Envie de devenir coursier à vélo? Voici notre comparatif des plateformes

Enquête Foodora, Deliveroo, Stuart, Popchef: Nous avons demandé aux acteurs de la livraison à vélo de nous communiquer leurs grilles de rémunération…

Julien Valnier

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Loin des 3.000€ annoncés, un coursier touche en moyenne 1.000€ brut par mois.
Loin des 3.000€ annoncés, un coursier touche en moyenne 1.000€ brut par mois. — Domdaher/SIPA

Gagner 3.000€ par mois, tout en étant libre de ses horaires et en faisant du sport. C’est la promesse affichée par les plateformes de livraison à vélo comme Foodora, Deliveroo ou Stuart qui attirent de plus en plus d’étudiants et de jeunes travailleurs. «J’ai plusieurs amis qui ont arrêté leurs études pour devenir livreurs à plein temps», confie Thomas C, un coursier parisien qui a travaillé pour les principales plateformes.

Mais depuis peu, ils déchantent: «Il y a de plus en plus de livreurs sur le marché donc les shifts sont moins avantageux. Et puis la fermeture de Take Eat Easy n’a rien arrangé…» En juillet dernier, l’entreprise belge annonçait en effet sa liquidation judiciaire, laissant quelques 2.500 livreurs français sur le carreau du jour au lendemain.

Un secteur qui embauche

«Ça a eu une influence directe sur les rémunérations», note Jérôme Pimot, porte parole du collectif Coursier qui regroupe plus d’un millier de livreurs à vélo. «Deux semaines plus tard, Deliveroo changeait ses contrats pour rémunérer à la course plutôt qu’à l’heure. Et bien sûr aucune ancienneté n’a été reconnue.»

Un surplus de main d’œuvre pourtant vite absorbé par un secteur en pleine croissance. Selon une étude du cabinet CHD expert, 40% des Français ont fait appel au moins une fois à l’une de ces plateformes durant le seul mois de mars 2016. Et le marché de la livraison à vélo devrait continuer à grimper, atteignant les 90 milliards de dollars dans le monde d’ici 2019, selon l’entreprise allemande Rocket Internet, créatrice de Foodora.

70 heures par semaine

Malgré une rémunération allant jusqu’à 3.500€ les meilleurs mois, Thomas a préféré raccrocher sa casquette d’indépendant pour un mi-temps en CDI dans une entreprise traditionnelle. «Je gagnais beaucoup mais je m’épuisais. Imaginez-vous faire 70 heures de vélo par semaine! Vous êtes le nez dans le GPS, tous les weekends, les soirs de semaine,  sous la pluie… Un accident est vite arrivé.»

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Et dans ce cas, c’est au livreur d’être assuré. «C’est un des nombreux coûts cachés de la profession», note Thomas. «Il faut souscrire une responsabilité civile professionnelle ainsi qu’une prévoyance santé. Mais beaucoup de livreurs ne prennent pas celle-ci et se retrouvent sans ressources et rayés des plannings au premier accident sérieux.»

Absence d’avantages sociaux

Exit également les autres avantages liés au salariat, comme l’assurance chômage, le régime général de la sécurité sociale, les congés payés et même les jours fériés. Très organisé, Thomas a choisi d’épargner pour compenser tous ces droits sociaux: «C’est simple, les jours fériés sont payés comme les autres. Donc si tu veux te reposer, c’est un manque à gagner qu’il faut budgétiser.»

Pour calculer tout ça, mieux vaut être un peu comptable. Thomas a choisi de mettre de côté 2,7% de ses revenus pour profiter de 10 jours fériés par an. Un chiffre auquel il ajoute 9,6%, pour les 5 semaines de congés payés et 4,6% en cas d’accident. «Sur ce point, je me base sur la moyenne nationale de 16,6 jours d’arrêt de travail par an et par Français. En tout, si on additionne avec les 23,1% de charges liés à l’auto-entrepreneuriat, ça fait 40% qu’il faut soustraire au revenu brut!»

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Pour gagner plus que le Smic horaire net, défini à 7,45€/h, il faut selon ses calculs qu’un livreur soit payé au moins 12.42€ brut de l’heure. Ce qui n’est pas le cas pour les livreurs débutants sur la plupart des plateformes que nous avons interrogées.

Heureusement, les coursiers ne connaissent pas le chômage. «Beaucoup de jeunes font ça comme activité complémentaire. Ça fait une rentrée d’argent immédiate et de toute façon ils ne se préoccupent pas de leur retraite», renchérit Jérôme Pimot du collectif Coursier.

Sept plateformes au banc d’essai

Pour permettre à ceux-ci de choisir leur entreprise en toute connaissance, 20 Minutes a mené l’enquête et contacté des livreurs ainsi que les principales plateformes de livraison à vélo sur Paris (nourriture et colis). A savoir: Deliveroo, Foodora, Stuart, Couriier, PopChef et Nestor. Seul Foodchéri a décliné notre interview. A titre de comparaison, nous avons également inclus les salaires de Coursier.fr, une entreprise de livraison qui embauche en CDI.

Coursiers à vélo
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Conclusion: Etre coursier demande d’être aussi habile avec son vélo qu’avec sa calculette. Il faut multiplier les plateformes, les grilles de rémunération sont complexes et rouler le soir et le weekend est indispensable si on veut cumuler des bonus et gagner plus que le SMIC horaire.

Et ces bonus sont susceptibles d’être modifiés à tout instant, assure Jérôme Pimot: «Il faut faire très attention en signant son contrat entre ce qui est garanti, généralement le taux horaire, et ce qui ne l’est pas». Selon lui, les plateformes changent régulièrement leur grille de rémunération et le plus souvent au détriment des livreurs.

Une plateforme se détache néanmoins du peloton : Couriier, qui paie de 12 à 25€ de l'heure. Mais pour y rentrer, il faut être expérimenté et donc avoir fait ses gammes chez l'une des plateformes concurrentes. Tout comme chez Coursier.fr, qui embauche en CDI. Nestor est également intéressante mais propose peu d'heures de travail. Pour les autres, tout dépend du nombre de courses proposées par l'algorithme et donc du nombre de clients de la plateforme.

Tenues non-imposées

Pour se démarquer, les entreprises misent de plus en plus sur les à-côtés, comme un espace repos, un repas offert ou du matériel aux couleurs de l’entreprise – dont le port n’est plus imposé nous ont-elles toutes affirmées. Ici, on offre une batterie externe, là une veste de pluie réfléchissante. De quoi compenser les frais d’équipements des livreurs qui peuvent se chiffrer à plusieurs centaines d’euros pour des vêtements techniques. Le vélo et le smartphone sont également à leur charge, sauf dans le cas de l’entreprise Coursier.fr. On note l'effort de Stuart qui offre l'assurance de ses livreurs.

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Le tableau est donc loin d’être idyllique. Mais pas entièrement sombre : «On ne devient pas riche en étant coursier», affirme Thomas C. «Cependant, si on aime faire du vélo, que l’on recherche un petit revenu et qu’on a du temps libre, c’est une façon très correcte de gagner sa vie. Et puis être coursier, c’est aussi toute une culture underground avec ses championnats, son noël et un véritable esprit d’équipe et de solidarité.» Un terreau pour de futures négociations collectives?