.

L’association place elle-même les euros sur un compte d’une banque éthique comme la Nef ou le Crédit coopératif. Ces banques financent, avec les intérêts de l’argent placé, des projets solidaires soutenus par l’association. Pendant que ses euros sont ainsi utilisés, le détenteur de monnaie locale peut faire ses achats chez tous les membres du réseau.