Vous ne comprenez rien à l'open data? «20 Minutes» fait le point sur 5 idées reçues

DECRYPTAGE Indispensable au développement de certaines start-up, le mouvement de libération des données publiques est encore mal compris...

Juliette Bonneau

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Lancé en France en 2010, l'Open data reste peu connu des non-initiés.
Lancé en France en 2010, l'Open data reste peu connu des non-initiés. — Lewis Joly/SIPA

Vous en entendez parler partout, tout le temps, surtout en ce moment avec le projet de loi pour une République numérique. Pourtant, difficile de comprendre concrètement ce qu’est l’Open data et en quoi «l’ouverture des données» peut nous servir en tant que citoyens.

20 Minutes a joint Lionel Maurel, membre de la Quadrature du net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. L’occasion de déconstruire quelques idées reçues.

1- L’Open data est un «concept abstrait»

Faux- L’Open data, autrement dit la «mise à disposition de données librement réutilisables» est un mouvement concret et intelligible, pourvu qu’on se donne la peine de l’expliquer en des termes clairs (ce qui n’est pas toujours le cas).

Lionel Maurel: «En France, il y a en ce moment un processus d’ouverture des données publiques. Toutes les administrations produisent des informations, des données sur leurs budgets, les subventions distribuées, leurs agents. Elles forment des bases de données. Depuis 1978, il existe un droit des citoyens à la communication des documents administratifs, sur demande. L’Open data, c’est le stade supplémentaire. Avec la loi sur le numérique, toutes les administrations pourraient être incitées à publier ces informations dans un format ouvert. Ça veut dire que tous les citoyens pourront les consulter, les télécharger et les réutiliser librement.»

2- L’Open data c’est technique

Vrai et faux. La principale complexité technique pour comprendre l’Open Data concerne les formats nécessaires pour avoir des documents libres, téléchargeables et réutilisables par tous.

Lionel Maurel: «Il faut un format ouvert qui permette l’extraction des données. Si les données sont en format PDF, vous pourrez uniquement lire l’information sur votre ordinateur ou réécrire toutes les données à la main. Ce n’est pas de l’Open data car le format ne permet par leur extraction et leur réutilisation. Pareil pour un format Excel, ça veut dire que les documents ne peuvent être ouverts qu’avec un seul logiciel. Il existe donc des formats de tableaux de données qui sont ‘ouverts’, comme le format CSV. Il est possible de convertir un tableau Excel en CSV. La plupart des logiciels de tableurs le permettent.»

A chaque type de format ‘fermé‘ (Word .doc, Excel .xls, Powerpoint, Apple pages etc.) correspond une équivalence en format ouvert. Wikipedia propose ici une liste de ces équivalences.

3- Pour utiliser ces données, il faut être ingénieur

Vrai et Faux. Sur le site data.gouv.fr, vous pouvez avoir accès aux données des administrations centrales. Mais le traitement de ces données, massives, requiert des compétences.

Lionel Maurel: «C’est vrai que pour une personne seule, qui n’a pas de compétences techniques, ça peut paraître obscur. En général ça dépend des données. Il y en a des simples, et d’autres compliquées comme des données statistiques techniques. Se servir de la data peut nécessiter des intermédiaires et des médiateurs. Sur la qualité de l’air et de l’eau, ça peut être des associations de défense de l’environnement. Sur d’autres sujets, il peut s’agir de journalistes.»

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4- WikiLeaks est le pionnier de l’Open data

Faux. L’Open data et WikiLeaks prônent bien la diffusion de données mais leurs objectifs et leurs méthodes n’ont rien à voir.

Lionel Maurel: «L’Open data n’implique pas de révéler des secrets d’Etat. C’est un processus légal qui vise notamment à plus de transparence. WikiLeaks et récemment les Panama Papers sont des révélations de documents faites par des lanceurs d’alertes qui ont estimé qu’il fallait briser le secret défense ou le secret des affaires pour divulguer des informations.»

5- L’Open data ne me concerne pas directement en tant que citoyen

Faux. L’Open data est un outil pour plus de transparence, d’information et d’innovation.

Lionel Maurel: «L’Open data c’est d’abord de la transparence. Même si on ne peut pas lire toutes les données, c’est rassurant de savoir que des spécialistes peuvent y avoir accès. Grâce à l’open data, le collectif Regards Citoyens propose des informations sur les députés et les sénateurs: à quel moment ils étaient à l’Assemblée, quels textes ils ont voté etc. On peut aussi citer tout le travail d’infographie des data journalistes. Il y a beaucoup d’aspects différents. Sur le site du département des Hauts de seine on trouve par exemple la carte des arbres remarquables du département avec l’âge des arbres, leur espèce. L’Open data permet aussi de favoriser la concurrence, comme ce qui se passe avec les données transmises par la RATP ou la SNCF. Grâce à ces données, des applications développent de nouveaux services. La question maintenant c’est de savoir s’il faut exiger des contreparties en échange de ces informations.»

Si vous voulez jeter un œil dans la galaxie data, plusieurs sites indispensables: data.gouv.fr (site des données publiques françaises), data.iledefrance.fr (région Île de France), opendata.paris.fr (ville de Paris), data.bnf.fr (Bibliothèque nationale de France), data ratp.fr (RATP) et enfin, pour les anglophones, data.ny.gov le site de data de la ville de New-York.

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